<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199</id><updated>2012-02-16T12:46:56.249-05:00</updated><category term='Amours'/><category term='Voyages'/><category term='Famille'/><category term='Souvenirs'/><category term='Vie scolaire'/><category term='Vacances'/><category term='Clins d&apos;oeil'/><category term='Amitiés'/><title type='text'>Âmes perdues</title><subtitle type='html'>Évocation des êtres qui traversent notre vie,
le temps d'un soupir... ou plus longtemps.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>35</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-3473287296882341695</id><published>2008-10-06T21:41:00.013-04:00</published><updated>2008-11-25T14:12:58.913-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Danielle</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SOrCF4WrHlI/AAAAAAAAALk/oOcPBOp-y8Y/s1600-h/Dan+001.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SOrCF4WrHlI/AAAAAAAAALk/oOcPBOp-y8Y/s200/Dan+001.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5254225321563725394" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Dans un bar de Montréal, je lui ai dit... « Je t'aime ! »&lt;br /&gt;Dans une rue de Montréal, nous nous sommes embrassés une première fois...&lt;br /&gt;Dans une rue de New York, nous nous sommes tenus par la main...&lt;br /&gt;Dans une chambre du New Jersey, nous avons décidé d'avoir un bébé...&lt;br /&gt;Dans une maisonnette de Tadoussac, nous avons conçu ce bébé...&lt;br /&gt;Dans une rue de Paris, nous avons choisi son prénom...&lt;br /&gt;Dans un logement de Montréal, nous nous sommes aimés...&lt;br /&gt;Et dans une maison de banlieue, nous avons tiré le rideau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Cette histoire, comme toutes les histoires, a un début. Mais il est difficile d'en déterminer le moment, et ce n'est pas vraiment important. Ce qui compte, c'est qu'elle ait commencé. Voilà !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pense qu'au lieu de suivre le cycle naturel de la vie, cette histoire a germé sous les gelées de février, pour éclore aux premiers jours de printemps. Une histoire de perce-neige, quoi ! Pour l'une, elle est aujourd'hui morte ; pour l'autre, elle a mis du temps à faner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait dire qu'elle a pris forme dans des échanges que nous prétendions anodins mais qui, dans les faits, étaient des appels. Les sourires, les regards, les questions de boulot ; une admiration muette, un désir étouffé ; ses mains blessées par le travail, pour moi. Autant de signes secrets qui attisaient une passion naissante. Des pudeurs d'amours inavouées, déjà. Mais je n'osais l'aimer. Je n'osais même pas penser à l'aimer. Dans ses gentillesses, je ne voyais, idiotement, que des gentillesses. Dans ses sourires, je ne percevais, bêtement, que des politesses. Et dans son ardeur au travail, je ne sentais, stupidement, qu'un désir de bien faire. Pourtant, ses gentillesses, ses sourires et son ardeur étaient des mots d'amour que je ne décodais pas encore. Mais il y avait une raison à mon aveuglement : comment une fille aussi intéressante, aussi particulière, aussi intelligente pourrait-elle me prêter quelque intérêt ? Pour tout dire, une telle question ne me venait même pas à l'esprit. C'est que j'étais ignorant de ma personne. Je n'incarnais certainement pas, dans ma petite tête, un être capable de susciter l'amour. Je vivais dans ma grisaille, sans bonheur mais sans malheur. J'étais, puisque je pensais ; simplement, sans plus. Je ne me plaignais pas, je connaissais des joies, et peu de peines troublaient mon quotidien. Mais ma vie allait là où je ne la dirigeais pas, et je l'ignorais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a une première date importante dans cette histoire : le 19 avril 1991. Je pourrais dire que c'est à ce moment-là que tout a commencé, mais ce ne serait pas vrai. Pour que le 19 avril 1991 existe, il fallait un avant, un désir de s'approcher, son désir de me dire « Je suis là ! ». Ce désir s'est concrétisé dans une cassette audio enregistrée à mon intention. Elle me l'a remise, je m'en souviens bien, sans sourire. Elle l'a déposée sur ma table de travail en disant : « C'est pour que tu me connaisse mieux. » Je n'ai pas souri non plus, mais je pense que c'est parce que mon coeur avait cessé de battre. Et puis j'étais tellement peu prêt à accueillir cette chose absolument magnifique qui se présentait à moi. Et puis j'étais d'une telle naïveté. J'ai douté. J'ai cru, comme un crétin, qu'il s'agissait peut-être d'un signe d'amitié. C'est que je me méfiais, moi, des personnes trop jeunes, trop belles, trop attirantes. Pourtant, cette cassette contenait des chansons qu'elle avait choisies pour moi, les premiers mots qu'elle m'adressait vraiment, les premiers mots importants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, nous avions discuté à quelques reprises. Parfois, je m'approchais d'elle pendant qu'elle travaillait, juste pour le plaisir de la côtoyer, d'échanger avec elle quelques mots sur l'actualité ou la politique. Elle n'était pas comme les autres, Danielle. Elle avait cette intelligence qui brillait au fond des prunelles. Elle avait ce bandeau qui dégageait son front, ces lunettes qui magnifiaient son regard. Elle avait cette douce beauté qui remuait mon âme. Elle était une perle dans un écrin inconvenant. Les murs gris et sales d'un entrepôt constituaient un bien triste abri pour un être que je jugeais exceptionnel, mais ils ont quand même servi nos fins, ces murs. Ils ont contenu, le temps d'une saison, tout notre amour, ce fol amour tressé, aux premiers temps, de baisers dans des remorques et de la complicité moqueuse de nos copains et collègues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir d'avril, si je me souviens bien, nous avons soupé ensemble dans une brasserie. Et quand elle m'a dit ses 19 ans, pendant une seconde, j'ai tremblé : allais-je être de l'âge de son père ? Juste pendant une seconde car, après, j'étais déjà perdu dans ses yeux, et elle était déjà en pays conquis. Plus rien, alors, n'avait vraiment d'importance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce même soir, je l'ai laissée au métro, ignorant son passé comme son présent. Je n'ai pas vraiment posé de questions. Je ne savais pas si je devais lui en poser. De toute façon, il n'y avait qu'une seule vraie question : avait-elle quelqu'un dans sa vie ? Je n'osais pas encore l'espérer, mais ce quelqu'un, je voulais que ce soit moi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans cette cassette, je découvrais une sensibilité que je pouvais associer à la mienne. Et la façon de faire de Danielle ressemblait tellement à ce que, moi-même, j'aurais pu imaginer. Et puis il y a eu le 23 avril.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans nos annales personnelles, cette date est celle où nous avons officiellement commencé à nous fréquenter. C'est surtout celle où je lui ai dit « je t'aime ». Parce que cela apparaissait évident, incontournable, admirable. « Je t'aime » parce que ça devenait subitement mon entière réalité, la seule vérité, la seule chose qui pouvait être dite et vécue. « Je t'aime » parce que là, tous les deux, dans ces premières minutes d'intimité, nous savions bien que c'était pour la vie. Je pense qu'en ces heures d'une grande douceur, déjà nous avions convenu, sans nous le dire, que ce serait moi pour elle et elle pour moi. Déjà nous savions que nos existences étaient soudées pour l'éternité, et que nous les unirions aux yeux de tous. Pourtant, peut-être tremblants devant l'immensité du bonheur qui s'offrait à nous, nous demeurions hésitants, comme si nous craignions que le rêve soit fragile, qu'il puisse s'écrouler, qu'une petite brise puisse encore l'abattre. Nos projets se limitaient aux minutes qui venaient, au lendemain peut-être, mais c'était là un jeu bien puéril. Je pense simplement que nous étions terrorisés à l'idée que l'autre pourrait dire non, reculer. La puissance de l'émotion nous faisait peur, en quelque sorte. Nous avons donc attendu une semaine pour nous dire que nous voulions nous marier. Elle a abordé le sujet la première ; si j'avais l'espérance de ce dénouement, je n'avais pas la prétention d'y parvenir. Et puis, il faut dire que nous nous trouvions dans un tel tourbillon de sentiments que bien des choses s'étaient mêlées dans mon crâne, et dans le sien aussi, je crois bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'éternité... je rêvais, bien sûr. L'éternité est une utopie d'amoureux naissants, pas une réalité d'être humain. L'éternité est une idée, pas un fait. Et pourtant, pourtant... On peut penser que cette décision hâtive de nous marier était une étourderie, une folie douce. Moi, je crois plutôt qu'il s'agissait de la seule voie à suivre. « Je suis prête à t'emmener avec moi au bout de ma vie », m'écrivait-elle. Nous ne nous sommes pas épousés à la légère. C'était pour toujours, toujours. Se marier, c'était conjurer le malheur, c'était associer nos âmes dans une pureté que personne ne saurait avilir. S'unir, c'était crier au monde que nous nous aimions, et que nous nous aimerions jusqu'à la mort. Se marier, c'était la promesse mutuelle d'être l'unique personne à compter dans l'esprit de l'autre. Et, surtout, se marier, c'était chasser les diables qui hantaient son coeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car Danielle s'est immédiatement présentée à moi telle qu'elle se percevait, comme une enfant blessée par la vie, cmme une enfant abandonnée, comme une enfant qui n'avait du bonheur qu'une vague idée, et à qui soudain apparaissait la chance de le matérialiser dans la réalité de notre amour. Danielle s'est présentée comme une jeune fille souillée, meurtrie, presque flétrie. Comme un être qu'on aurait trompé, dont on se serait servi. Comme une personne qui n'aurait eu droit qu'à la part congrue de l'amour. Alors elle m'a demandé de faire d'elle mon plein amour, de ne jamais la reléguer à un rôle de numéro deux. Et j'ai bien sûr consenti, promis. Elle occupait déjà ma vie entière, je savais que je ne pourrais jamais faire d'elle, en mon coeur, autre chose qu'une absolue priorité, autre chose qu'un désir permanent de l'aimer et de la chérir. La concrétion de cet amour a pu s'effriter au fil des jours et des années, mais jamais ma promesse ne fut trahie. Danielle, pour emprunter ses propres mots, a été et est restée le numéro un. Je n'aurais pu, de toute façon, en faire un numéro deux sans me mépriser profondément. À cette époque, elle était mon absolu, mon passé, mon avenir, mon absence, ma vie et ma mort. Tout immatérielle qu'elle ait pu devenir plus tard, elle est longtemps restée l'incarnation de mes désirs, de mes douceurs, de mes souffrances. À tant l'aimer, pensais-je alors, peut-être en mourrai-je, mais jamais, jamais, jamais je ne l'aurai trahie. Un jour, elle m'a écrit « me jette pas ». Eh bien, je ne l'ai pas jetée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il y a eu ce drôle de voyage à New York, puis le chaud soleil d'Hampton Beach. Il y a eu la varicelle de Danielle, et mes premières inquiétudes. Il y a eu ce voyage en Europe, son dernier bout de chemin de jeune fille en compagnie de son papa, la torride Espagne d'où elle me téléphonait, ce voyage qui était à la fois une fin et un début, puisqu'il se terminait par notre mariage. Elle avait tous ces mots à me livrer, tout cet amour à me donner, toute sa vie à me consacrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans sa robe blanche, elle était la plus belle des mariées. L'image est banale, je sais, mais tellement vraie. Elle me faisait homme de son amour, elle déposait en moi son désir de bonheur, son espoir de nouer ses veines à mon coeur, son envie de faire une symbiose de nos corps.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Nous sommes allés à Tadoussac, un instant unique et magique. Un matin, peut-&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SOrdwHse80I/AAAAAAAAAL0/ZoahgdV7kxU/s1600-h/Dan+002.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 0pt 10px 10px; float: right; cursor: pointer;" src="http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SOrdwHse80I/AAAAAAAAAL0/ZoahgdV7kxU/s200/Dan+002.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5254255734050190146" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;être le plus doux de ma vie, le soleil balayait sa peau, ses yeux brillaient, son ventre se transformait. Il y avait un avenir dans ce ventre. Il ne possédait pas encore de nom. On le trouverait à Paris, quelques mois plus tard. Mais, déjà, il symbolisait tout ce qu'il pourrait y avoir de bon à être ensemble, dans la tendre certitude de l'absolue complicité.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En ces jours, la sérénité du ciel me préservait de toute souffrance. Et elle m'en préserverait toujours, croyais-je.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-3473287296882341695?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/3473287296882341695/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=3473287296882341695&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3473287296882341695'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3473287296882341695'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2008/10/danielle.html' title='Danielle'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SOrCF4WrHlI/AAAAAAAAALk/oOcPBOp-y8Y/s72-c/Dan+001.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-7769763331099865331</id><published>2008-09-26T00:05:00.006-04:00</published><updated>2008-10-04T00:27:01.002-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Fantasme d'été, réalité d'hiver</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SNxfrd8fY7I/AAAAAAAAALc/JcNNtABQh-M/s1600-h/renoir3.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SNxfrd8fY7I/AAAAAAAAALc/JcNNtABQh-M/s200/renoir3.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5250176465984512946" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Nous entretenons parfois des illusions qui nous font croire que certaines choses sont meilleures que d'autres, qu'en des époques dorées, la vie était plus douce que ce qu'elle est aujourd'hui, que le monde était plus simple autrefois. Souvent, il nous est impossible de véritablement comparer les éléments mis en relation, aussi nos chimères ont-elles la vie dure. Il arrive, cependant, des circonstances où nous pouvons confronter nos rêves à la réalité. Et l'exercice s'avère parfois...  un rien décevant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je me souviens vaguement de la première fois que je l'ai vue. Je me trouvais avec des copains, nous flemmardions sous le chaud soleil de juillet, étendus sur le quai de la baie Richard. Elle est arrivée, accompagnée de son cousin. Je l'ai zieutée avec ravissement. Dans les jours qui ont suivi, j'ai entrepris, fort malhabilement, de m'en rapprocher. Sans succès. C'est qu'elle m'intimidait, la belle, et les circonstances faisaient que je ne parvenais pratiquement jamais à être seul avec elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle avait tout pour me plaire. J'avais tout pour lui déplaire, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;croyais-je&lt;/span&gt;. Des amis bruyants et un brin grossiers, une fausse désinvolture pour cacher mon embarras, une attitude peu liante pour ne pas souffrir les moqueries de mes camarades. Nous jouions tous un peu au matamore, question de bien asseoir nos « qualités » de jeunes mâles. Sans doute &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;s'amusait-elle&lt;/span&gt; de notre façon d'être : elle venait fréquemment nous rejoindre. Nous devisions alors, échangeant des propos d'une grande banalité, personne, apparemment, ne souhaitant ouvrir son jeu. Je pense qu'elle nous faisait tous un peu d'effet, mais qu'aucun d'entre nous ne voulait l'admettre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n'était pas d'une beauté flamboyante ; elle avait cette joliesse des jeunes femmes distinguées qui les rend si attirantes. Polie, réservée, elle évoluait dans un univers qui nous était étranger. Et c'est bien là ce qui me fascinait. En cet été 1969, j'avais toujours Françoise &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;Hardy&lt;/span&gt; dans la tête, le romantisme ancré dans le coeur, même si je me serais bien gardé de l'avouer. À sa façon, elle incarnait mes attentes les plus intimes ; sa délicatesse me troublait, sa retenue me séduisait. Une aussi frêle créature devait nécessairement avoir besoin d'un preux chevalier pour la protéger, et je me faisais fort d'être ce rempart qui la préserverait des vicissitudes de l'existence. Bref, mon imagination galopait allègrement. Elle devint, en quelques jours, l'objet d'un fantasme qui me hanterait de longues années.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai pu concrétiser ce puissant sentiment qu'elle avait fait naître en mon coeur. L'occasion s'est présentée, je n'ai pas su en profiter. La fin des vacances m'a éloigné d'elle, sans que je puisse pourtant l'oublier. Je l'ai revue à quelques reprises, mais jamais dans des circonstances qui auraient pu favoriser un rapprochement. Puis le temps a fait son oeuvre, les événements m'ont mené en d'autres entreprises. Elle s'est blottie en quelque coin de ma mémoire, alors que d'autres amours occupaient ma pensée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au fil des ans, au gré des aléas d'un quotidien parfois chaotique, l'image de son doux visage me revenait parfois à l'esprit ; comme j'aurais voulu le caresser, ce visage chéri ! Quand les choses allaient plus ou moins bien, quand la vie conjugale n'était plus un long fleuve tranquille, j'aimais imaginer ce qu'aurait été la vie à ses côtés, et je voyais que cette vie aurait été une source intarissable de bonheur. Presque avec violence, une espèce de vérité s'imposait : elle aurait dû être mienne. C'est alors que le fantasme reprenait toute sa vigueur. La gracile adolescente qui n'avait jamais quitté mon âme attisait de nouveau mon désir, le désir chaste que peut susciter l'amour au temps de la jeunesse. Un désir absolu, où la chair est &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;indistincte&lt;/span&gt;, amalgamée à la plénitude d'une communion totale entre deux êtres. Puis la vie ordinaire reprenait son cours, et le fantasme s'atténuait, mais sans jamais disparaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mille fois j'ai rêvé de la revoir, de lui parler, de lui dire tous ces mots que je n'avais jamais osés. Mille fois, oui, mais toutes repoussées. L'existence ne me permettait pas cette audace. Puis, un jour, dans le déchirement d'un mariage bringuebalant où l'avenir ne se comptait plus en années, j'ai pris la plume pour lui faire des mots qui, je l'espérais, sauraient la toucher. Vingt ans me séparaient de mon fantasme, mille mots suffiraient-ils à m'en rapprocher ? Je ne savais pas ce qu'elle était devenue, ce qu'elle vivait. Était-elle mariée ? Élevait-elle une flopée d'enfants ? Et même, était-elle morte ? Ce n'est pas sans angoisse que j'ai posté cette lettre, à la dernière adresse où je savais qu'elle avait habité. Allait-elle la recevoir ? Et, le cas échéant, que penserait-elle ? Me prendrait-elle pour un fou ? Rirait-elle de mes prétentions ? Se souviendrait-elle de moi ? L'idée qu'elle avait pu m'effacer entièrement de sa mémoire me taraudait. En effet, pourquoi se souviendrait-elle de moi ? Qu'avais-je été pour elle, sinon un simple camarade de vacances ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n'a pas répondu à ma lettre. Chaque jour, le coeur battant, je cueillais le courrier, mais aucun mot de sa part ne venait me réconforter. Mon entreprise avait donc été vaine. Puis, un glacial dimanche de janvier, le téléphone a sonné. Elle était au bout du fil. Mal à l'aise, nous l'étions tous les deux. Un ton un peu brusque, une voix que je ne reconnaissais pas, des propos anodins, incertains, ne me rassérénèrent pas. La conversation ne fut pas très longue, et je ne garde aucun souvenir des propos qui furent échangés. Mais un lien venait d'être établi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il fallut plusieurs semaines avant qu'un rendez-vous ne fût fixé. Un petit bar de la rue Saint-Denis nous accueillit. Une grande nervosité m'habitait durant le trajet me menant à cette rencontre. Allais-je retrouver la jeune fille dont l'image ne m'avait jamais quitté ? Que pouvais-je espérer après vingt ans ? Dans quel état d'esprit serait-elle ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, elle n'était plus cette jeune demoiselle aux cheveux flottants dans le vent que j'avais laissée voilà presque un quart de siècle. Elle n'était plus cette sobre adolescente qui souriait timidement en baissant les yeux. J'avais devant moi une femme dans la quarantaine au visage arrondi, le cheveux frisé. Une femme sympathique, certes, mais qui n'allumait pas en moi ce feu dont j'aurais voulu brûler. Si bien que je me suis demandé s'il y aurait un prochain rendez-vous. Il y en a eu un, et plusieurs autres. Elle était libre, toute prête à aimer, à aimer passionnément. Et ainsi il en fut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis laissé porter par son amour, j'en ai même profité, je dois le dire. Le sentiment qui me liait à elle n'avait certainement pas la chaleur qu'elle escomptait, mais il existait. Et il ne me fut pas facile, quelque trois ans plus tard, de mettre un terme à cette relation. Mais il le fallait, un ciel nouveau éclairait ma voie... et mon fantasme était mort !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-7769763331099865331?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/7769763331099865331/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=7769763331099865331&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7769763331099865331'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7769763331099865331'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2008/09/fantasme-dt-ralit-dhiver.html' title='Fantasme d&apos;été, réalité d&apos;hiver'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_iuW7zcCYF-s/SNxfrd8fY7I/AAAAAAAAALc/JcNNtABQh-M/s72-c/renoir3.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-8928549634638396421</id><published>2008-06-17T23:46:00.009-04:00</published><updated>2008-07-12T12:30:54.791-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>L'institutrice</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/SFiFL16W-xI/AAAAAAAAALM/bHZJD6ppKss/s1600-h/9c-femme-journal-photo-ancienne.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/SFiFL16W-xI/AAAAAAAAALM/bHZJD6ppKss/s200/9c-femme-journal-photo-ancienne.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5213063007178259218" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;J'ai connu Françoise L., une Parisienne établie au Québec, au début des années quatre-vingt. Elle avait une dizaine d'années de plus que moi. Ce ne fut pas un grand amour, plutôt un moment agréable dans une époque ô combien tourmentée. Davantage un fantasme qu'un engagement. Davantage un accident que la poursuite d'une chose heureuse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Comme bien des petits écoliers, j'ai souvent été amoureux de mes «maîtresses d'école». En première année, il s'agissait de Madame Leclerc. Une belle grande femme toujours impeccablement coiffée d'un chignon tout à fait convenable pour l'époque. Elle portait de longues jupes étroites qui descendaient sous les genoux. Je n'étais pas le seul à la trouver jolie ; je crois qu'elle hantait les rêves de beaucoup de mes camarades de classe. En deuxième année, ce fut Mademoiselle Rondeau. Moins jolie, certes, mais aucun élève n'a oublié, j'en suis sûr, ces blouses diaphanes qu'elle affectionnait. Nous devinions, sous le léger tissu, le soutien-gorge et, parfois, un soleil coquin nous laissait admirer des formes qui troublaient nos jeunes esprits. En troisième année, Madame Bourget ne suscita pas de sentiments coupables. Une belle personne, mais légèrement extravagante. Elle se teignait constamment les cheveux, une habitude un peu déroutante pour les jeunes hommes que nous étions. Et elle était souvent absente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En quatrième et en cinquième année, les choses changèrent. Madame Gagnon et Madame Lacasse furent de très bonnes enseignantes, mais elles étaient «vieilles» ; nos pensées restèrent donc chastes en leur compagnie. Ce qui ne m'empêcha pas de les apprécier, notamment Madame Gagnon, qui fut une institutrice attentionnée et douce.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fin de mon primaire se passa à Laval. Un homme m'enseigna en sixième année et, en septième, ce fut la redoutable Madame Chalifoux. D'un certain âge, maigrichonne, sèche et sévère, elle ne pouvait allumer aucune passion. D'autant plus qu'elle ne dédaignait pas la manière forte ; une retentissante gifle m'a laissé un souvenir impérissable de sa pédagogie. On avait intérêt à marcher droit...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai commencé mon secondaire dans une école de garçons. Aucune femme ne nous enseignait. L'atmosphère virile qui régnait en ces lieux nous portait à adopter une attitude machiste. Il était davantage question de chamailleries, de bagarres et de coups pendables que d'évocations romantiques. Nul n'aurait osé montrer un côté fleur bleue qui l'aurait ridiculisé à jamais. Bien sûr, les filles nous intéressaient, mais une espèce de code d'honneur nous interdisait d'en parler autrement qu'en employant des mots bien peu flatteurs. Ce fut le règne des mille euphémismes disgracieux qu'on utilisait alors pour désigner ces créatures qui titillaient nos sens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, en 1969, l'ère des polyvalentes arriva. Époque bénie, bien sûr ! Des filles par centaines, de quoi allumer tout adolescent normalement constitué. Comme elles m'ont fait rêver, ces demoiselles ! Plusieurs m'ont laissé de délicieux souvenirs. Quant aux enseignantes, je n'en garde que de vagues réminiscences. Il y a bien eu une enseignante en arts plastiques que je courtisais stupidement. Je crois que ça l'amusait. Mes efforts prétentieux ne m'ont pas permis de jouir des faveurs de la belle, mais au moins m'autorisaient-ils à faire à peu près ce que je voulais dans ce cours où je n'étais pas très souvent présent. Et cette autre, qui nous enseignait la musique, toute jeune, tout embarrassée par ces grands garçons qui la reluquaient  sans retenue aucune. Il lui en a fallu du courage pour nous affronter. Elle m'a tout de même appris à lire la musique, ce qui n'était pas un mince exploit compte tenu de mon manque d'assiduité. Il y a eu aussi cette prof d'histoire, au Mont-de-La Salle. Je frôlais alors les dix-huit ans, âge vénérable qui me faisait l'aîné de la classe. Aux oeillades que nous échangions, il était clair que les choses pouvaient évoluer en une direction qui promettait de bien charmants plaisirs. Malheureusement, j'ai quitté l'école en milieu d'année et jamais je n'ai pu concrétiser mes désirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai entrepris mes études collégiales alors que j'étais adulte, et marié. Je travaillais le jour et fréquentais le cégep le soir. Pas de rencontres galantes, ma situation conjugale ne me prédisposant pas aux jeux de l'amour. Évidemment,  je fus sensible aux charmes de certaines personnes du sexe, et notamment à ceux d'une délicieuse prof de français, Marie-Claude. Mais je me gardai bien de faire part à cette dame des émois qu'elle provoquait en mon être. Il y eut pourtant une exception : Diane C. Je ne me souviens pas de la matière qu'elle enseignait, mais je n'ai pas oublié les regards qu'elle me jetait. Il n'y avait aucune ambiguïté. À la fin de la session, après un repas largement arrosé dans un restaurant du Vieux-Montréal, nous nous sommes épanchés, ce qui s'est traduit par de langoureuses embrassades, et devant témoins. La chose était gênante... et n'a pas eu de suite. Elle m'a relancé, une fois, je n'ai pas répondu ; je dois être honnête : j'aurais bien voulu mieux connaître cette créature, j'ai même conçu le projet de la revoir, mais je n'ai pu me résoudre à franchir la frontière qui sépare l'homme fidèle du mari adultère. Une stupide question d'honneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Au fil des ans, au cours de l'enfance, de l'adolescence et de l'âge adulte, plusieurs femmes chargées de mon éducation ont donc troublé mon esprit. Je n'ai pourtant jamais succombé aux désirs qui pouvaient incendier mon coeur. Cela est arrivé plus tard, extra-muros, en quelque sorte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes fils fréquentaient alors une école alternative du Plateau. Comme parent, je fus un modèle d'engagement et de soutien au personnel enseignant. Je passais une bonne partie de mes temps libres à l'école. C'est que j'en avais beaucoup, des temps libres. J'avais terminé ma scolarité de maîtrise et mon mémoire était en suspens, ma directrice étant retenue à Paris par une grossesse difficile. Je me rendais donc à l'école presque tous les jours. Je m'occupais du secrétariat, je participais à plusieurs activités, j'accompagnais les enfants à la patinoire ou à la piscine.  Ma présence constante favorisait les interactions avec les trois enseignants, dont Françoise L.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début, elle m'épatait par l'énergie qu'elle dépensait dans son travail, par son désir d'amener les enfants au-delà de la seule réalité scolaire.  Je l'admirais, d'une certaine façon. Puis les choses ont évolué, peu à peu. Parfois, quand elle avait quelques minutes de libres, elle venait fumer une cigarette en ma compagnie dans le minuscule local qui servait de secrétariat. Comme membres du comité de gestion de l'école, nous nous voyions les soirs de réunion. Je participais aussi à divers comités où elle était présente. Nous nous entendions bien, mais nos relations restaient purement amicales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ensuite, par l'entremise du «service de courrier de l'école», nous avons échangé de petits mots anodins, mais doux. Nous étions souvent ensemble. Vers la fin de l'année scolaire, de nombreuses occasions de nous rencontrer se présentèrent. Il y avait tant de choses à organiser, et il était si agréable de se côtoyer. Un camp vert nous permit de passer quelques jours ensemble, de mieux nous connaître, de mieux nous apprécier. Nos petits mots anodins sont alors devenus des messages plus sérieux. L'amitié se transformait lentement en un sentiment plus fort, plus troublant. Puis un après-midi au mont Royal vint sceller cet aspect nouveau de nos relations. Des paroles furent prononcées, des paroles que nous ne pouvions plus rattraper, que nous ne voulions pas rattraper. Des sentiments avoués, des désirs exprimés, un bonheur à venir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est au début de l'été, et dans le cadre d'une vie conjugale désorganisée, presque agonisante déjà, que l'aventure prit véritablement une tournure charnelle. J'hésitais encore, pourtant. Une première soirée à son domicile ne se conclut pas autrement que par un chaste « bonsoir ». Ce n'était que partie remise. Bientôt, des ébats coupables remplacèrent nos discussions. L'affaire était sérieusement engagée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai connu de bons moments avec Françoise. Nos rapports étaient cependant ambigus. Elle aimait les hommes, je ne me formalisais pas de ses écarts. D'ailleurs, je vivais toujours avec mon épouse, qui s'accommodait fort bien de la situation. En fait, cette histoire créait beaucoup de confusion dans ma petite tête. Quand Françoise a changé d'école, un de mes fils l'a suivie, moi aussi. Nous étions toujours de bons partenaires sur le plan scolaire, je m'occupais plus que jamais de la bonne marche de l'établissement, et même des deux établissements, puisque mon autre fils était resté à l'école du Plateau. Parallèlement, nous poursuivions notre relation amoureuse. Mais j'avais beaucoup de difficulté à quitter la couche d'une institutrice accueillante pour plonger dans le lit conjugal. Je sentais bien que la situation ne pourrait s'éterniser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Françoise décida de s'acheter une maison. Je l'accompagnais dans ses visites des demeures qui l'intéressaient. Un jour, elle me parla d'un endroit où « nous » pourrions habiter. Ce fut le début de la fin. Je savais bien que je n'avais aucune envie de quitter mon épouse. Et s'il était très agréable de fréquenter cette femme, ce n'est pas pour autant que je désirais changer de vie. Progressivement, nos rapports se refroidirent. Un matin, alors que nous prenions notre café, elle aborda franchement la question, et les points furent mis sur les « i », comme on dit. Ce fut fait sans douleur. « Je n'arrive même pas à pleurer » me dit-elle. J'en fus soulagé. L'histoire se terminait comme elle avait commencé, en douceur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Françoise était un joli bout de femme. Elle avait un sourire coquin qui faisait craquer les messieurs. Elle n'était pas bien grande, mais ses formes généreuses attiraient les regards. Entreprenante et dynamique dans son travail, lascive et généreuse dans ses amours, elle avait bien des atouts. J'ignore ce qu'elle est devenue. Elle est aujourd'hui dans la mi-soixantaine, et je veux croire qu'elle est toujours aussi ouverte aux autres.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-8928549634638396421?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/8928549634638396421/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=8928549634638396421&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/8928549634638396421'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/8928549634638396421'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2008/06/linstitutrice.html' title='L&apos;institutrice'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/SFiFL16W-xI/AAAAAAAAALM/bHZJD6ppKss/s72-c/9c-femme-journal-photo-ancienne.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-597876672587427106</id><published>2008-06-07T23:06:00.011-04:00</published><updated>2008-06-08T10:14:56.939-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>L'histoire en marche</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/SEtM0lal_1I/AAAAAAAAALE/RxY_4IBGzvM/s1600-h/240px-PiusXII.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/SEtM0lal_1I/AAAAAAAAALE/RxY_4IBGzvM/s200/240px-PiusXII.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5209341860264673106" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Le 6 juin 1968, ma mère m'a réveillé d'une drôle de façon : «Robert Kennedy a été assassiné !» J'étais surpris. Jamais ma mère ne me parlait de l'actualité. J'en conclus que cette nouvelle devait la bouleverser. Moi, elle me laissait assez indifférent. Ce n'est pas que j'étais insensible au monde qui m'entourait, bien au contraire. Mais les Kennedy... Le mythe de cette famille à la fortune plus que suspecte m'a toujours indisposé, et je n'ai jamais cru aux vertus qu'on prêtait à ses fils. En fait, je n'ai jamais pu associer le mot «vertus» au mot «politicien». Bien sûr, certaines personnes ont pu amorcer leur carrière politique en défendant des idéaux auxquels elles croyaient, mais on ne devient pas président ni même candidat à la présidence, premier ministre ou chef de parti sans être animé d'une ambition qui mène à toutes les compromissions, tout Kennedy qu'on soit!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'étais en troisième année. Si mes souvenirs sont exacts, ce devait être en après-midi. On a cogné à la porte de la classe. Le principal est entré, a chuchoté quelques mots à l'oreille de Mademoiselle Bourget. Il avait l'air grave. Une fois qu'il fut sorti, l'enseignante s'est tournée vers nous; elle aussi avait l'air grave : «On vient d'assassiner John Fitzgerald Kennedy, le président des États-Unis.» La nouvelle semblait importante, et même assez sensationnelle pour que le principal aille de classe en classe pour la colporter. Peut-être avons-nous fait une prière, ou garder un silence respectueux pendant quelques minutes, je ne m'en souviens plus vraiment. Sans doute avons-nous prié : après tout, Kennedy était catholique, comme nous ne tarderions pas à l'apprendre. Mais, à cet instant précis, je dois le dire, je ne savais absolument pas qui était ce John Fitzgerald Kennedy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'allais cependant pas rester longtemps dans l'ignorance. Dans les jours qui suivirent, plus rien n'existait que cet assassinat. Ce n'était pas quelques pages dans les journaux qu'on consacrait à l'événement, mais presque des éditions entières. Même à huit ans, on ne pouvait échapper au déferlement médiatique. Pour toujours des noms allaient se graver dans nos mémoires : Lee Harvey Oswald, Jack Ruby, Jackie Kennedy. Les images de l'assassinat passaient constamment à la télévision. Je pense que personne n'a oublié l'effondrement du président, l'accélération soudaine de la voiture. On apprendrait que le président était un homme «bon», courageux, un héros de le Deuxième Guerre mondiale, le défenseur des Noirs américains (j'ai encore en tête une photo à la une où on voit une vieille noire pleurer à chaudes larmes la disparition du président), l'homme qui avait fait reculer Khroutchev, l'homme du discours de Berlin... mais aussi l'homme volage aux aventures plus ou moins discrètes, l'homme de l'échec du débarquement de la baie des Cochons à Cuba, l'homme qui a accentué la présence américaine au Viêt Nam et envoyé les premiers bombardiers. Bref, un saint dont l'auréole ne brillait pas du plus vif éclat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le 2 octobre 1958, le pape Pie XII rendait l'âme. Je n'avais alors que quatre ans, je ne devrais donc pas m'en souvenir. Pourtant, le décès de ce pape m'a marqué. Non pas que je savais qui était ce pape, ni même ce qu'était un pape mais, dans un Québec plus catholique que le pape, justement, un tel événement a pris une envergure qu'on peut difficilement imaginer aujourd'hui. Si bien que la télévision ne retransmettait rien d'autre. Plus d'émissions pour enfants, que du pape, à longueur de journée! Je revois encore cette image de la tombe du Saint-Père que nous renvoyait une caméra fixe. Du matin au soir. On voyait des fidèles défiler en silence devant la dépouille, heure après heure. Un véritable calvaire pour l'enfant que j'étais. Et pas moyen de changer de station : en 1958, il n'y avait que le «canal 2»...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Grande émotion en cette matinée du 4 octobre 1965. On installe dans la classe un téléviseur, ce gros machin muni de portes et monté sur un haut support métallique. Une télévision dans la classe : un événement plus que rarissime. C'est donc qu'une chose tout à fait extraordinaire doit se produire. Nous, les élèves, sommes bien heureux de sortir de la routine. Excités, nous regardons Madame Sévigny installer le téléviseur, puis le mettre en marche. L'image nous montre un avion qui se pose à New York. De nombreux dignitaires se massent au pied de l'escalier qu'on a amené auprès de la carlingue. Bientôt, la porte de l'appareil s'ouvre. Paul VI sort alors de l'avion et salue la foule qui l'attend. Voilà, nous venons d'assister à un moment historique, car c'est bien de cela qu'il s'agit, selon tout le monde : pensez, c'est la toute première fois qu'un pape vient en Amérique. Moi, je trouve l'événement un peu ennuyeux, et puis j'ai la tête ailleurs : je déménage dans quelques jours, je n'en ai rien à foutre du pape à New York. C'est pourtant là mon dernier souvenir de l'école Saint-Vincent-Ferrier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il y a eu l'assassinat de Martin Luther King, les événements de mai en France, l'agitation estudiantine au Québec, la mort de Robert Kennedy. Grosse année pour l'information que 1968. Mais il y avait aussi la vie courante, et même un peu triviale. Mes parents me confièrent une mission on ne peut plus sérieuse : servir de chaperon à ma soeur R., l'ainée de la famille, qui devait se rendre au chalet de son amoureux pour y passer un week-end. Croyaient-ils vraiment que j'allais m'intéresser aux agissements ou aux galipettes des tourtereaux? D'ailleurs, tout était prévu pour que je n'y prête qu'un oeil distrait, sinon bienvaillant. Claude (l'amoureux) m'encouragea fortement a usé et abusé de sa chaloupe à moteur et me fit bien comprendre que je ne devais même pas hésiter à m'amuser avec sa carabine. Pour l'adolescent que j'étais, ces activités représentaient un attrait auquel je ne pouvais résister. Il me restait à fermer les yeux sur ces choses que, de toute façon, je ne voulais pas voir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le retour de ce week-end où je n'ai pas vu ce que je ne voulais pas voir fut marqué par une grosse nouvelle : les Soviétiques venaient d'envahir la Tchécoslovaquie. Et alors que le monde occidental s'émouvait de l'action russe et la dénonçait fortement, rappelant les «horreurs» de la Hongrie de 1956, je pris conscience d'une chose : jamais je ne pourrais véritablement blâmer l'Union soviétique. Je me découvrais une âme communiste qui, aujourd'hui encore, anime mon être. Q'importent les critiques qu'on adressait au Kremlin, qu'importent les défauts objectifs du régime soviétique, il ne pouvait y avoir de véritable salut pour l'être humain en dehors de ce système fondé sur l'égalité et la justice. Je le crois toujours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Bien d'autres événements ont ponctué mes jours. Certains spectaculaires, comme l'Expo 67 ou l'assassinat de Sharon Tate par le clan de Charles Manson, d'autres plus anodins. Certains tragiques, d'autres plutôt amusants. Par exemple, je me rappelle avec un plaisir coupable l'annonce du décès de Jean-Paul I, le 28 septembre 1978. En ouvrant la radio ce matin-là, en entendant la musique classique qui remplaçait l'émission habituelle, en écoutant Le Bigot annoncer d'une voix grave le décès du pape, lui qui faisait plutôt, normalement, dans les pitreries, j'ai cru qu'il s'agissait d'une blague. Mais non, le pape avait rendu l'âme après un pontificat... de 33 jours. Ma foi, le cadavre de Paul VI devait être encore chaud!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a aussi eu la Crise d'octobre que j'ai vécue... de loin. J'étais alors à Vancouver, en compagnie de ma belle. Les échos que nous en avions, c'était par les journaux (nous n'avions pas la télévision là où nous habitions). La chose semblait absolument tragique dans les pages de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;The Province.&lt;/span&gt; L'armée dans les rues, le couvre-feu, les rues désertes, les arrestations, un état de guerre, quoi! Quand nous sommes revenus au Québec à la fin du mois d'octobre, nous croyions presque que nous aurions de la difficulté à traverser la «frontière» entre l'Ontario et la Belle Province, puis nous avons compris que la presse canadienne anglophone avait un brin exagéré la situation. Oui, il y avait eu des arrestations arbitraires, la mort de Pierre Laporte, le départ des felquistes pour Cuba. Non, les Québécois ne se sont jamais sentis assiégés, la «guerre» n'a jamais été sur le point d'éclater, la guérilla urbaine n'est jamais apparue. Quant à la menace d'insurrection populaire... elle est restée un fantasme des politiciens fédéraux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Peu de nouvelles m'ont autant bouleversé que l'annonce de la mort de John Lennon. Il devait être environ une heure du matin quand j'ai décidé d'aller me coucher. J'ai ouvert la télévision, histoire d'avoir ma dernière dose d'informations avant la nuit. C'est en zappant d'une chaîne à l'autre que je suis soudain tombé sur une image des Beatles. En fan fini du groupe, je suis resté sur la chaîne. Puis j'ai entendu l'annonceur dire «He was...». He was! Mon coeur a arrêté de battre une seconde. De qui parlait-il? Qui était le «He»? George, Paul, Ringo? Ça ne pouvait pas être John, non! Mais c'était bien de lui qu'on parlait. La chose m'apparaissait invraisemblable, impossible, inadmissible. J'ai réveillé mon épouse. Je ne pouvais garder cette épouvantable nouvelle pour moi seul.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jours qui suivirent furent difficiles. Les Beatles, et particulièrement John Lennon, m'ont accompagné une bonne partie de ma vie, et ils sont toujours présents en mon coeur. Je les écoute encore régulièrement. La disparition de John a jeté un froid en mon être, et un léger frisson trouble mon âme chaque fois que j'entends &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Imagine,&lt;/span&gt; une immortelle. Il ne saurait en être autrement. L'été dernier, presque vingt-sept ans après ce douloureux événement, je me suis rendu à Central Park, je me suis recueilli devant la plaque souvenir, heureux de constater que des gens de partout dans le monde laissent des traces de leur passage en ce lieu. Personne n'a oublié.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Tous ces faits qui nous sont relatés chaque jour à la télévision, à la radio ou dans les journaux peuvent nous émouvoir, nous choquer, nous laisser indifférents. Une chose demeure, cependant : quels que soient l'importance de la nouvelle, son effet sur nous ou dans la société, elle n'a qu'une existence bien éphémère. Bientôt, elle est remplacée par un autre chien écrasé, par une autre bévue ministérielle, par un autre crime sordide, par une autre décision politique meurtrière, et nous nous repaissons de la chose. Qu'un 11 septembre survienne, nous y prêterons intérêt, comme il se doit... mais entre des tours qui s'écroulent et un décolleté plongeant, savons-nous toujours faire la part des choses?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-597876672587427106?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/597876672587427106/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=597876672587427106&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/597876672587427106'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/597876672587427106'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2008/06/lhistoire-en-marche.html' title='L&apos;histoire en marche'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/SEtM0lal_1I/AAAAAAAAALE/RxY_4IBGzvM/s72-c/240px-PiusXII.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-6292531331877492968</id><published>2008-04-10T23:54:00.011-04:00</published><updated>2008-04-11T13:18:49.438-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Clins d&apos;oeil'/><title type='text'>Histoire d'une passion</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R_7jHKBN0-I/AAAAAAAAAKE/epeu_faFNeU/s1600-h/boston.gif"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R_7jHKBN0-I/AAAAAAAAAKE/epeu_faFNeU/s200/boston.gif" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5187833532865434594" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;J'ai six ans. La fin de l'automne 1960 est plutôt froide, et je ne m'amuse guère dans la cour de récréation. Je n'ai qu'un souhait : retourner le plus rapidement possible en classe. Soudain, un camarade s'approche ; il se nomme Jean-Pierre Doré. Il me pose une question, une question dont la réponse allait fortement marquer le reste de mon existence : «Quelle est ton équipe de hockey préférée ?» Cette question me dérange. Je ne m'intéresse pas au hockey, mais je ne veux pas avoir l'air de celui qui ne connaît rien, et je ne veux pas non plus me ranger dans le troupeau des partisans des Canadiens. Je veux être original, quoi ! Me démarquer. Je lance alors, presque par bravade, «Boston !». Un grand rire fait écho à ma réponse. Puis un commentaire, cinglant : «Boston, y sont les plus poches de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ligne.&lt;/span&gt;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça, je l'ignorais, mais qu'importe, le sort en était jeté. J'allais devenir le plus fidèle admirateur des Bruins de Boston, contre vents et marées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Au début des années soixante, le hockey ne me semblait pas d'un grand attrait. Il faut dire que, dans la famille, nous nous couchions tôt, même la fin de semaine. Et le hockey, on ne pouvait le voir à la télévision que le samedi soir. La transmission du match commençait à 20 h 30, presque à la fin de la première période. Trop tard, la plupart du temps, pour que je puisse le regarder. Et puis mon père n'était pas un maniaque de ce sport. Il n'était pas du genre à vouloir que son fils s'abrutisse, comme un « vrai p'tit homme », à observer des joueurs incultes se frapper à qui mieux mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré tout, la réaction de mon camarade de classe m'avait laissé songeur. Pourquoi était-ce si drôle de prendre pour les Bruins de Boston ? J'ai vite compris : l'équipe croupissait dans les bas-fonds du classement de la Ligue nationale. Une vraie misère ! Appuyer cette équipe revenait donc à soutenir des perdants. Je pense que c'est à ce moment que j'ai commencé à aimer les faibles, les négligés, les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;loosers, &lt;/span&gt;comme on dit aujourd'hui. J'ai alors entrepris de suivre les activités de « mon » club. S'il perdait aujourd'hui, il gagnerait plus tard, pour sûr !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'était pas facile d'aimer les Bruins. On ne manquait pas de m'agacer à cause de mon penchant pour cette équipe pitoyable. C'est que la nouvelle s'était vite répandue dans l'école. Mais les moqueries n'atténuaient pas l'ardeur que je mettais à défendre mes chers perdants. À l'époque, les gamins collectionnaient les bouchons des bouteilles de Coke car, sur leur face intérieure, on  trouvait  les figures des joueurs de hockey. Je n'eus pas beaucoup de difficulté à rassembler toute l'équipe de Boston : personne ne voulait de ses joueurs. À coup d'échanges, j'obtins rapidement tous les bouchons que je désirais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parallèlement à l'amour croissant que j'éprouvais pour les Bruins, une haine féroce des Canadiens de Montréal se développait en moi. Pourtant, cette équipe ne vivait pas des jours particulièrement heureux dans les années qui suivirent sa conquête des cinq coupes Stanley. Maurice Richard s'était retiré, le club avait perdu son âme. Mais, sans doute parce que j'habitais Montréal, les Canadiens représentaient pour moi les ennemis à abattre. Entouré d'admirateurs du bleu-blanc-rouge, je défendais le fort des Bruins, et je n'avais qu'un rêve : voir Boston piétiner Montréal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La décennie fut difficile. Année après année, Boston ne participait pas aux séries. Il n'y avait pourtant que six clubs dans la LNH. Mais je tenais le coup... et regardais de plus en plus de hockey. Un jour, Télé-Métropole se mit à diffuser des parties le mercredi soir. Il y avait donc maintenant deux matchs de hockey par semaine à la télévision. Nous n'étions plus tenus de n'écouter que René Lecavalier et le balbutiant Gilles Tremblay (qui, lentement mais sûrement, s'améliora, au point de devenir un excellent analyste).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fait que les Bruins ne « faisaient » jamais les séries avait ce curieux avantage qu'ils n'avaient pas à affronter les Canadiens. Quand, après huit ans de disette, ils se classèrent enfin, ce fut pour rencontrer l'équipe de Montréal, qui les balaya en quatre parties dès la première ronde. L'année suivante, en 1969, Montréal les battit une nouvelle fois, mais ce fut plus difficile : les Canadiens mirent six matchs à éliminer mes valeureux Bruins en demi-finale. Mais mon équipe s'améliorait et, surtout, comptait sur Bobby Orr, celui qui allait devenir le plus grand joueur de hockey de tous les temps. Et il y avait aussi Phil Esposito, Johnny Bucyk et toute une bande de joyeux lurons qui allaient transformer les Bruins en « Big Bad Bruins ». Une équipe talentueuse, et assez violente pour terroriser l'adversaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'année 1970 allait être celle de mon triomphe. Après dix ans d'attente, les Bruins, enfin, gagnèrent la coupe Stanley. Quatorze petit matchs leur avaient suffi pour éliminer New York, Chicago et Saint Louis. Je vécus alors de grandes émotions. Pour que mon bonheur fut complet, il manquait cependant une victime : Montréal. L'année suivante, Boston eut l'occasion de me combler, mais un mauvais sort les en empêcha : Montréal, défiant toutes les prédictions, parvint à éliminer mes Bruins en sept matchs. Nouvelle frustration. Boston remporta encore une fois la coupe en 1972, mais il n'eut pas à croiser le fer avec les Montréalais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les saisons qui venaient allaient être décevantes. Aussi bons qu'ils pouvaient être, les Bruins succombaient pourtant toujours devant les attaques des Canadiens. Chaque fois que les deux équipes s'affrontaient, le résultat était le même. Connaîtrais-je un jour la joie ultime de voir mon club vaincre les Canadiens qui, à mes yeux, étaient d'une grande médiocrité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai attendu. Longtemps. Puis, un jour, la chose se produisit. Au printemps 1988, après une incroyable série de défaites contre Montréal qui avait commencé en 1943, Les Bruins éliminèrent les Canadiens. Et ils remirent ça en 1990, 1991, 1992 et 1994. Maintenant, ils pouvaient gagner de nouveau la coupe Stanley. Chaque victoire me procura un plaisir incommensurable. Je me demande même si je n'ai pas versé une larme... ou deux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mon fils Benjamin aura bientôt trente-quatre ans. J'ai su lui transmettre mon amour pour les Bruins. Bien sûr, sa passion est des plus frustrantes : jamais encore il n'a eu la joie de voir les Bruins mettre la main sur le précieux trophée. Mais, en vrai partisan de Boston, il ne se décourage pas. Il sait, lui aussi, que les Bruins sont les meilleurs et qu'un jour, justice sera faite !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-6292531331877492968?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/6292531331877492968/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=6292531331877492968&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6292531331877492968'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6292531331877492968'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2008/04/histoire-dune-passion.html' title='Histoire d&apos;une passion'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R_7jHKBN0-I/AAAAAAAAAKE/epeu_faFNeU/s72-c/boston.gif' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-5858657862461204659</id><published>2008-02-20T00:04:00.010-05:00</published><updated>2008-06-08T02:18:37.694-04:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>La « première fois »</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R7u1OM3P_lI/AAAAAAAAAJ8/--lD7Y0KHEQ/s1600-h/%C3%89lisabeth+Morin.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R7u1OM3P_lI/AAAAAAAAAJ8/--lD7Y0KHEQ/s200/%C3%89lisabeth+Morin.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5168924252913532498" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;À la fin des années cinquante et au début des années soixante, tout ce qui concernait le sexe était évidemment tabou. Des conversations entre adultes ne filtrait jamais la moindre allusion à ce monde mystérieux et attirant. Bien sûr, nous pouvions nous amuser entre petits voisins, mais nous faisions-nous surprendre que nous étions sévèrement punis. Rien, absolument rien à la télévision ne pouvait satisfaire notre curiosité pour la chose. Notre ignorance en la matière était abyssale. Nous aurions été bien en mal d'expliquer ces sensations inédites qui, parfois, nous surprenaient. Et les livres savants qui circulaient ne nous faisaient pas plus intelligents : le temps que j'ai mis à comprendre ce qu'était la «pollution nocturne»... Les euphémismes étaient le lot de ces bonnes âmes qui prétendaient nous instruire, dont, au premier chef, le docteur Gendron qui, de triste mémoire, commettait des ouvrages qui auraient dû le vouer aux gémonies, notamment l'inénarrable &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L'adolescent veut savoir, &lt;/span&gt;un sommet de la connerie éducative.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'amour ne pouvait être que romantique et platonique, au sens ou on comprend ce terme aujourd'hui. Le corps, dans son caractère génital, devenait le lieu de tous les vices et perversions. Y penser était déjà un crime. J'ai le souvenir d'un vieux film italien mettant en scène deux jeunes personnes à l'aube de l'adolescence. Surpris par un orage alors qu'ils sont en forêt, ils se réfugient dans une cabane abandonnée. Le garçon allume alors un feu pour réchauffer la jeune fille, mais rien n'y fait. Dans leurs vêtement trempés, ils grelottent. Ils en viennent alors à se dévêtir pour faire sécher qui son pantalon, qui son corsage. Jamais ils ne seront nus, mais ils sont ainsi découverts, et c'est le drame. On jette l'opprobre sur la fillette, qui en viendra à s'enlever la vie pour fuir les tourments qui l'accablent. Voilà, c'est ainsi qu'on concevait les rapports entre les garçons et les filles : il fallait qu'ils soient d'une absolue chasteté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, alors que nous répétions pour la cérémonie de la première communion, je me suis fait brutalement admonester pour avoir jeté un coup d'oeil sur les fillettes qui occupaient une moitié de l'église; non seulement étions-nous séparés, mais nous devions aussi nous garder de tourner la tête en leur direction. Drôle d'univers ! On comprendra, dès lors, que ce qui était si soigneusement caché ne pouvait que nous exciter : quelles délices inconnues recelaient donc ces corps impubères pour qu'on nous en éloigne avec une telle vigueur ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'avais neuf ou dix ans quand le hasard a mis entre mes mains les premières images «sulfureuses» qu'il m'ait été donné de contempler. C'était dans le salon d'un barbier de la rue Gounod; on pouvait y feuilleter des magazines en attendant de se faire raser le crâne.  Ils contenaient des photographies de jeunes femmes courtement vêtues, très courtement vêtues. Mais aussi légères que pouvaient être leurs tenues, rien n'était véritablement révélé. Mais les seins étaient suffisamment dévoilées pour me donner des idées qui étaient bien peu catholiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelque temps plus tard, alors que je flânais près du restaurant des Dumont, je remarquai deux «grands» qui gloussaient de plaisir en regardant une revue. Je m'approchai, mû par l'instinct. Ils essayèrent de me repousser, mais je m'obstinais. Las, ils finirent par me montrer ce que je ne devais pas voir : la photo d'une plantureuse blonde, la poitrine entièrement dénudée. Je venais de commettre un péché mortel... mais ça en valait la peine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un jour, en cherchant je ne sais trop quoi dans les affaires de mon père, je suis tombé sur un magazine pour hommes. Il s'agissait d'une publication française, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Lui.&lt;/span&gt; Rien de bien grave dans ce magazine, que des jeunes femmes posant les seins nus. Pas d'images choquantes, mais de belles photographies en couleur que j'ai regardées... une centaine de fois, peut-être !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une chose m'apparaissait évidente : il n'était pas bien difficile de trouver à se rincer l'oeil, mais jamais aucune image ne permettait de découvrir dans toute sa plénitude l'anatomie féminine, ce qui était prodigieusement agaçant. Des seins, des seins et encore des seins. Ce n'est pas que c'était déplaisant, mais ça devenait un peu lassant, et un rien frustrant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par exemple, il y avait deux ou trois films qui passaient régulièrement à la télévision en fin de soirée où nous pouvions admirer des formes féminines «en mouvement». Nous nous faisions un devoir de les regarder, chaque fois. L'un d'eux, un film allemand, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le troisième sexe,&lt;/span&gt; abordait le problème d'une mère qui constatait avec effroi que son fils manifestait un certain penchant pour les messieurs. Pour essayer de le ramener dans le «droit chemin», elle engageait une charmante jeune domestique qui avait pour mission, outre de faire le ménage, de séduire le fils de la famille. Ce film contenait une scène où le jeune homme se jetait sur la jouvencelle et lui arrachait ses vêtements : c'était la scène à ne pas manquer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis vint un moment capital dans mon éducation sexuelle : mon premier film pornographique. L'oncle de mes amis Michel et Gilles était le propriétaire de la chose. Quand nous le harcelions suffisamment longtemps, il cédait : nous trouvions alors un lieu où aucun adulte ne pourrait nous surprendre et nous assistions à la projection. Un vieux film 8 mm en noir et blanc, un peu rayé, mais fort instructif. Tous les mystères des relations entre les hommes et les femmes m'étaient enfin révélés. Du moins, c'est ce que je croyais...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je ne me souviens pas de la première jeune fille que j'ai vue nue. Peut-être était-ce Alice F., entrevue furtivement dans un couloir. Je ne me souviens pas non plus des premiers seins que mes mains ont pu caresser. Bien sûr, il y a eu Carole T., qui s'était imprudemment aventurée chez moi alors que je m'y trouvais en compagnie de quelques camarades. Nous lui avions pourtant dit de ne pas venir... elle avait une jolie poitrine. Nous l'avions «un peu» aidée à retirer blouse et soutien-gorge. Malgré son air courroucé, je ne crois pas qu'elle ait été traumatisée par cette histoire. Quelque temps plus tard, on remettait ça au cours d'une balade en voiture. Encore une fois, le spectacle fut joli. Finalement, l'entreprise ne semblait pas lui déplaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a eu aussi Solange L. On la disait facile, aussi guettions-nous le moment où nous pourrions jouir de ses faveurs. L'occasion s'est présentée un soir où je remplaçais ma soeur comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;baby-sitter&lt;/span&gt; chez une dame de Pont-Viau. Nous étions plusieurs au sous-sol, et Solange était ivre ou feignait de l'être. Étendue sur un lit, elle s'offrait à nous. Nous ne l'avons pas déçue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis quelques autres jeunes dames m'ont permis d'en découvrir davantage sur les relations humaines, mais tout ça restait bien innocent. Qui, parmi nous, serait le premier à réellement faire la chose?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On dit souvent qu'on n'oublie jamais la première fois. Suis-je l'exception? Je n'ai qu'un très vague souvenir de cet instant qui aurait pourtant dû être mémorable. Ce dont je me souviens fort bien, par contre, c'est de l'avant-première fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant de long mois, les rapports entre Christiane et moi demeurèrent chastes. Évidemment, le désir nous tenaillait, mais nous restions hésitants.  Notre éducation, sans doute. Puis, petit à petit, les choses ont évolué. Les mains se firent plus curieuses, l'intimité crût. Une heureuse audace nous permit bientôt de substituer à de timides attouchements des gestes plus hardis, qui jamais, pourtant, ne nous menaient à la conclusion attendue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne m'en faisais pas. Le ciel était bleu, l'avenir, serein. Je n'avais même pas hâte d'en arriver à cette conclusion. Les instants que nous vivions ensemble étaient absolument délicieux... et excitants. Puis je ne voulais pas brusquer ma belle. Où était-ce un prétexte pour ne pas me brusquer moi-même? Faire l'amour, dans mon esprit, ce n'était pas rien. Étais-je prêt? Pouvais-je franchir ce point de non-retour? Pouvais-je quitter l'enfance et devenir un homme?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les réponses à ces questions vinrent un dimanche soir de début d'été. Je me trouvais à Saint-Bruno, chez ma soeur R.; je gardais les enfants. Christiane était venue m'y rejoindre. La soirée était chaude, les enfants dormaient, rien ne nous empêchait de nous abandonner à notre passion. Christiane était magnifique, et magnifiquement offerte. Dieu qu'elle était belle à ce moment-là! Nos étreintes se firent brûlantes, notre ardeur dépassait tout ce que nous avions connu jusque-là. Je pétrissais son corps de mes mains d'adolescent, heureux de caresser cette peau, de la humer, de m'enivrer de son odeur. Puis je me suis étendu sur elle dans une pose qui appelait une seule fin... du moins dans la tête de Christiane. À ses mouvements, j'ai soudain compris ce qu'elle désirait. J'ai figé! Encore aujourd'hui, je ne sais pas pourquoi. J'ai reculé, embarrassé. En fait, peut-être que je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit l'initiatrice de ce moment qui devait être unique dans mon existence. Je ne sais pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'ambiance se refroidit immédiatement. Gênés, tout à coup, nous avons ajusté notre tenue. Je crois que nous n'avons pas du tout parlé de ce qu'il venait de se produire. Bientôt, Christiane partit. Elle devait prendre l'autobus qui la ramènerait à Montréal. Je me servis alors un gros morceau de gâteau au chocolat et, alors que je m'apprêtais à l'engloutir, Christiane revint : elle avait raté son autobus! J'avais l'air d'un véritable con avec mon gâteau au chocolat alors que, dans ses yeux, je pouvais lire l'immense tristesse qui l'habitait. Non seulement l'avais-je rejetée mais, en plus, j'avais faim!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, je partais pour une semaine. Une semaine de camping avec des copains. Le jour où je suis revenu, nous avons fait l'amour, sans plus de cérémonie. Comme une chose normale. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je m'en souviens si peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Voilà, j'étais un homme... ou presque. Quelques jours plus tard, chez moi, alors que nous faisions l'amour, Christiane se mit à geindre fortement. Elle se trouvait sur moi. Soudain, elle  a roulé sur le côté et s'est affalée, inerte. Bêtement, j'ai cru qu'elle avait un malaise. Son sourire béat démentait pourtant la chose. Que j'étais con!&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-5858657862461204659?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/5858657862461204659/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=5858657862461204659&amp;isPopup=true' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/5858657862461204659'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/5858657862461204659'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2008/02/la-premire-fois.html' title='La « première fois »'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R7u1OM3P_lI/AAAAAAAAAJ8/--lD7Y0KHEQ/s72-c/%C3%89lisabeth+Morin.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-2513568430776281563</id><published>2007-12-23T23:04:00.001-05:00</published><updated>2008-02-19T23:37:39.746-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Noël</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R28wOMtHTII/AAAAAAAAAJ0/lnxm8koKIh8/s1600-h/dessins-d-enfants-champigny-sur-marne-france-1221504527-1141833.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R28wOMtHTII/AAAAAAAAAJ0/lnxm8koKIh8/s200/dessins-d-enfants-champigny-sur-marne-france-1221504527-1141833.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5147385919594515586" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;J'aimerais dire que je suis blasé, que cinquante-quatre fêtes de Noël, c'est bien suffisant pour comprendre que cette fête n'est jamais exactement ce qu'on voudrait qu'elle soit. Mais non, je ne suis pas encore blasé, je crois encore que Noël réveille en nous des sentiments qui nous grandissent, qui, pour quelques jours, nous font considérer d'un oeil bienvaillant des êtres et des choses qui, autrement, nous indiffèrent ou nous exaspèrent. Je crois que Noël nous révèle à nous-mêmes, qu'il nous fait voir ce qu'il peut y avoir de bon en nous. Je pense toujours que Noël est une façon tout à fait particulière d'aimer notre prochain. Oui, j'aimerais que Noël soit une fête d'amour, et qu'il ne perde jamais la magie qui l'entoure, ou dont on veut l'entourer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il est de bon ton de critiquer Noël, de vilipender son côté commercial, l'abrutissement qui résulte de la course aux cadeaux dans des centres commerciaux bondés. Oui, c'est là l'aspect désagréable de la chose. Mais il ne faut jamais oublier qu'à cette effervescence correspondent des sentiments qui font chaud au coeur, dont le plaisir de donner et la joie de recevoir. Nous oublions trop souvent, je crois, comme il peut être bon de nous apercevoir qu'on a pensé à nous, qu'on a choisi, parmi un milliard de petits riens, celui qu'on nous destine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On nous réveillait en pleine nuit. Les parents revenaient de la messe de minuit, c'était maintenant l'heure de la fête. Bien sûr, nous avions eu beaucoup de difficulté à nous endormir, excités comme nous l'étions. Mais ce n'est pas pour autant que nous étions contents d'être tirés du sommeil. Le lever était pénible, et puis il fallait s'habiller. Au pied de nos lits, nous découvrions nos bas de Noël, qui contenaient toujours au moins une orange, tradition oblige. La maison sentait bon les plats que maman avait préparés; en plus, il y flottait l'odeur, inoubliable, du sapin que papa avait décoré quelques jours auparavant. Puis une pensée nous traversait l'esprit. Nous nous précipitions au salon. Eh oui, dans la crèche nichée sous l'arbre, on trouvait le petit Jésus dans son berceau garni de paille. C'est que nous l'avions attendu, ce petit Jésus! Papa ne le déposait dans la crèche qu'après minuit. Sa présence confirmait l'arrivée de Noël. La longue attente était terminée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois convenablement vêtus, nous descendions chez notre tante Bado. Le froid de la nuit pouvait piquer notre peau, mais c'était l'affaire de quelques secondes. À l'intérieur, cris, rires et douce folie. Une fébrilité peu commune régnait. Tante Paulo arrivait d'Ottawa avec ses enfants et son mari, Phédyme. Moi, j'étais bien content de les voir, car s'agissait de ma marraine et de mon parrain. Puis, des éclats de voix stridents dominaient le tumulte ambiant : le Père Noël était à la porte. Je dois le dire, le vénérable vieillard à la barbe blanche me terrorisait, et je refusais de m'en approcher. Je n'étais pas encore assez malin pour deviner que mon grand-père se cachait sous le déguisement...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Comme tous les enfants, j'espérais toujours recevoir de beaux cadeaux. La magie vient du fait que les cadeaux, eh bien, ils étaient toujours plus beaux que ceux auxquels je m'attendais. Peut-être parce que je ne croyais pas mes parents assez riches pour m'offrir de telles merveilles. Je me souviens tout particulièrement d'une énorme diligence tirée par quatre chevaux. C'était trop beau pour être vrai ! Et d'un gros canon qui tirait des obus. Et de robots que je remontais et qui avançaient tout seuls, avec des lumières clignotantes sur la poitrine et des antennes qui tournaient sur leur tête. Et des revolvers de cowboys. Et aussi d'un revolver allemand, pour jouer à la guerre. Et il y a eu cette mitraillette noire, magnifique, que je «crinquais» et qui faisait un bruit d'enfer quand je tirais. Belle époque ! C'était avant les G.I. Joe, qui allaient être une des grandes passions de la fin de mon enfance. Ce n'était pas encore l'ère du «politically correct», et on pouvait offrir aux enfants des jouets de cette nature; personne ne croyait qu'on en ferait des meurtriers, des violents, des inadaptés. Il ne s'agissait que de jouets, de morceaux de rêve...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Puis venait le jour de l'An. Un peu moins drôle. C'est qu'il fallait visiter notre grand-père paternel, et c'était souvent la seule fois de l'année où nous le voyions. Nous étions donc intimidés. Nous nous préparions après le dîner. Comme il y avait, à ce moment-là, sept enfants à habiller pour affronter la froidure de janvier, ce n'était pas un exercice facile. Et le premier qui était emmitouflé dans son «costume de neige» avait le temps de mourir de chaleur avant que le dernier ne soit prêt. Puis il fallait nous transporter chez mon grand-père. Parfois, M. Lecavalier, le voisin d'en face, chauffeur de taxi, nous emmenait. Comment parvenions-nous à nous entasser dans sa voiture ? Je n'en ai aucune idée. Je me souviens seulement que nous étouffions sous nos lourds habits, coincés dans le taxi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne détestais pas la visite chez mon grand-père, mais je n'étais pas emballé. Il me fallait un certain temps pour me sentir à l'aise avec tous ces cousins et cousines que je ne connaissais pas beaucoup. Et il y avait surtout notre arrivée chez grand-papa, pénible moment où nous devions souhaiter la bonne année à nos nombreux oncles et tantes, qui nous débitaient les sempiternelles phrases creuses propres à ces rares rencontres : «Comme tu as grandi !» «Les études vont bien ?» « Mais comme tu ressembles à ta mère !» Il nous restait à sourire poliment, et à faire la bise à tante Hermine, une momie vivante, tante chérie de mon père, dernière représentante de la branche maternelle de sa famille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces tantes et ces oncles n'appartenaient pas à mon univers. Je ne les savais ni gentils ni méchants, je ne les connaissais pas. Il y avait l'oncle Paul, de Québec, peut-être le plus ouvert, tante Fernande, sa femme, une douce créature qui est malheureusement disparue trop tôt ; l'oncle André, qui travaillait à Radio-Canada, et tante Marcelle, son épouse ; l'austère oncle Charles, que j'assimilais à la génération de mon grand-père tant il me paraissait vieux. De sévère, il n'avait que l'allure ; j'ai découvert, bien tard, l'homme chaleureux qu'il était. Il y avait aussi tante Thérèse, femme de Charles, neurasthénique, mais attachante tout de même ; l'oncle Guy, grand, à la grosse voix, et sa tendre moitié, tante Madeleine, celle pour laquelle j'avais le plus de sympathie ; Jacques, l'ingénieur, un homme intéressant, et Denise, son épouse, une femme que j'ai pu apprécier au fil des ans. Enfin, il y avait tante Lucille, la «flyée» de la famille, d'une certaine façon, une coquette, dont le mari, André, était le pourvoyeur des cadeaux qui nous étaient distribués chaque année à l'occasion du nouvel An. André dirigeait une maison d'édition, aussi recevions-nous toujours des livres. Ce n'est pas une critique : j'ai eu là des livres fantastiques dont je me souviens encore très bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes oncles sont tous morts. Mes tantes, à l'exception de Fernande, sont toujours en vie. Mais je ne les vois jamais. Après le décès de mon grand-père, l'oncle Jacques a maintenu pendant quelques années la tradition de la grande rencontre du nouvel An. Ensuite, personne n'a pris le relais. Depuis, je peux compter sur les doigts d'une main le nombre de fois que j'ai revu ces augustes personnes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme je fréquentais peu mes cousins et cousines, je n'étais pas très à l'aise avec eux. Évidemment, au bout d'un moment, les choses allaient mieux. Il y avait le goûter, puis les cadeaux. Et nous finissions toujours par bien nous amuser. Surtout, je voyais là des cousines fort jolies que je n'ai pas oubliées, dont la belle Marie-France ; il y a bien un quart de siècle que je ne l'ai vue. Ainsi va la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La journée se terminait chez mon grand-père maternel, qui nous recevait à souper. Là, nous retrouvions notre monde à nous, familier, connu. Nous mangions du poulet de chez St-Hubert BBQ, une véritable fête pour nous qui n'avions jamais, mais vraiment jamais, la chance de goûter ce «délectable» mets. Après le souper, nous jouions à un jeu que nous nommions «okéo», si je me souviens bien. Nous apportions nos «cennes noires», car il s'agissait d'un jeu d'argent. Installés sur la grande table de la salle à manger, nous nous captivions pour ce jeu avec, au coeur, l'espoir de repartir avec tout un tas de sous noirs. Grand-maman nous offrait des arachides salées et des menthes que nous appelions «paparmane» (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;peppermint&lt;/span&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, c'était le retour à la maison. Fatigués, heureux, nous nous couchions. Je feuilletais quelques minutes les livres que j'avais reçus dans l'après-midi, mais bien vite le sommeil venait. La ronde des fêtes se terminait ainsi. Il nous restait quelques jours de congé pour nous amuser avec nos nouveaux jouets, avant de retrouver l'école et le long chemin qui nous mènerait jusqu'aux vacances d'été.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Je garde d'excellents souvenirs de mes Noëls d'enfant. Les années ont passé, les choses ont changé. Mais, d'une certaine façon, je n'ai pas perdu la faculté de m'émerveiller en cette période de festivités. Paix aux hommes de bonne volonté !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-2513568430776281563?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/2513568430776281563/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=2513568430776281563&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/2513568430776281563'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/2513568430776281563'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/12/nol.html' title='Noël'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R28wOMtHTII/AAAAAAAAAJ0/lnxm8koKIh8/s72-c/dessins-d-enfants-champigny-sur-marne-france-1221504527-1141833.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-2320905895127134987</id><published>2007-11-23T00:02:00.002-05:00</published><updated>2008-02-19T23:38:25.658-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Les voisins</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R0Ze9f9dQJI/AAAAAAAAAJk/05xCrwf6J7M/s1600-h/Montr%C3%A9al.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R0Ze9f9dQJI/AAAAAAAAAJk/05xCrwf6J7M/s200/Montr%C3%A9al.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5135896835706929298" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;J'ai fait un rapide décompte des différents endroits où j'ai habité au cours de ma vie, et j'arrive à dix-huit, dix-neuf si je compte un bref séjour sur la rue Ontario, à Vancouver. Je ne crois pas en avoir oublié, mais j'ai déménagé si souvent qu'il est bien possible qu'un des logements où j'ai vécu se soit perdu dans les méandres de ma mémoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette frénésie du déménagement est un trait caractéristique de ma famille. Toute la fratrie a maintes et maintes fois transporté ses pénates d'un endroit à un autre au fil des ans. Pourtant, mes parents ne nous ont pas habitués à de tels bouleversements. Mon enfance, je l'ai vécue à Montréal, toujours dans la même maison. Et quand la famille s'est installée à Laval, ce fut pour longtemps : mes parents ont habité le même bungalow pendant une quarantaine d'années avant d'aller vivre dans les Laurentides.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu importe où on vit, une constante demeure : les voisins. Nous gardons de bons souvenirs de certains d'entre eux, nous en oublions d'autres. Quelques-uns nous ont fait grincer des dents, plusieurs nous ont laissés indifférents. Mais, à leur façon, ils sont importants puisqu'ils forment une partie de notre quotidien, que nous le voulions ou non.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Quand j'étais tout jeune, un très vieux monsieur et sa dame vivaient au rez-de-chaussée du duplex jouxtant le nôtre. Leur petite-fille les visitait souvent ; elle se prénommait Julie. J'aimais bien Julie et, chaque fois qu'elle se trouvait chez ses grands-parents, nous «discutions», chacun de son côté de la clôture qui séparait les deux cours. Mais ce n'est pas de Julie dont je veux parler ici, mais bien de son grand-père. J'ai le souvenir d'un vieil homme un peu voûté, aux cheveux rares et blancs, affable et souriant. Un homme qui semblait très affectueux, et doux comme un agneau. Mais une rumeur, terrible, circulait à son propos. Bien sûr, on n'en parlait jamais devant lui, et je ne sais si cette rumeur était fondée ; elle concernait son emploi. On racontait, à voix basse, qu'il était l'un des derniers bourreaux au Canada. Cette idée nous faisait frémir ; il y avait donc une sorte d'excitation qui nous prenait lorsque nous le côtoyions : cet homme avait tué des êtres humains, pensez donc! J'ignore si cet homme a réellement exercé ce métier peu commun, mais j'imagine qu'il s'agit là de la vérité, à cause de son patronyme : il se nommait Paradis. Il n'y a de meilleur aptonyme...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, de nouveaux voisins se sont installés dans la maison adjacente à notre cour. Ils avaient ceci de particulier qu'ils étaient sourds-muets. Il n'était donc pas facile de communiquer avec eux. Leur petit garçon, Conrad, lui, ne souffrait pas de ce handicap. Et il aimait bien se mêler à nos jeux. Sa mère le cherchait constamment. Je la revois encore, sortant sur le balcon, le regard inquiet. Si elle n'apercevait pas immédiatement son fils, elle poussait une espèce de cri qui pouvait ressembler au prénom de son fils. Au début, ce cri nous étonnait : nous ne pensions pas qu'une muette pouvait émettre des sons. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que les gens sont muets à cause de leur surdité : ils n'apprennent pas à parler, mais ont la capacité de le faire. Ce cri nous étonnait aussi par sa force : la dame n'avait évidemment pas conscience de l'intensité de son cri. Nous avons rapidement pris l'habitude de partir à la recherche de Conrad sitôt qu'elle apparaissait sur son balcon ; je pense que ce cri rauque et puissant nous apeurait un brin, et nous ne voulions pas que la pauvre femme s'époumonne en vain : comme tous les petits garçons, Conrad n'était guère obéissant, aussi étions-nous fermes avec lui : «Ta mère te cherche, rentre chez toi!»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a bien d'autres voisins de la rue Henri-Julien dont je me souviens. Les Grecs, de l'autre côté de la rue, les Lecavalier, les Messier, les Pelletier. Et puis il y avait le restaurant du coin, tenu par les Dumont, et le nettoyeur lui faisant face, l'épicerie Dufresne, et le restaurant Gravel. Mais aucun n'était plus désagréable que M. Desjardins. Cet homme, chauffeur d'autobus de son état, n'aimait pas les enfants ; du moins, c'est ce que nous pensions. Il possédait une automobile, pourtant, jamais il ne l'utilisait vraiment. La plupart du temps, elle restait au garage, dans la ruelle. À l'occasion, M. Desjardins la sortait et la stationnait devant chez lui. Il se faisait alors un sang d'encre à la surveiller pour qu'aucun gamin ne s'en approche. Nous tenions-nous à quelques pieds de la voiture qu'il nous invectivait rudement, nous commandant sans ménagement de nous éloigner. On devine bien que nous nous faisions un malin plaisir à nous rassembler près du précieux véhicule. Non, M. Desjardins ne nous aimait pas...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Notre arrivée à Laval nous fit connaître de nouvelles gens, nous fit lier de nouvelles amitiés, et nous mit en présence d'une famille singulière, les P., nos voisins immédiats. Au début, tout se passa relativement bien. Un des garçons avait à peu près mon âge, et souvent nous pelletions ensemble, après une bonne bordée de neige. Bientôt, cependant, les choses évoluèrent. Tout ce qui leur appartenait était apparemment sacré. Il n'était pas question de mettre les pieds sur leur terrain. Une balle s'y retrouvant par accident était une balle perdue. Avions-nous le malheur de toucher à leur clôture qu'aussitôt la mère ou le père sortait et se mettait à hurler. Rapidement, une animosité certaine anima nos relations. Il n'était plus question de fraterniser avec eux. Une de leur fille, qui fréquentait la même école que moi, devint l'objet de mes constantes moqueries. À dessein, nous suscitions fréquemment leur hargne. De nombreux conflits ont ponctué nos relations. Comme me le rappelait récemment mon frère P., jamais nous n'avons vu la mère autrement qu'en bigoudis et la cigarette soudée aux lèvres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec le temps, l'inimitié entre les deux familles s'est atténuée. Le père est mort, les enfants ont vieilli. Je pense même que mes parents, avant leur déménagement, entretinrent des relations plutôt courtoises avec ces personnes bien particulières.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans ma vie d'adulte, j'ai connu de bons voisins, comme cette dame du Vallon boisé, à Laval, qui me cuisinait de nombreux petits plats tout à fait savoureux. J'ignore la raison de cette générosité. Elle passait de longs moments à jaser avec ma compagne ; peut-être s'était-elle prise d'une certaine affection pour nous. Rien ne lui faisait plus plaisir que de m'apporter un mets que j'appréciais. Quelque temps plus tard, sur la rue Meunier, la voisine, Gaspésienne d'origine, s'était liée d'amitié avec mon épouse. Un jour, elle nous offrit des homards que son père, un pêcheur, lui avait fait parvenir. Elle ignorait que j'étais allergique à tout ce qui vient de l'eau. Pour ne pas lui faire de la peine, je me suis bien gardé de le lui dire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je garde un souvenir impérissable d'une de mes voisines alors que j'habitais près du parc Henri-Dunant, à Pont-Viau. Elle se prénommait Jocelyne. Une jolie femme, dont le mari conduisait des poids lourds. Il était souvent absent. Jocelyne était enceinte et m'avait demandé de m'occuper d'elle si, le moment venu, son mari ne se trouvait pas à la maison. Et c'est ce qui arriva. Un soir, elle cogna à notre porte : elle devait se rendre à l'hôpital. Je partis avec elle dans ma bagnole, un monstre de l'époque. Arrivés à la Cité de la Santé, nous nous sommes retrouvés dans une chambre. La situation était gênante. Le personnel, tout naturellement, croyait que j'étais le mari. À chaque intervenant qui se présentait, nous devions expliquer que je n'étais qu'un ami. Pauvre Jocelyne! Je voyais bien dans son regard qu'elle craignait de se trouver seule. Je ne pouvais pourtant pas rester avec elle toute la nuit ni, évidemment, assister à l'accouchement. C'est le coeur gros que je l'ai finalement laissée. Elle m'apparaissait bien fragile et bien vulnérable en ce moment important de sa vie. Foutu mari!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai acheté ma première maison la cinquantaine passée, là où je vis maintenant. Finis les déménagements? Pour un certain temps, sans doute. Cependant, une fois que les enfants seront partis, je quitterai probablement cet endroit. Je n'ai aucune racine sur la Rive-Sud, je m'y trouve accidentellement, pour ainsi dire. Raisons conjugales. Et puisque ces raisons ne tiennent plus, je m'envolerai un jour. Mais, peu importe où j'atterrirai, il y aura toujours un voisin pour ensoleiller ma vie... ou la faire misérable. C'est le lot de l'être humain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-2320905895127134987?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/2320905895127134987/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=2320905895127134987&amp;isPopup=true' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/2320905895127134987'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/2320905895127134987'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/11/les-voisins.html' title='Les voisins'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/R0Ze9f9dQJI/AAAAAAAAAJk/05xCrwf6J7M/s72-c/Montr%C3%A9al.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-3974590764736763822</id><published>2007-10-17T23:35:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:39:12.561-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Le comique dans le tragique</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RygQ3B77kiI/AAAAAAAAAJc/CXGu1QthIAo/s1600-h/Magritte02.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RygQ3B77kiI/AAAAAAAAAJc/CXGu1QthIAo/s200/Magritte02.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5127366713359962658" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Aussi dramatique que puisse être une situation, il arrive souvent que certains des éléments qui y sont liés aient un caractère cocasse ou une légèreté qui sied mal à la nature de l'événement. Ainsi, après la brève cérémonie qui constituait l'adieu à mon fils décédé, alors qu'une grande tempête balayait Montréal, j'ai dû pousser la voiture de mon père, solidement enlisée dans la neige. L'incongruité de la situation n'échappait à personne : comment un pauvre père éploré pouvait-il en être réduit à s'échiner sur une voiture qui refusait d'avancer? En fait, le moment avait quelque chose de surréaliste, et une seule pensée traversait mon esprit : «Mais qu'est-ce que je f... là, mais qu'est-ce que je f... là?»&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Il arrive aussi que la solennité d'un événement ne soit pas respectée, pour différentes raisons, notamment la bêtise. J'ai souvenir de mon cousin G. qui, d'un doigt bien irrespectueux, avait pesé sur les paupières closes de ma grand-mère maternelle étendue dans son cercueil pour «voir» si les yeux d'une personne durcissait après la mort. Je ne me rappelle plus du résultat de ce geste. Faudrait réessayer...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il faut le dire, les «salons funéraires», comme on disait autrefois, ne sont pas les lieux lugubres qu'on aime imaginer. Ce serait même plutôt le contraire. À une ou deux exceptions près, chaque fois que j'ai eu à me rendre en ces endroits, c'est tout juste si le «party» n'était pas pris. Pas dans le salon où reposait la dépouille, bien sûr, mais dans le fumoir. Blagues, rires et exclamations animent cet endroit, presque à coup sûr. Le scénario est toujours le même : les gens s'y rendent pour fumer ou pour échapper à la lourdeur de l'atmosphère qui règne dans le salon; au début, on chuchote, on adopte un ton respectueux, on affiche des mines graves puis, au fur et à mesure que les personnes s'y entassent, l'atmosphère se détend. Bientôt, on oublie le triste événement qui nous réunit en ce lieu et la rigolade commence. La chose est compréhensible : on rencontre là des personnes qu'on n'a pas revues depuis des lustres, des amis, des «mononc'» et des «matantes» qu'on croyait morts, des quasi étrangers communiant soudain à la même source : le salut au disparu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand un de mes oncles est mort, voici sept ou huit ans, j'ai rencontré un cousin auquel je n'avais pas parlé depuis une bonne vingtaine d'années. Peut-être ne lui avais-je même jamais vraiment parlé. Eh bien, durant une bonne heure, nous avons jasé de tout et de rien devant le corps de son père, d'un ton plus léger que ne l'autorisaient les circonstances. Ensuite, un autre de mes oncles m'a décrit son voyage en Égypte, et j'ai eu grand plaisir à rencontrer une tante que j'aime bien. Bref, quand je suis parti, une évidence s'est imposée : j'avais passé un bon moment!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me souviens aussi, lors de l'exposition de ma belle-mère, de l'émoi qu'avait causé la visite du frère d'un joueur des Bruins de Boston. Sa venue faisait complètement oublié la raison de notre présence en ce lieu. Faut dire que le hockey, c'est important!&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;À l'époque où je travaillais pour la Compagnie de la Baie d'Hudson, j'avais un bon ami, Giacomo B., un Italien qui avait émigré au Québec alors qu'il était un jeune enfant. Je connaissais toute la famille : la grand-mère, la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;mamma,&lt;/span&gt; le papa, le frère. Ils habitaient, comme il se doit, à Saint-Léonard. Une grande maison, assez luxueuse, d'une propreté impeccable. C'est que la famille ne vivait pas réellement dans la maison : l'essentiel des activités domestiques se déroulaient au sous-sol, où on trouvait cuisine, salon, salle de bains... Oui, ils dormaient à l'étage, mais c'est bien le seul moment où on pouvait les y trouver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Giacomo était un grand sensible, et un jeune homme fort volubile, comme le sont souvent les Italiens. Et lorsqu'il se mettait en frais de raconter un événement quelconque, quelle qu'en soit la gravité, la chose prenait rapidement une tournure plutôt comique. Ainsi, on ne pouvait que sourire quand il décrivait le décès de sa grand-mère, survenu durant un repas, soudainement. Elle était morte en une seconde, pendant qu'elle mangeait. Sans avertissement, elle avait piqué du nez dans son assiette, raide morte. L'histoire ne dit pas si la famille en était rendue au dessert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le plus drôle, c'est quand Giacomo me narra la mort de sa mère. Il était triste, mais sa façon de raconter la scène était si comique que je dus faire de grands efforts pour garder mon sérieux. La famille, réunie autour du lit de la moribonde, attendait la fin avec beaucoup d'émotion. Elle avait de grandes difficultés à respirer, comme me l'expliquait Giacomo, mimant l'action : elle aspirait longuement : «Ahhhhhhhhhh!» puis, après un long délai, expirait en faisant un grand bruit : «Ffffffffff!» J'observais mon ami, captivé. C'est qu'il en mettait. Soudain, me dit-il, elle fit «Ahhhhhhhhhh!» Tous attendaient le «ffffffffff», mais il ne vint jamais. Giacomo suspendit son geste et me regarda, les larmes aux yeux; moi, je serrais les machoîres pour ne pas éclater de rire : «She was dead!», dit-il. Moi-même, je l'étais presque, mais pour d'autres raisons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un an ou deux plus tard, son père est mort à son tour, alors qu'il était en voyage dans sa famille, en Italie, dans la région de Bari. À la douleur s'ajoutaient, pour Giacomo, les tracas inhérents à un décès à l'étranger. Il dut se rendre sur-le-champ en Italie pour régler tous les détails bureaucratiques. C'est qu'il fallait ramener le corps au pays pour l'enterrer auprès de celui de sa douce moitié.  J'imagine que la fébrilité qui habitait alors Giacomo eut l'heureux effet d'atténuer sa peine. Rien n'est simple avec les Italiens...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;À la même époque, je travaillais avec une dame d'une soixantaine d'années, madame L. Cette femme, malgré son âge, avait des coquetteries d'adolescente. Toujours élégamment vêtue, les cheveux coiffés à la perfection, elle ne ratait jamais une occasion d'exercer son charme auprès des mâles qui entrait dans son champ de vision. À coup d'oeillades évocatrices, elle vous laissait entendre tout et n'importe quoi. Elle ne vous abordait jamais autrement qu'avec un sourire enjôleur et un regard concupiscent, aviez-vous vingt ans ou soixante ans. Les plus jeunes s'amusaient de son attitude, les plus vieux se sentaient flattés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous étions en janvier, de retour au boulot après les abus des fêtes du nouvel An. Je me tenais dans l'espace salon qui jouxtait la salle à manger de l'entreprise, où mes collègues dînaient. Madame L. s'approcha de moi. Je ne lui avais jamais vu cet air grave. Elle s'assit à mes côtés et commença à me parler d'une petite voix qui me surprit : habituellement, elle avait le verbe franc. Quelque chose n'allait pas, je le sentais bien. Par politesse, je m'informai de sa santé. Elle me regarda; ses lèvres tremblaient légèrement. Elle semblait si vulnérable, soudain, si loin de ce rôle d'allumeuse qu'elle aimait tant jouer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle me raconta alors son Noël, un Noël dont elle ne perdrait jamais le souvenir. Elle et son amoureux s'étaient préparés avec soin pour le réveillon où ils devaient se rendre. Déjà, qu'elle évoque un amoureux me paraissait étrange. J'avais toujours cru qu'elle collectionnait les amants. Mais bon, elle avait un amoureux... Ils avaient pris la voiture et roulaient prudemment. Une fine neige tombait en ce soir du 24 décembre. Soudain, son amoureux fut pris d'un léger malaise, une douleur à la poitrine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voyais ses yeux s'embuer de larmes. J'écoutais avec attention, mais sans compassion. Je ne sais trop pourquoi, mais j'avais du mal à imaginer que cette femme puisse souffrir. Elle continua son récit. La douleur ressentie par son homme devint soudain plus violente. Ne se sentant plus en état de conduire, il tourna dans l'entrée d'une maison et coupa le moteur de la voiture. Et là, me dit-elle, il exhala son dernier soupir, sous ses yeux, sans qu'elle ne puisse l'aider ou le secourir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'histoire n'est pas drôle, j'en conviens. Dépourvue, elle n'avait d'autre solution que d'aller cogner à la porte de la maison où son homme avait stationné la voiture avant de mourir. Le réveillon battait son plein en cette demeure. Quelle ne fut pas la surprise de ces gens de se faire annoncer qu'un mort finissait de refroidir devant leur garage. Je ne sais trop pourquoi, ce récit m'égayait. J'imaginais la tête de ces personnes, dérangées entre deux bouchées de tourtière par une vieille blonde venant leur dire que son amoureux avait trépassé presque sous leur toit. Peut-être ont-elles eu du mal à digérer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, je n'ai pas ri devant madame L. Mais chaque fois que je pense à cette histoire, je la trouve plutôt croustillante. Et j'imagine que, dans la famille que madame L. mêla bien malgré elle à une page douloureuse de sa vie, on ne peut fêter Noël sans que quelqu'un se lève au cours de la soirée et dise : «Te souviens-tu de la fois où...»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Oui, la neige tombait en ce 24 décembre mais, par quelque sombre magie, elle était noire pour madame L.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-3974590764736763822?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/3974590764736763822/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=3974590764736763822&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3974590764736763822'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3974590764736763822'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/10/le-comique-dans-le-tragique.html' title='Le comique dans le tragique'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RygQ3B77kiI/AAAAAAAAAJc/CXGu1QthIAo/s72-c/Magritte02.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-6519619634500801118</id><published>2007-10-03T22:50:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:40:12.083-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Famille'/><title type='text'>Ainsi soit-il...</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RwRVVGuoFjI/AAAAAAAAAI8/GD803WIqB2E/s1600-h/srembrandt30.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RwRVVGuoFjI/AAAAAAAAAI8/GD803WIqB2E/s200/srembrandt30.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5117308897671517746" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;La semaine dernière, je me suis rendu aux «funérailles» d'une vieille dame. Je mets le mot entre guillemets car il ne s'agissait pas d'une cérémonie classique. La dame était décédée au début du mois, et la réunion familiale s'est tenue trois semaines plus tard. Une courte cérémonie, en présence des cendres, la mère de mon ami Robert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y avait là plein de vieilles gens qui écoutaient gravement l'officiant. Je n'ai pu m'empêcher de penser que ces personnes devaient être tenaillées par une sourde angoisse : quand on a dépassé l'âge vénérable de quatre-vingts ans, il est bien certain que l'idée de la mort doit nous habiter, surtout en des circonstances aussi lugubres. C'est alors que mon humeur est devenu chagrine. Il y avait l'adieu, bien sûr, mais aussi l'émotion de rencontrer des personnes que je n'avais pas vues depuis plusieurs années. La vie est ainsi faite que c'est souvent la mort qui nous réunit. Drôle de monde...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je n'éprouve pas toujours de grandes douleurs au regard de la mort d'êtres qui me sont familiers. Il y a un temps pour tout, même pour mourir. Quand, l'un après l'autre, mes grands-parents ont quitté ce monde, la chose me semblait normale. Bien sûr, j'ai ressenti une grande tristesse dans ces moments particuliers, mais j'aimais imaginer qu'ils avaient été heureux, qu'ils avaient vécu une vie satisfaisante, et qu'ils pouvaient partir la tête haute. Qu'ils étaient peut-être même contents de nous laisser, ayant au coeur le sentiment du devoir accompli.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parfois, cependant, les choses sont moins claires, moins nettes. Quand mes beaux-parents sont décédés, je n'ai pas cru une seule seconde qu'ils avaient été heureux, vraiment heureux. Une vie de misère, sans doute ponctuée çà et là de moments de bonheur, de moments plus légers, oui, mais si profondément marquée par l'alcool qu'elle n'a pu être satsifaisante, qu'elle n'a pu être honorable. Voir ma belle-mère s'étioler longuement sur son lit d'hôpital, rongée par un cancer incurable, me semblait conséquent : une fin à la mesure de l'existence qu'elle avait vécue aux côtés d'un homme violent, un ivrogne irrécupérable. Le tableau est triste, j'en conviens : même sa mort n'a pas trouvé le moyen d'être belle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Si nous acceptons la mort des vieilles personnes avec résignation, c'est qu'elle nous apparaît logique, naturelle. Elle peut être déchirante, mais elle reste toujours compréhensible. C'est dans l'ordre des choses, comme on dit. Mais lorsque la mort fauche une jeune vie, l'histoire est bien différente...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sortions de la période des Fêtes. Un téléphone au travail : mon fils venait d'être transporté à l'hôpital, il avait perdu conscience à son retour de l'école. Je ne m'en suis pas trop fait, sur le coup : on ne pense jamais au pire. Ce n'est qu'une fois à l'hôpital que j'ai pu mesurer la gravité de la situation. Hémorragie cérébrale. On nous a dit qu'il fallait procéder à un examen pour évaluer les dégâts, et que l'examen lui-même présentait de graves dangers. Que pouvions-nous dire? Que pouvions-nous faire, sinon nous en remettre au jugement du neurochirurgien?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après l'examen, le médecin nous a rencontrés dans une petite pièce. L'idée de la mort avait commencé à travailler nos tripes, à les tordre cruellement. Aussi avons-nous ressenti un étrange soulagement quand il nous a annoncé qu'il allait l'opérer et que notre fils garderait sans doute des séquelles de cet accident cérébral. Peut-être ne marcherait-il plus jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes rentrés à la maison, presque heureux. Que sont des jambes quand la vie est en jeu? Nous avions prévu le pire du pire, et voilà qu'on nous rendrait notre fils bien vivant. Amoché, certes, mais vivant. Vivant. Je me souviens, nous avons commandé une pizza. La fête, quoi! Nous en étions à élaborer des plans en vue de pourvoir aux besoins nouveaux de notre fils quand le téléphone a sonné. Il était tard, ça ne pouvait qu'être de mauvaises nouvelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Au chevet de mon fils, je regardais les appareils qui le maintenaient en vie, j'entendais le bip angoissant qui disait que son coeur battait toujours. Je savais qu'on n'avait qu'à éteindre tout cet appareillage pour que mon enfant s'envole, libéré. Et quand on nous a déclaré, dans le couloir, un peu rudement, que le dernier scanner ne montrait plus aucun signe d'activité cérébrale, nous avons compris. Ils attendaient notre approbation pour le débrancher. Étions-nous capables, en cet instant précis, de prendre une telle décision? J'avais l'impression qu'on nous l'imposait. Aveuglés par les larmes, nous avons accepté l'issue. Pouvait-il en être autrement?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Nous nous sommes réfugiés chez mes parents. Toute la famille y était. C'est dans les bras de ma soeur aînée que j'ai laissé couler ma peine. Nous avions quitté l'hôpital en milieu d'après-midi, et ce n'est que vers vingt heures que le téléphone fatidique a sonné : le petit coeur de mon fils s'était tu. J'ai pris un somnifère et je me suis couché. Je croyais que, dès qu'on le débrancherait, il mourrait, mais il s'était battu encore plusieurs heures avant de céder. Une grande culpabilité m'habitait : pourquoi n'étais-je pas resté avec lui jusqu'à la dernière seconde?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Il n'y a pas eu de cérémonie. Le tout s'est déroulé au cimetière, avant l'incinération. Peu de gens sont venus. Une énorme tempête de neige balayait alors Montréal. Un de mes cousins est finalement arrivé; c'est lui qui devait faire la courte prière qui saluerait, une dernière fois, mon fils. Les mugissements du vent s'harmonisaient au brouhaha de mon esprit : tout était sens dessus dessous dans mon crâne. L'ordre n'y reviendrait jamais complètement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous étions en janvier 1977. Nicholas avait cinq ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-6519619634500801118?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/6519619634500801118/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=6519619634500801118&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6519619634500801118'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6519619634500801118'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/10/ainsi-soit-il.html' title='Ainsi soit-il...'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RwRVVGuoFjI/AAAAAAAAAI8/GD803WIqB2E/s72-c/srembrandt30.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-9150172682201452622</id><published>2007-09-18T23:22:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:40:57.876-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Famille'/><title type='text'>Les grands-parents</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RvCV-JLdLyI/AAAAAAAAAI0/q5mH5bSh9IU/s1600-h/Grand-parent.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RvCV-JLdLyI/AAAAAAAAAI0/q5mH5bSh9IU/s200/Grand-parent.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5111750471913910050" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Depuis plusieurs années, je m'intéresse à la généalogie de ma famille. Mon père m'a précédé dans cette voie, aussi ai-je pu tirer profit de nombreux renseignements sans avoir à me décarcasser pour les trouver. Ma mère s'est également penchée sur son ascendance, ce qui m'a facilité la tâche. Mon plaisir, c'est de colliger toutes les informations que j'ai en main, de les organiser, de les classer. Bizarrement, le fait de brasser tous ces noms, toutes ces dates, tous ces lieux me rapproche de ces gens qui ont vécu avant moi. Le premier de la lignée qui a débarqué en Nouvelle-France n'est plus un nom inscrit sur une liste, mais une espèce de grand-père que j'aurais connu, une personne dont je garde un vague souvenir, une présence que j'ai un jour chérie. J'ai l'impression de créer un genre de familiarité avec ces gens d'une autre époque, qui sont à la fois si loin et si proches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'aime penser, par exemple, que mon arrière-grand-père Oscar, né en 1871, que j'ai réellement connu, a certainement côtoyé, alors qu'il était un jeune enfant, des vieillards qui étaient vivants à l'époque de la Révolution française. De telles constatations nous font considérer autrement les liens entre les gens et entre les générations. Elles nous rapprochent de ces fantômes que sont devenus nos grands-parents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai pas connu ma grand-mère paternelle, la belle Marie-Anne, dont les photographies nous montrent un doux visage et des yeux perçants. Cueillie par la mort avant la cinquantaine, elle n'a pas eu le temps de se flétrir. Aussi a-t-elle laissé à la postérité cette figure sereine animée d'un sourire encore plus énigmatique que celui de la Joconde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l'époque de sa mort, en 1943, il n'était guère facile pour un homme seul d'élever des enfants. Mon grand-père Urgel se remaria donc deux ans plus tard, avec Claire, celle que, toute sa vie, nous appellerions grand-maman. Elle me faisait un drôle d'effet, cette grand-mère. Nous ne la fréquentions pas beaucoup. Normalement, nous ne la voyions qu'au jour de l'An et qu'une fin de semaine au cours de l'été, alors qu'elle débarquait au chalet. Elle enseignait le piano. Elle était gentille, oui, mais une certaine sévérité dans l'allure me la faisait craindre. Ces rares fréquentations ne me permirent jamais de m'en sentir très proche. Ses cheveux toujours coiffés en toque, ses manières un peu précieuses, ses sourcils souvent froncés la faisaient ressembler à une institutrice. Rien pour susciter la sympathie d'un enfant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à mon grand-père, je me souviens qu'il toussait beaucoup... souvenir d'enfant. Il était agent d'assurance. Ses rapports avec nous étaient plutôt formels. Il ne pouvait guère en être autrement puisque nous ne le voyions que très peu. Il n'y avait aucune familiarité dans nos échanges, et trop de politesse tue la spontanéité. Il était donc difficile de s'y attacher. Ce n'est pas que je ne l'aimais pas, mais les liens qui m'unissaient à lui étaient si ténus qu'ils ne pouvaient déboucher sur une véritable affection. Je l'aimais parce qu'il était mon grand-père, tout simplement. Bien sûr, j'aurais voulu le connaître davantage, mais la vie en a décidé autrement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Claire est morte en décembre 1973. Quand je l'ai vue, étendue dans sa tombe, j'ai été étonné de lui découvrir une tête toute grise : sa vie durant, elle s'était teint les cheveux. Je n'avais jamais soupçonné cette coquetterie. Mon grand-père l'a suivie un mois plus tard, en janvier 1974. Il lui était sans doute impossible d'imaginer l'existence sans la douce présence de son épouse. Dans mon esprit, il s'agissait d'une bonne chose : les amoureux devraient toujours mourir ensemble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Avec mes grands-parents maternels, l'histoire fut bien différente. Ils étaient constamment présents dans notre quotidien. Ma grand-mère Annette nous gardait souvent ; je suis certain que tous mes frères et soeurs se souviennent des petites chansonnettes qu'elle nous fredonnait, notamment l'inusable &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Poulette grise,&lt;/span&gt; mille fois entendue. Annette, pour autant que je puisse m'en souvenir, a toujours eu cette fragilité des vieilles gens qui les rend précautionneux et peu assurés. Elle avait une peur bleue du feu et chaque soir, avant de se mettre au lit, elle versait de l'eau dans les cendriers. En fait, tout lui faisait peur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle possédait une foi inébranlable. On pouvait même dire qu'elle était bigote. Elle fréquentait assidûment l'église, et de grandes illustrations du Christ et de la Vierge Marie ornaient sa chambre à coucher, au chalet. On ne lui connaissait aucun péché, sinon l'avarice, aux dires de certains. Ce qui ne l'empêchait de nous offrir des «peanuts» salées quand nous nous rendions dans son logement de la rue Christophe-Colomb; elle en avait toujours en réserve, dans son vieux buffet vitré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les derniers mois de sa vie ne furent pas roses. Minée par la sénilité, elle perdait tranquillement l'esprit. Nous, les enfants, pouvions nous amuser de ses écarts, mais ils n'avaient certainement rien de drôle pour ses filles et son mari. Moi et mon cousin Claude l'avons visitée quelques jours avant sa mort, à l'hôpital. Nous n'avions pas conscience que la fin était si proche. Elle s'est éteinte le 18 novembre 1967.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans mes yeux d'enfant, mon grand-père maternel était un roc. Souvent, pour nous amuser, nous nous bagarrions avec lui. Je revois ses poings, qui m'apparaissaient immenses. C'est lui qui nous a fait connaître Nominingue, où il avait vécu à une certaine époque. Il était serrurier pour la Commission des écoles catholiques de Montréal, mais il avait exercé d'autres métiers, dont celui de garagiste. C'était le grand-papa gâteau, celui qui nous glissait un dix sous dans les mains en souriant, qui nous emmenait faire une balade en voiture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Grand fumeur devant l'Éternel, il consommait quotidiennement ses deux paquets de Buckingham. Il était aussi grand amateur de café et en sifflait bien une dizaine de tasses par jour. Malgré ces excès, il présentait une santé de fer. Je ne l'ai jamais connu malade, sinon vers la fin de sa vie. Et la vie, il y tenait. Ou bien il avait horriblement peur de la mort. À quatre-vingts ans bien sonnés, devant se faire opérer, il s'est résolu à arrêter de fumer, chose incroyable. On peut croire qu'il l'a regretté : il est mort quelques années plus tard, au bout d'un cancer qui lui avait enlevé toute sa vivacité, toute sa joie, après dix-huit ans de veuvage. C'était en 1985.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Tout jeune, j'avais un troisième grand-père, grand-papa Oscar. Il s'agissait, en fait, de mon arrière-grand-père. J'en garde le souvenir à cause de sa jambe de bois. Lors d'un accident de train, les roues d'un wagon lui avaient sectionné une jambe. Il marchait donc en claudiquant. Il avait pratiqué de nombreux métiers, comme bien des gens de son époque. Il avait même été hôtelier à Rawdon, mais c'est comme maître de poste qu'il a terminé sa vie active. Je me rappelle sa maison de Saint-Ligori; l'ancien bureau de poste s'y trouvait, et je pouvais y jouer. Il contenait de vieux casiers de bois qui servaient autrefois à trier le courrier. Grand-papa Oscar est mort en 1959; j'avais cinq ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C'est peut-être mon statut de grand-père qui m'incite à penser à ces vieilles personnes qui ont traversé ma vie. Je voudrais que mes petits-enfants conservent un bon souvenir de moi. Je ne suis pas encore très vieux; normalement, ils auront amplement le temps de bien me connaître et, je l'espère, de m'apprécier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne s'agit ici que d'une brève présentation. Mille anecdotes pourraient être relatées à propos de mes grands-parents. J'y reviendrai, c'est certain!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-9150172682201452622?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/9150172682201452622/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=9150172682201452622&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/9150172682201452622'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/9150172682201452622'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/09/les-grands-parents.html' title='Les grands-parents'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RvCV-JLdLyI/AAAAAAAAAI0/q5mH5bSh9IU/s72-c/Grand-parent.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-5245853672855049347</id><published>2007-09-13T00:08:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:41:32.941-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Voyages'/><title type='text'>Paris, prise un</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rui33DaE6tI/AAAAAAAAAIs/dDpGUy9Yr1Q/s1600-h/Victor+Noir.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rui33DaE6tI/AAAAAAAAAIs/dDpGUy9Yr1Q/s200/Victor+Noir.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5109535933687196370" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Janvier 1988. Une idée me traverse l'esprit : aller rejoindre mon épouse qui est à Paris depuis plus d'un mois, à faire je ne sais trop quoi. En fait, je ne veux pas trop penser à ce qu'elle peut faire dans cette ville. Des recherches? C'est ce que je voudrais croire, mais son voyage a un parfum de fin du monde, comme le chante Michel &lt;span class="blsp-spelling-error"&gt;Legrand&lt;/span&gt;. Il me reste à clouer le cercueil, mais peut-être que j'espère encore sauver la mise. Et puis, je n'ai jamais mis les pieds en Europe, je n'ai jamais voyagé par avion, je n'ai jamais tenté de sauver un mariage moribond.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est drôle, Paris ne m'a jamais attiré. Dans ma petite tête, aller à Paris, c'est comme aller en Floride : une destination quétaine. Tout le monde se rend à Paris un jour ou l'autre, et ça me rebute. Si ce n'était d'y retrouver ma douce moitié... mais ça m'excite de prendre l'avion. Mon baptême de l'air, comme on dit!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt; *&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt; Le vol se passe bien. Courte escale à Amsterdam. Je me rends aux toilettes : je n'ai jamais vu de toilettes publiques aussi propres que celles de l'aéroport de Schiphol. J'écoute les gens parler autour de moi et je ne comprends rien. Une sensation délicieuse : je suis vraiment à l'étranger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'arrivée à Paris est moins joyeuse. Nous atterrissons à Roissy alors que mon épouse m'attend à Orly. Petit quiproquo à mettre au compte de l'agent de voyages qui m'a affirmé, plutôt deux fois qu'une, que j'arriverais à Orly. Que faire, sinon attendre? Au bout d'une heure, mon nom résonne dans l'aéroport : on me demande au téléphone. Après quelques explications houleuses avec mon épouse, il est décidé que je dois l'attendre. D'ailleurs, je ne saurais pas où aller, et la fatigue commence à faire son œuvre. Je suis irascible, mais je n'ai d'autre choix que de prendre mon mal en patience. Deux heures plus tard, Christiane apparaît enfin. Nous prenons le RER. Une fois à Paris, nous empruntons le métro pour nous rendre à la résidence des étudiants canadiens, où Christiane doit prendre quelques effets personnels. J'y rencontre Luc F., un ancien camarade d'université. Puis nous repartons, toujours en métro. Je suis exténué, je n'ai pas vraiment dormi depuis près de trente-six heures. Le métro est bondé, c'est l'heure de pointe. Nous dénichons finalement un petit hôtel. Un hôtel vraiment modeste, avec W.-C. et douche à l'étage, mais pas dans la chambre. Je suis d'une humeur massacrante et regrette mon escapade parisienne. En avoir les moyens, je rentrerais immédiatement chez moi.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt; *&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt; Au cours des deux premiers jours, Christiane me trimballe un peu partout. Je la suis, sans conviction, un peu excédé par son assurance. À croire qu'elle a passé sa vie dans cette foutue ville! Mon voyage a tout d'un mal de dent. Je souffre en silence. Nos rapports sont réduits à l’essentiel : polis, sans plus. Puis, le troisième jour, elle m'annonce qu'elle a des trucs à régler, que je vais devoir me débrouiller seul. Elle m'abandonne à l'hôtel. Je décide alors de visiter la ville à ma façon : à pied!&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;J’entreprends une longue promenade dans les rues parisiennes, à un rythme qui me convient. Dans une attitude presque contemplative, j’observe les gens et les choses, je hume les odeurs. Lentement, l’atmosphère de Paris m’imprègne. Je me découvre soudain admiratif : tout est tellement beau dans cette cité millénaire. Force m’est d’admettre que le charme particulier de Paris opère. Tout à coup, je ne suis plus du tout déçu par mon voyage en cette contrée; je suis même séduit.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Dès lors, tout change. La moindre activité devient une partie de plaisir. Je comprends qu’on ne peut résister à l’attrait qu’exerce cette ville.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;*&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Dans les jours qui suivent, je découvre avec ravissement Notre-Dame et les ruines romaines qu’elle couvre, la Samaritaine, le Louvre, le chaud quartier de la porte Saint-Denis, les Halles, le cimetière du Père-Lachaise, l’Arc de Triomphe. Un soir, par un temps frisquet, nous remontons les Champs-Élysées : un véritable désert. C’est étrange! Comment une ville aussi populeuse peut-elle être aussi vide à certaines heures?&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;span style="" lang="EN-CA"&gt;Arrive le week-end. &lt;/span&gt;Nous louons une voiture et nous risquons dans la circulation parisienne. Une véritable folie mais, après quelques minutes, je comprends le principe élémentaire de la conduite en ces rues encombrées : il faut s’imposer, au détriment de toute courtoisie. À cette condition, et à cette seule condition, on peut s’en sortir, et croiser la place de l’Étoile sans frémir. Je comprends aussi que le parking, c’est partout et n’importe où.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Sous la pluie d’un dimanche tout gris, nous quittons la ville. Je veux voir autre chose que Paris en ce court séjour en terre française. Nous mettons le cap sur Orléans. Visite de la cathédrale et d’une vieille église où un curé nous accueille fort cordialement. La circulation dans cette ville est beaucoup plus civilisée qu’à Paris. Puis c’est Chartres… et un grand bonheur. Cette ville est magnifique sous la grisaille dominicale, et sa cathédrale, absolument impressionnante. Chaque minute en ces lieux est une véritable jouissance. Je suis totalement subjugué.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Retour vers Paris, toujours sous un ciel gris. Petit crochet par Versailles. Le château est fermé en cette fin d’après-midi, ce qui ne nous empêche pas d’arpenter ses jardins. L’hiver ne les rend guère attrayants, mais je suis quand même content d’être venu.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Puis nous rentrons à Paris. La fin du week-end se traduit par d’ahurissants bouchons : plus rien ne bouge. Dans la voiture, moi et Christiane retrouvons nos vieux réflexes : «Tourne ici!», «Prends cette rue!», «Avance!» Le ton monte, la tension aussi. Tout est normal.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;*&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Lundi matin, cinq heures. Nous sommes en route pour Roissy. Christiane doit prendre un vol qui la ramènera à Montréal. Moi, je ne quitte le sol français que le lendemain mais, comme je n’ai plus un rond, j’ai décidé de passer cette dernière journée en France dans un hôtel de l’aéroport. De toute façon, je sens le besoin de me recueillir, de réfléchir. Une chambre d’hôtel est un lieu tout à fait propice à ce genre d’activités cérébrales.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;C’est avec le cœur gros que je regarde l’avion de Christiane s’envoler. Il y a une espèce de symbole dans ce départ. Je sais qu’il marque une étape importante dans ma vie, qu’il est annonciateur d’événements douloureux qui viendront bousculer mon univers.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Une semaine plus tard, Christiane me quittera…&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;***&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-5245853672855049347?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/5245853672855049347/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=5245853672855049347&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/5245853672855049347'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/5245853672855049347'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/09/paris-prise-un.html' title='Paris, prise un'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rui33DaE6tI/AAAAAAAAAIs/dDpGUy9Yr1Q/s72-c/Victor+Noir.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-7546529901909210971</id><published>2007-08-27T23:08:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:42:10.336-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Turbulences</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RtOSDL4x33I/AAAAAAAAAIU/Tb6uo-yIF2I/s1600-h/Vermeer+1664.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RtOSDL4x33I/AAAAAAAAAIU/Tb6uo-yIF2I/s200/Vermeer+1664.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5103583386169106290" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Nous ne sommes jamais à l'abri des coups de coeur... et des douleurs qui, trop souvent, les accompagnent. Et des malheurs qu'ils provoquent, de la peine qu'ils suscitent. Et, aussi, des souvenirs merveilleux qu'ils nous laissent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je devais avoir 23 ou 24 ans quand la chose s'est produite. Mais elle était en gestation depuis un certain temps. Il y avait bien un an que j'avais remarqué cette belle enfant ou, plutôt, que cette belle enfant m'avait remarqué. Je revenais du boulot, en fin d'après-midi, et elle se tenait avec quelques copains devant la porte de l'immeuble où j'habitais alors. C'est là que, pour la première fois, j'ai constaté qu'elle m'observait avec, dans les yeux, un éclat qui ne pouvait être innocent. Elle était si jeune que je ne me suis pas arrêté à ce regard insistant. Je ne m'en suis même pas amusé, et il n'a pas flatté mon orgueil de mâle. Ce ne pouvait être sérieux. Une enfant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle avait de très longs cheveux blonds, qui lui descendaient jusqu'au bas du dos. Ses lunettes lui donnaient une allure d'intellectuelle. Et sa petite &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_0"&gt;mâchoire&lt;/span&gt; carrée ne la faisait ni laide ni belle. Je ne la regardais même pas, sinon par hasard. Pourtant, chaque fois que je la croisais, elle, elle me regardait. J'essayais de ne prêter aucune attention à ces regards qu'elle me jetait. Jamais je ne lui adressais la parole. Je comprenais qu'elle s'intéressait à moi, mais je n'avais aucune intention d'encourager ses sentiments. Il me semblait inconvenant qu'une aussi jeune fille puisse manifester de façon aussi ouverte son attirance pour ma personne, moi, un homme adulte. Elle, une enfant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je ne sais plus très bien comment l'affaire a commencé, et j'ignore par quel concours de circonstances elle a pu se retrouver chez moi. Avait-elle manoeuvré de façon à parvenir à ses fins ? Je n'en sais rien. Ce que je sais, cependant, c'est qu'un jour, mon épouse m'annonça que Carole, car c'était son nom, serait dorénavant notre gardienne d'enfants. Je n'avais aucune objection à formuler, ni aucun commentaire à faire. J'approuvai, car, je suppose, il devait en être ainsi. Carole devint alors une présence familière. Non seulement &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;venait-elle&lt;/span&gt; fréquemment garder les enfants mais, en plus, elle passait de longs moments chez moi en compagnie de &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;Christiane&lt;/span&gt;. Des amies, ni plus ni moins, malgré leur différence d'âge. Carole était une bonne fille, charmante, agréable et... amoureuse. Ça crevait les yeux. À un point tel que je me demandais souvent comment &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;Christiane&lt;/span&gt; faisait pour ne pas s'en apercevoir. Mais je ne bronchais toujours pas. La situation me laissait indifférent, en quelque sorte. Carole n'était qu'une enfant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, pourtant, la situation évolua. Carole fit couper ses longs cheveux, ce qui la transforma complètement. Du coup, elle parut beaucoup plus âgée. La petite fille s'était fondue dans un corps de jeune femme. Une alchimie diabolique! Cette transformation agit comme un philtre d'amour et me conduisit directement dans le filet qu'elle tendait pour me capturer. Maintenant, je la voyais, maintenant, je la regardais. Elle me troublait, profondément. Les regards que nous échangions étaient de plus en plus longs, pleins de sous-entendus et, j'oserais même dire, pleins de promesses. Lentement, mais sûrement, je succombais à son charme, fait de rires encore enfantins et de sourires dévastateurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais, les faits ainsi relatés peuvent sembler sordides, mais c'est bien le dernier qualificatif que j'emploierais pour parler du sentiment qui se développait alors. Évidemment, j'étais conscient du danger qu'incarnait cette jolie personne, et je rougissais de la profondeur du désir qu'elle suscitait en mon être. Mais ce n'était déjà plus du désir, plutôt une passion, une folie, un amour, dans ce qu'il peut avoir de plus beau. Un amour que je refrénais, cependant : il ne pouvait vivre. Mais je ne parvenais plus à chasser l'image de Carole de mon esprit. Une fièvre, brûlante, me consumait. Et j'ai commencé à déraper.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un soir de décembre, &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;Christiane&lt;/span&gt; et moi devions, chacun de notre côté, participer à la fête de Noël organisée par nos employeurs respectifs. Carole, bien entendu, vint garder les enfants. Alors que je me trouvais à &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;Lachine&lt;/span&gt;, que la fête battait son plein, que j'avais un sérieux coup dans le nez, je décidai d'aller la retrouver chez moi. Une impulsion incontrôlable. Il faisait tempête à l'extérieur, j'étais ivre. J'empruntai &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_6"&gt;l'autoroute&lt;/span&gt;. Je n'y voyais rien, si bien que j'enfilai accidentellement la mauvaise sortie. De façon complètement irresponsable, je reculai pour reprendre la bonne direction. Ce fut à cet instant que je compris que j'étais réellement en train de perdre les pédales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je gagnai mon domicile. Carole, manifestement, était ravie de me voir. Nous parlâmes de tout et de rien durant quelques minutes. Mais ce fut dans les yeux que tout se joua. Plus aucun faux-fuyant n'existait. J'étais là pour elle, elle le comprenait et s'en trouvait fortement émue. Il n'y avait aucun besoin de discourir sur ce qui, à cet instant précis, nous réunissait. Je l'aimais et elle m'aimait. Mais les choses n'allèrent pas plus loin ce &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_7"&gt;soir-là&lt;/span&gt; : &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_8"&gt;Christiane&lt;/span&gt; arriva. Elle fut bien surprise de me trouver à la maison. En bafouillant, je m'esquivai, et retournai à la fête à &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_9"&gt;Lachine&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Les semaines qui suivirent furent absolument délicieuses. Une espèce de complicité nous unissait, moi et Carole. Une complicité faite de sourires voilés, d'effleurements discrets, de regards enflammés. Puis vint une autre fête, au &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_10"&gt;cégep&lt;/span&gt; Montmorency, organisée par la magasin La Baie de Laval. Carole était responsable du vestiaire. Je me fis une joie de lui prêter main-forte. J'avais de la difficulté à m'éloigner d'elle. Au cours de la soirée, Carole abandonna momentanément le vestiaire. Nous en profitâmes pour danser un slow, mais quel slow. Un souvenir que les années n'ont pu altérer. Jamais je n'avais serré si fortement une femme dans mes bras, et jamais on ne m'avait étreint avec une telle passion. Son parfum, inoubliable, s'est incrusté dans ma chair pour ne plus jamais l'abandonner. Même aujourd'hui, j'ai encore ce parfum dans ma peau. Je humais ses cheveux, je laissais mes mains découvrir ses courbes. Et je la serrais à l'étouffer, comme un dingue. Elle se moulait à mon corps. Il n'y avait plus de pudeur, plus de retenue. Une symbiose totale, deux êtres aimants, un univers réduit à ces notes de musique qui nous autorisaient une incroyable intimité. La folie me guettait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Après cette fête, les choses n'étaient plus les mêmes. La croisée des chemins : Carole ou &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_11"&gt;Christiane&lt;/span&gt;. Mais ce ne pouvait être Carole, bien sûr, elle était mineure. Pourtant, ce devait être Carole ; un amour aussi absolu me tuerait s'il devait cesser, je le sentais. La vie continuait, apparemment normale, mais notre attachement était de plus en plus évident. Parfois, elle redevenait une petite fille. Elle pouvait sauter sur mon dos, comme un enfant, et même devant &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_12"&gt;Christiane&lt;/span&gt;. Les gens que nous côtoyions alors nous regardaient étrangement. Jamais je n'avais été aussi mêlé dans ma petite tête. Je m'en ouvris à certaines personnes : je ne me souviens même plus des conseils qu'elles me prodiguèrent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un soir, Carole soupa à la maison. Comme deux adolescents, nous ne cessions de jouer du pied sous la table. L'impression que mon coeur allait déchirer ma poitrine. Quand Carole annonça qu'elle devait rentrer, je proposai de l'accompagner. Elle était si jeune, et je l'avais si souvent raccompagnée après qu'elle eut gardé les enfants. L'immeuble qu'elle habitait communiquait, par un couloir souterrain, à l'immeuble où se trouvait mon logement. C'est dans ce couloir que nous échangeâmes les plus brûlants baisers qu'on puisse imaginer ; c'est dans ce couloir qu'elle s'abandonna à mes mains brutales, avides de cette chair qui fleurait la passion la plus vive. Le temps n'existait plus, étourdis que nous étions à nous découvrir. C'est &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_13"&gt;Christiane&lt;/span&gt; qui nous interrompit : le père de Carole s'inquiétait de ne pas la voir rentrer et avait téléphoné. Avions-nous honte d'être ainsi surpris? Je ne sais pas! Je crois que plus rien n'avait vraiment d'importance, sinon mon amour pour Carole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Quelques jours plus tard, je fixai rendez-vous à Carole, chez-moi, dans l'après-midi. Je quittai mon travail, prétendant être malade. Peut-être l'étais-je vraiment. Elle me rejoignit à la maison. Éperdus d'amour, nous nous enlaçâmes des heures durant. Elle me laissait explorer son corps, abandonnée à mes caresses. C'était déjà un adieu. Pour la première fois depuis longtemps, la raison l'emporta sur ma folie. Je ne pouvais aller jusqu'au dénouement ultime, même si Carole s'offrait à moi. Elle était trop jeune... Le deuxième grand regret de ma vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_14"&gt;Christiane&lt;/span&gt; alla trouver Carole. Je ne sais pas ce qu'elle lui dit mais, ce &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_15"&gt;soir-là&lt;/span&gt;, Carole m'annonça qu'elle ne pouvait plus me voir. Hébété, comme ivre, je rentrai chez moi. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_16"&gt;Christiane&lt;/span&gt; était déjà couchée. Je &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_17"&gt;m'affalai&lt;/span&gt; sur le lit et là, pour la première fois de ma vie, je pleurai pour une femme. Je sanglotais, je frappais du poing sur le matelas, peut-être ai-je même crié. La douleur était si intense que je ne parvenais plus à me maîtriser. &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_18"&gt;Christiane&lt;/span&gt;, alors, tendrement, m'a serré dans ses bras, comme elle l'aurait fait avec un enfant. Elle m'apaisa.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le jour où nous sommes déménagés, Carole est venue nous dire au revoir. C'est la dernière fois que je l'ai bien regardée. Comme elle était belle. Bizarrement, j'observais sa poitrine. Elle n'était plus une enfant. Elle avait soulevé une tempête dans mon petit monde, elle avait ravagé mon coeur, mais je ne lui en voulais pas. Elle n'était déjà plus qu'un mirage. Un mirage magnifique, oui, mais un mirage tout de même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois qu'elle est devenue infirmière. Je sais qu'elle a eu une fille et qu'elle a épousé un type qui venait de &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_19"&gt;Gaspésie&lt;/span&gt;, je &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_20"&gt;pense. Nous&lt;/span&gt; l'avons croisée quelques années plus tard, dans le métro. Nous avons échangé quelques mots, rapidement, puis elle est disparue dans le long couloir de la station &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_21"&gt;Henri-Bourassa&lt;/span&gt;. Un mirage!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est étrange, mais la douleur immense que j'ai ressentie lorsque cette histoire s'est terminée n'a duré que l'instant d'un soupir... ou presque. La vie a repris son cours normal. Bien sûr, pendant quelques mois, j'ai nagé entre deux eaux. Le vent a soufflé, violemment, et, bientôt, a emporté les dernières images de Carole. Ce n'était pas grave, j'avais son parfum dans la peau, pour l'éternité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-7546529901909210971?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/7546529901909210971/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=7546529901909210971&amp;isPopup=true' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7546529901909210971'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7546529901909210971'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/08/turbulences.html' title='Turbulences'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RtOSDL4x33I/AAAAAAAAAIU/Tb6uo-yIF2I/s72-c/Vermeer+1664.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4987624001963898057</id><published>2007-08-01T23:23:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:42:51.832-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Clins d&apos;oeil'/><title type='text'>Le cinéma</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RrFPNiOZnqI/AAAAAAAAAIM/yQRz3QnXeNs/s1600-h/camera.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RrFPNiOZnqI/AAAAAAAAAIM/yQRz3QnXeNs/s200/camera.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5093939747476840098" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Le cinéma, c'est une longue histoire d'amour dans ma vie. Des films, j'en ai vu des milliers, de différents genres, selon les époques, selon l'air du temps. Et je suis bon public, depuis toujours. Mes goûts ont évolué au fil des ans, bien sûr, mais je voue un culte à certains réalisateurs, comme Lelouch (même s'il me déçoit un peu depuis quelques années), et à certains films, comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Parapluies de Cherbourg,&lt;/span&gt; que j'ai vu à une centaine de reprises et que j'ai certainement «écouté» au moins mille fois. Je peux chanter toutes les répliques, de la première à la dernière; je les connais par coeur. Je connais tous les personnages; quand je pense à eux, c'est comme si je pensais à de véritables personnes.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette histoire d'amour a commencé il y a longtemps. J'étais encore enfant, en fait. À la télévision, le vendredi soir, Radio-Canada présentait &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cinéma international &lt;/span&gt;: on y voyait des longs métrages qui venaient de tous les horizons. Je me souviens de  ce que disait l'annonceur qui présentait l'émission : «De Paris, de Londres, de Rome et de Hollywood, voici...» J'entends même encore le son de sa voix, une voix toute radio-canadienne. Mon acteur préféré alors que j'avais sept ou huit ans, c'était Eddie Constantine, un dur de dur, tombeur de ces dames. Oui, je l'aimais bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y avait aussi le cinéma du dimanche après-midi, dans le sous-sol de l'église. Une organisation qui s'appelait Tambour-Battant y présentait des films pour les jeunes. C'est là que j'ai connu Abbott et Costello et les frères Marx. C'est là que j'ai vu tous les Tarzan. Comme on a pu rêver d'être cet homme de la jungle, si sûr de lui, si magnanime envers tous ces pauvres Noirs tout juste bons à jouer du tam-tam et à se faire bouffer par les lions. Du délire!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu plus tard, je me suis intéressé au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ciné-club&lt;/span&gt; du dimanche soir, toujours à Radio-Canada. Ce que j'ai pu en voir des films russes sous-titrés et des Bergman (Dieu ait son âme). Et je les appréciais, ces foutus films. Mon époque intello, quoi! Aujourd'hui, je suis plutôt paresseux, sur le plan cérébral. Je vais souvent vers la facilité. Et le cinéma a tellement changé. Je peux encore aimer Michel Simon dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Boudu,&lt;/span&gt; Raimu, Fernandel, Paul Meurisse et Pierre Brasseur, bien sûr, mais j'ai un fort penchant pour les acteurs plus «modernes», comme Lino Ventura, Patrick Dewaere et Gérard Depardieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai aucun souvenir du premier film que j'ai vu dans une vraie salle de cinéma. Peut-être était-ce un film où Glen Ford jouait le rôle d'un chevalier, au cinéma Villeray. Je me souviens bien, par contre, avoir vu &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le jour le plus long,&lt;/span&gt; et Dieu que j'avais trouvé cela... long. Puis il y a eu l'époque du cinéma Viau, sur le boulevard des Laurentides, à Laval. Nous y allions tous les samedis, en matinée. Sauf un film mettant en vedette Brigitte Bardot, je ne me souviens d'aucun des films que j'ai pu voir à cet endroit. Nous nous y rendions en groupe : peut-être s'agissait-il davantage de parties de plaisir que de véritables séances de cinéma.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bientôt sont arrivés des films plus marquants, comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Jaws, &lt;/span&gt;par exemple. La salle était si pleine que nous étions plusieurs spectateurs à être assis directement sur le plancher, chose inimaginable aujourd'hui. Même si je pouvais aimer ce genre de films, j'entretenais toujours une certaine flamme pour le cinéma d'auteur. Ainsi, j'avais vu &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cris et chuchotement&lt;/span&gt; de Bergman en version originale, sous-titrée en anglais. Rien ne me rebutait!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un soir d'automne, en 1971, nous étions plusieurs à nous être rendus au cégep Bois-de-Boulogne pour y voir le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Satyricon&lt;/span&gt; de Fellini. La rumeur portait ce film, qui était devenu une espèce d'objet de scandale. L'amphithéâtre était rempli, nous étions assis dans les premières rangées. À ma gauche, il y avait une jeune femme, Lisette Cabana. Il était bien plaisant d'être assis à ses côtés. Elle était agréable à regarder, et j'aimais discuter avec elle. Ce que je ne savais pas, cependant, c'est qu'elle était émotive, très émotive. Et que ses émotions s'exprimaient sans ambiguïté. Ce film de Fellini contient des scènes qui sont très dures, de nature à secouer les âmes sensibles, et c'est ce qu'était Lisette, une âme sensible. Bientôt, elle agrippa mon bras, pour ne plus le lâcher. Quand les choses se corsaient, elle enfonçait douloureusement ses ongles dans ma chair, et aux moments cruciaux du film, elle allait jusqu'à me frapper du poing, avec force. Tant et si bien que, nerveux, je me concentrais davantage sur ma compagne que sur le récit qui se déroulait sur l'écran.  Je suis sorti de là avec une épaule endolorie et le bras marqué jusqu'au sang.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis plus jamais retourné au cinéma avec Lisette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Des années plus tard, au cours des années quatre-vingt, le cinéma Papineau, qui était devenu un cinéma de répertoire, présentait &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les 120 journées de Sodome,&lt;/span&gt; de Pier Paolo Pasolini, un autre film à la réputation sulfureuse mais qui, dans mon souvenir, dénonçait surtout la tyrannie et la cruauté humaine. Assis dans la salle, nous écoutions le film avec attention, au diapason du reste du public, composé, à n'en point douter, de cinéphiles. Il y avait là moi et Christiane, si je me souviens bien, et peut-être mon cousin Claude et son épouse, Francine, mais je n'en suis pas sûr. Quoi qu'il en soit, le propos du film créait une lourde atmosphère dans la salle. Soudain, alors que les scènes les plus cruelles se déroulaient sous nos yeux,  les scènes où on brûle à la chandelle le bout des seins d'une jeune femme et le pénis d'un garçon, un rire. Un rire gras, tonitruant, un rire sans-gêne mais, surtout, un rire reconnaissable entre mille, du moins pour nous. Il émanait du frère de mon ami Gino, un garçon sympathique, certes, mais un garçon que, dans les circonstances, nous ne tenions pas à rencontrer. Je n'osais imaginer me faire apostropher par cet individu devant les gens présents, qui étaient bien près de huer l'importun. Sitôt que les premiers mots du générique apparurent à l'écran, nous nous précipitâmes à l'extérieur, question de ne pas nous faire voir en compagnie de cet amateur de cinéma au jugement pour le moins discutable. On a sa fierté...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Une seule fois je me suis rendu voir le même film deux soirées consécutives. Il  s'agissait de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La grande bouffe,&lt;/span&gt; de Marco Ferreri. Ce film m'a tant marqué quand je l'ai vu que j'y suis retourné le lendemain en compagnie d'amis alléchés par la critique dithyrambique que j'avais faite de l'oeuvre de Ferreri. J'ai revu ce film à quelques reprises depuis; il a bien vieilli, je crois, et certaines scènes n'ont rien perdu de leur humour corrosif et de leur subversion. D'autres films m'ont aussi ému ou secoué. Je pense ici, entre autres, à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Viva la muerte,&lt;/span&gt; d'Arabal, et à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Orange mécanique,&lt;/span&gt; de Stanley Kubrick, qui ont su, chacun à leur manière, troubler la quiétude du bon peuple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui, mes goûts me portent plutôt vers des drames plus intimistes. Mais je ne dédaigne aucun genre, sinon tout ce qui est film d'action ou de science-fiction. Pas capable! L'âge, sans doute...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4987624001963898057?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4987624001963898057/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4987624001963898057&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4987624001963898057'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4987624001963898057'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/08/le-cinma.html' title='Le cinéma'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RrFPNiOZnqI/AAAAAAAAAIM/yQRz3QnXeNs/s72-c/camera.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4353348990802165121</id><published>2007-07-27T23:53:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:43:28.352-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Souvenirs d'été</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rqq9viOZnpI/AAAAAAAAAIE/bqj-J6zDw1I/s1600-h/Carrosserie+003.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rqq9viOZnpI/AAAAAAAAAIE/bqj-J6zDw1I/s200/Carrosserie+003.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5092090953034473106" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Je l'ai déjà mentionné, Christiane se faisait très discrète en ce qui concernait sa famille. Nous étions ensemble depuis près de six mois, et jamais encore elle ne m'avait invité chez elle. Elle se décida pourtant, à l'occasion de la Saint-Jean-Baptiste de 1970. Elle nous invita, moi et Robert, à souper (je crois qu'à ce moment-là, Diane et Robert avait momentanément rompu).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette petite visite m'angoissait. Je ne connaissais pas ses parents, je m'étais fait des idées quant à leur personnalité, et je craignais un peu la rencontre avec un père que je croyais sévère. C'est en arrivant chez elle que j'ai compris bien des choses, notamment la discrétion de Christiane. Pour arriver au logement où elle habitait, il fallait grimper un escalier intérieur qui disait tout de ce qui nous attendait à l'étage. Un escalier aux marches si usées qu'elles en étaient dangereuses, des murs troués, une odeur indéfinissable mais écoeurante. Quant au logement, il présentait des caractéristiques malheureusement typiques de ce coin de la ville. Une cuisine crasseuse, des planchers inégaux, un ameublement désuet, des chambres encombrées, des rideaux miteux aux fenêtres. J'étais sidéré. Et ce qui m'étonnait le plus, c'est qu'il n'y avait pas d'eau chaude dans la maison. Je n'avais jamais vu une telle misère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Christiane me présenta à ses soeurs, à son frère et à sa mère, qui m'apparut être une bien gentille personne. J'étais plutôt mal à l'aise devant leur dénuement mais, quand on est jeune, on s'accomode rapidement de bien des choses. Quelques instants plus tard, installé sur le balcon arrière, j'avais retrouvé mon aplomb. J'étais même ravi de me trouver en ce lieu. Christiane nous fit un petit cours sur les us du quartier. Des voisins, eux aussi se prélassant sur leur balcon, nous faisaient la conversation, dont une amie de Christiane, Lise L., que j'allais revoir à quelques reprises. Puis son père arriva.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l'époque, il n'était pas encore trop usé. Bien sûr, il était impossible de ne pas remarquer son nez, un drôle de nez boursouflé par l'alcool qui commençait à se diviser en deux parties à son extrémité. Malgré cet appendice disgracieux et un peu trop visible, on devinait qu'il avait dû être un bel homme. Mais ce nez et ses cheveux coupés en brosse lui faisaient un visage plutôt dur. Il avait le regard fuyant et parlait peu. Était-il intimidé par notre présence? C'est possible. Sans doute étais-je le premier garçon que sa fille amenait à la maison, il fallait qu'il s'habitue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après le souper, nous partîmes pour le Vieux-Montréal. En ces années, il n'y avait pas encore de grands spectacles pour la Saint-Jean-Baptiste, ni de méga-shows sur la montagne. Des manifestations éparses dans les différents quartiers de la ville réunissaient les fêtards. Je me souviens d'une petite troupe de théâtre qui donnait un spectacle sur la rue Saint-Paul, de l'alcool qui coulait abondamment, de gens éméchés qui hurlaient, d'autres qui chantaient. Une belle atmosphère régnait dans les rues. Je garde un bon souvenir de cette nuit de la Saint-Jean... et de ma première rencontre avec les parents de Christiane.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Avec l'été qui commençait, la chaleur qui excitait nos sens, l'oisiveté des vacances, je découvris une nouvelle Christiane, plus ouverte, plus bavarde, plus rieuse, plus aguichante... et même sexy. Il lui arrivait de ne porter qu'un long t-shirt pour tout vêtement; mais un long t-shirt ne peut jamais faire qu'une très courte robe. Ça me plaisait bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une semaine ou deux avant le début des vacances scolaires, Christiane et ses camarades de classe allèrent camper, accompagnées d'une enseignante, à Sainte-Sophie, dans la région de Saint-Jérôme. Les parents de Diane L. avaient accepté que la petite troupe installe son campement sur le terrain de leur chalet. Évidemment, l'enseignante avait exigé qu'aucun garçon ne vienne troubler la quiétude des demoiselles. Mais il n'était pas question que je me plie aux directives d'une enseignante, aussi charmante soit-elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le samedi, moi et Robert avions rejoint Sainte-Sophie en faisant de l'auto-stop. Robert espérait bien renouer avec Diane, alors que moi, je ne pouvais imaginer un week-end sans ma belle Christiane. Les souvenirs qu'il me reste de cette fin de semaine sont faits d'impressions plutôt que d'événements. De douces impressions. La chaleur d'un feu de camp autour duquel les filles sont regroupées, l'excitation d'être entouré de jolies jouvencelles dans la petite salle de danse de l'endroit, l'intérêt que suscitait chez moi et Robert une jeune fille nommée Liette, la bonheur de me trouver en compagnie de Christiane. Oui, ce fut une bien belle fin de semaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Au cours de l'été, Christiane passa quelques semaines au chalet de Diane L. Moi, j'étais le plus souvent à Pont-Viau, en compagnie de Robert, qui se morfondait : ses quelques tentatives pour reconquérir Diane n'avaient pas donné les résultats escomptés. Mais il ne se décourageait pas, même si nous avions appris que Diane avait un nouveau copain, Normand. Un jour, nous décidâmes de nous rendre à Sainte-Sophie. Christiane me manquait, et Robert s'inquiétait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre arrivée ne suscita pas un grand émoi. L'accueil fut même plutôt froid. Diane ne voyait pas d'un bon oeil les efforts que faisait Robert pour l'amadouer puisqu'elle «vivait» un nouvel amour avec le dénommé Normand, et je découvris que ledit Normand avait un copain, Jean-François, qui tournait autour de Christiane, pas tout à fait insensible à l'entreprise du beaux ténébreux. Même si nous arrivions comme des chiens dans un jeu de quilles, il nous fallait nous imposer et intervenir. Une brève discussion avec Christiane et quelques moments d'intimité replacèrent les choses, en ce me concernait. Quant à Robert, je ne sais comment il s'est débrouillé mais, quelques semaines plus tard, il avait retrouvé sa chère Diane. Tout rentrait donc dans l'ordre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4353348990802165121?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4353348990802165121/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4353348990802165121&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4353348990802165121'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4353348990802165121'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/souvenirs-dt.html' title='Souvenirs d&apos;été'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rqq9viOZnpI/AAAAAAAAAIE/bqj-J6zDw1I/s72-c/Carrosserie+003.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4041844649910759903</id><published>2007-07-26T00:03:00.003-04:00</published><updated>2008-02-19T23:44:08.084-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vacances'/><title type='text'>Camping</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RqgdLCOZnoI/AAAAAAAAAH8/G6CgyVqbx9U/s1600-h/wigwam.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RqgdLCOZnoI/AAAAAAAAAH8/G6CgyVqbx9U/s200/wigwam.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5091351454155382402" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Je n'ai jamais aimé le camping, même si j'en ai fait beaucoup à une certaine époque. En effet, pour des gens aux revenus limités, les vacances sous la tente constituent une option attrayante. Bien sûr, j'ai parfois eu du plaisir à camper, une fois que tout était installé, que le temps était au beau fixe, que les moustiques se faisaient rares... et que j'étais de bonne humeur. Ces conditions, toutefois, furent rarement réunies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'en parle au passé car le camping, pour moi, c'est de l'histoire ancienne. Ma dernière expérience, voici quatre ou cinq ans, m'a convaincu qu'il était inutile que je persévère. Seul avec les enfants, j'ai dû assumer tous les rôles : cuistot, aide domestique, chauffeur, technicien en loisir, etc. Et ce, souvent sous une pluie battante qui n'égayait en rien le séjour en terre néo-brunswickoise. Bref, ce fut le chant du cygne de ma vie de campeur. Depuis, je loue un chalet en compagnie de ma soeur, et je passe des vacances formidables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Évidemment, des souvenirs précieux et heureux sont aussi associés à cette activité. Jamais je n'aurais séjourné dans les quatre provinces maritimes sans le recours à cette activité. Je n'aurais pas visité Louisbourg, arpenté le cimetière de Bouctouche, tué les maringouins de Shippagan, foulé le sol rocailleux de Terre-Neuve. Je n'aurais pas eu le plaisir de parcourir la verdure merveilleuse de l'Île-du-Prince-Édouard, de me prélasser sur la plage de Cavendish ou, jadis, d'emprunter le traversier menant en cette minuscule province. Et c'est encore grâce au camping que j'ai pu me promener sur les îles de la Madeleine. Mais il s'agissait, dans ce dernier cas, de la fin annoncée d'un loisir qui, pour moi, avait tout de la torture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais que des gens adorent cette activité. C'est leur droit. Personnellement, je n'ai que peu d'affinités avec la lampe à brûleur qui gronde sans arrêt, avec les allumettes humides dont on ne tire aucune étincelle, avec le poêle à essence qu'il faut pomper sitôt levé pour se faire un café. Non, vraiment, je laisse ça aux braves qui salivent à la pensée d'une nuitée sous la toile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais aussi qu'il y a deux sortes de camping : le camping familial, dont les moments heureux ne parviennent pas à me faire oublier les inévitables désagréments qui lui sont associés, et le camping d'ado, que j'ai autrefois pratiqué. Ce dernier n'a rien à voir avec un quelconque amour de la nature ou avec une recherche bucolique de la sérénité. Tout le contraire!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Nous nous trouvions à Nominingue, installés sur la plage de la baie Richard. Il y avait là moi, Claude, Robert et l'ineffable Gilles B. Un quatuor de vacanciers très peu sérieux et, surtout, très peu rompus aux exigences de la vie sous la tente. Non, nous ne nous attendions pas à profiter du calme de la nature ou à goûter avec béatitude au repos qu'aurait pu nous procurer ce séjour estival. Nous cherchions plutôt à nous amuser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaque soir, nous montions au village, à la salle de danse, plus précisément, pour draguer. Le jour, nous nous prélassions sur le quai de la baie. Nous n'étions pas très occupés. Les tâches courantes... nous nous en dispensions. On se traînait de la tente au quai, où on bavardait avec qui s'y trouvait. On se baignait, évidemment, et il nous arrivait de manger. Du pain, essentiellement. C'est que nous n'étions pas très riches; on peut même dire que nous étions sans le sou. Et tout ça à cause de Gilles. Le «pauvre» garçon souffrait d'un coup de soleil, et il n'avait rien trouvé de mieux que de piger dans nos maigres avoirs pour acheter un énorme pot de crème Noxéma pour soulager sa peine. Ce qu'on a pu gueuler! En vain. Nous en étions donc réduits à ne manger que du pain, que nous truffions à l'occasion de bleuets sauvages que nous avions cueillis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous jasions parfois avec un monsieur qui habitait au bout du chemin menant à la baie, Lou Belloff. Un brave homme, aujourd'hui décédé, qui s'étonnait de notre régime. Nous avions dû lui expliquer que notre budget ne nous autorisait aucune folie : tels des prisonniers d'un autre temps, nous devions nous contenter d'eau et de pain. Consterné par notre situation, il eut un geste : il nous offrit de bon coeur un billet de deux dollars pour améliorer notre sort. Il nous demanda alors ce que nous comptions acheter avec ce billet. Du pain, bien sûr! Que pouvions-nous faire d'autre avec deux dollars? Il réfléchit quelques secondes, remit le billet de deux dollars dans sa poche, puis nous donna cinq dollars. Nous sentions que ça lui coûtait, aussi nous promîmes d'en faire bon usage. Nous ne lui avouâmes jamais que son cinq dollars fut dépensé... à la seule boulangerie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il y avait de nombreuses jeunes filles qui logeaient dans les chalets qui ceinturaient la baie. Plusieurs aiguisaient notre intérêt, dont une dénommée Linda, qui présentait de bien jolies formes. Elle était plutôt affriolante dans son maillot deux-pièces (il n'était pas question de bikini pour les adolescentes de cette époque, les parents veillaient encore à la décence de leur progéniture). Nous nous amusions avec ces demoiselles, heureux de les côtoyer. Il ne s'agissait que de batifolages sans conséquence. Cependant, elles étaient bien agréables à regarder, et nous ne nous privions pas du joli spectacle qu'elles offraient. J'entends ici moi, Claude et Robert. Car Gilles, pour des raisons qui lui appartiennent (peut-être son coup de soleil), se terrait dans la tente et observaient de loin la faune féminine... à l'aide d'un petit télescope! Il avait apporté un télescope; il y avait là préméditation. Ce qu'il nous fit honte!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous fîmes bientôt connaissance avec Anne M. et son jeune cousin, Claude, rapidement baptisé Ti-Claude. Elle passait l'été au chalet de sa tante. Elle me plut immédiatement. Elle avait tout de la jeune fille distinguée et sage. Rien à voir avec les autres filles qui s'ébattaient sur le quai ou sur le rivage. Elle m'intimidait un peu par son sérieux. Je ne savais trop comment m'y prendre pour lui faire part de mon intérêt pour sa délicate personne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jours filaient et je ne parvenais pas à trouver le moment propice pour amorcer ma cour. Un soir, l'occasion se présenta. Nous nous étions rendus au chalet des parents de Claude en compagnie d'Anne. Alors que mes trois comparses déconnaient à l'intérieur, je m'installai sur le perron, où Anne bientôt me rejoignit. Les choses auguraient bien. Nous parlâmes de tout et de rien durant quelques minutes, puis je passai à l'attaque. J'exploitai alors une stratégie qui m'avait souvent été profitable : l'auto-dénigrement. Il s'agit simplement de mettre en lumière ses défauts (réels ou inventés) pour obliger son interlocutrice à les nier, puis d'en venir à des aspects plus intimes. Ainsi, arrivait le moment où j'affirmais n'être «pas bien beau»; la jeune fille se trouvait alors devant deux options : ou elle ne disait rien, et c'en était fait de mes prétentions, ou elle protestait et soutenait que j'étais «plutôt bien», avec un sourire gêné, et l'affaire était dans le sac. J'en étais à cette délicate partie de mon plan; Anne allait s'exclamer que j'étais plutôt beau garçon quand Gilles sortit du chalet, une balle à la main, et me demanda si je voulais «me lancer» avec lui. Je l'aurais bien assassiné, ce cher Gilles...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'eus une autre chance de me faire valoir auprès de la belle Anne. Nous étions au village et la nuit était tombée. Anne dit qu'elle devait rentrer au chalet, mais aucun de mes compagnons n'était très chaud à l'idée de regagner la tente : il était trop tôt, selon eux. Moi qui ne demandais pas mieux que de devenir le chevalier servant de la damoiselle, je sautai sur l'occasion. Nous devions marcher environ un kilomètre et demi pour rejoindre le chalet. La moiteur de la nuit, le ciel étoilé, la route déserte, tout concourait à faire de cette promenade le moment idéal pour une déclaration d'amour. J'écoutais distraitement le babillage de ma compagne de route, une idée occupant toute mes pensées : allais-je l'embrasser? Je ne songeais plus qu'à ça, si bien que toute spontanéité disparut et que je me trouvai bien mal à l'aise, lorsque nous fûmes rendus au chalet, pour faire mes adieux. Elle se tenait devant moi, patiente. Sans doute espérait-elle un baiser, mais j'avais perdu tous mes moyens. Je bafouillai un vague au revoir et la plantai là. Comme fin romantique à une historiette d'été, il y a mieux!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'avais raté mon coup, ce soir-là, mais rien n'était joué. Après tout, je pourrais la revoir lorsque nous serions de retour à Montréal. L'été 1969 tirait à sa fin, je voyais venir un automne qui pourrait être intéressant. Mais la situation allait rapidement évolué dans un sens que je ne pouvais encore prévoir.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4041844649910759903?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4041844649910759903/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4041844649910759903&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4041844649910759903'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4041844649910759903'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/camping.html' title='Camping'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RqgdLCOZnoI/AAAAAAAAAH8/G6CgyVqbx9U/s72-c/wigwam.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-1734271221082135402</id><published>2007-07-18T23:19:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:44:41.723-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Vie scolaire'/><title type='text'>Les études : l'école élémentaire</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rp7YVDGougI/AAAAAAAAAHs/bC--sraOvCA/s1600-h/ecole-48b1c.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rp7YVDGougI/AAAAAAAAAHs/bC--sraOvCA/s200/ecole-48b1c.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5088742485097232898" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Je suis de la vieille école, sur tous les plans. Dans ma façon de comprendre les choses, d'aborder les gens, de vivre mes sentiments. Mon éducation familiale a eu un rôle à jouer dans ma façon d'être, évidemment, et ma scolarité aussi. Et, sans aucun doute, mes lectures. Quand on nous inculque certains principes, et quand nous adoptons certaines attitudes, il est difficile de s'en défaire. Non, je ne suis pas un modèle de politesse, mais il reste que j'apprécie qu'une courtoisie élémentaire prévale dans mes échanges avec mes semblables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l'époque où j'ai commencé mes étude, la politesse n'était pas souhaitée, elle était exigée. Le manque de respect à l'endroit d'une enseignante, par exemple, était sévèrement puni. J'imagine qu'il en est de même dans les écoles, aujourd'hui, mais la punition, elle, est d'une autre nature, j'en suis persuadé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je suis entré à l'école en septembre 1960, du temps de l'Instruction publique. Le ministère de l'Éducation n'existait pas encore, le Rapport Parent n'avait pas encore été déposé. L'école, c'était l'affaire des Frères des écoles chrétiennes. On ne se surprendra donc pas d'apprendre que la religion constituait la pierre d'assise de l'édifice scolaire. La vie à l'école était rythmée par différents événements rattachés au calendrier et aux rites catholiques. Ainsi, le premier ou le dernier vendredi du mois, la confession était obligatoire; à la période de l'Avant, on pouvait assister à la messe tous les matins et arriver en retard à l'école; à la Fête-Dieu, nous participions à une grande procession dans les rues du quartier, notre macaron de croisé du Christ fièrement épinglé à notre poitrine. Et puis il y avait la prière du matin et du midi, et les visites de missionnaires qui venaient nous vendre des petits Chinois, dont on nous remettait les photos contre vingt-cinq sous, ou nous parler de la lèpre en Afrique. Et il ne faut pas oublier la tenue, tous les ans, de la retraite : trois jours enfermés dans le sous-sol de l'église à écouter des prêtres discourir sur les bienfaits de la religion catholique. Et c'est sans compter toutes les activités spéciales associées aux différentes fêtes, comme Noël, l'Épiphanie, Pâques, l'Immaculée Conception, l'Ascension, la Toussaint... Bref, nous ne risquions pas d'oublier que nous étions de bons petits catholiques, même si nous étions souvent de vrais petits démons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C'est à l'école Saint-Vincent-Ferrier, sur la rue Drolet, au coin de Jarry, que j'ai entrepris mes études. Une école de garçons où l'enseignement était surtout donné par des femmes. Il y avait bien quelques professeurs masculins, mais ils enseignaient aux plus vieux, ceux de sixième et de septième. L'école était pourvue de deux cours de récréation : celle des petits et celle des grands. La hâte qu'on avait d'aller dans la cour des grands, après trois ans dans la minuscule cour des petits. Une véritable promotion quand ce jour arrivait enfin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je dois dire que j'étais un véritable petit ange à l'école. Sage comme une image, comme on disait à l'époque. C'est qu'on ne rigolait pas avec la discipline. Un tout petit «crime» menait rapidement à des sanctions plutôt douloureuses. Il suffisait de lancer une malheureuse boule de neige pour goûter à la médecine du principal, M. Paré : quelques coups de «strap» sur les mains. La «strap» était une épaisse lanière de cuir ou de caoutchouc qui claquait lugubrement sur les mains du pauvre enfant qui devait subir la punition. Rares étaient ceux qui ne pleuraient pas quand ils recevaient ces coups. Je n'ai jamais reçu cette punition. Par contre, M. Paré m'a violemment giflé, une fois, parce que j'avais traité un de mes compagnons de menteur. Ça ne s'oublie pas!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La «strap» était la terreur des élèves. Parfois, un malheureux se faisait expulser de la classe; son attente dans le couloir pouvait se transformer en cauchemar si le principal venait à passer. Est-il besoin d'ajouter que le seul fait d'être «invité» à aller au bureau du principal se traduisait par une crise d'angoisse? Un jour, la maîtresse vint m'avertir que M. Paré voulait me voir. J'étais livide. Je n'avais rien à me reprocher, mais qui peut se prétendre totalement innocent? C'est en tremblant que je suis descendu jusqu'au bureau maudit. Mais, au sourire du principal, j'ai vite compris que je n'avais rien à craindre. Il désirait simplement me remettre quelques livres à relier : je devais les apporter à mon père, qui était relieur. Je quittai l'école sur-le-champ, les livres sous le bras. Non seulement je n'étais pas puni mais, en plus, je profitais de quelques instants de liberté à l'extérieur de l'école.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans ma famille, la réussite scolaire allait de soi. Mes soeurs plus âgées étaient toutes des premières de classe. Aussi, quand j'ai reçu mon premier bulletin scolaire et que j'ai constaté que j'étais treizième, ce fut un drame. Je pleurais comme une Madeleine, humilié. Pour moi, il s'agissait d'un échec, j'étais le crétin de la famille. Ma mère avait beau tenter de me consoler, rien n'y faisait. Les sourires narquois de mes soeurs n'arrangeaient pas les choses. Mais j'ai surmonté cette pénible épreuve : les neuf mois qui suivirent, je terminai premier. J'avais lavé mon honneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l'époque, le premier de classe jouissait de certains privilèges. Ainsi, on lui remettait une jolie médaille dorée qu'il agrafait à sa chemise. Les premiers jours, on portait fièrement cette médaille mais, sans doute par crainte de la perdre, on la «rangeait» bientôt et on l'oubliait. Si bien qu'à la fin du mois, quand il fallait rapporter la fameuse médaille, la panique s'installait : où se trouvait donc cette foutue médaille? Pour avoir été très souvent premier, je peux dire que ce scénario s'est répété à maintes reprises.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le premier de classe avait aussi charge de la classe quand l'enseignante devait s'absenter quelques minutes. Un véritable honneur que de s'installer au bureau de la maîtresse et de veiller impérialement au maintien de l'ordre. Il participait aussi, à l'occasion, à la rédaction des bulletins, surtout si sa calligraphie se distinguait par sa beauté. Mais le plus grand avantage résidait dans le privilège de choisir les plus beaux prix, à la fin de l'année. Il faut savoir que, dans les années soixante, la commission scolaire fournissait des cadeaux à toutes les classes de toutes les écoles. Il y avait des présents pour tous les élèves, du premier au dernier, mais le choix initial revenait évidemment au petit génie de la classe. Et s'il advenait que le nombre de prix dépasse le nombre d'élèves, eh bien, le premier repartait avec plus d'un cadeau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Cinquante ans auparavant, Montréal n'était pas une ville aussi cosmopolite qu'aujourd'hui. Un jour, je devais avoir quatre ou cinq ans, ma mère m'a emmené magasiner. Nous avons pris le tramway, je ne sais plus sur quelle rue. À l'intérieur, un Noir était assis. Il portait un uniforme rouge; il devait être portier pour un hôtel. Je le regardais avec insistance, sans doute fasciné, mais sûrement effrayé. Je me serrais contre ma mère. Les seuls Noirs que j'avais vus jusqu'alors se trémoussaient, vêtus de pagne, sur le rythme des tam-tam : c'était dans les films de Tarzan. Dans Villeray, on ne voyait jamais d'«étrangers». L'exotisme, c'étaient les quelques Italiens qui habitaient le quartier. Oui, il y avait aussi quelques Anglais, et des Grecs, en face de chez nous, mais en aucun cas leur peau ne trahissait leur origine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin, un Noir arriva à l'école, créant toute une commotion. On l'observait, mi-craintifs, mi-intéressés. Les Noirs, pour nous, c'étaient les lépreux d'Afrique. Devant l'émoi causé par le nouvel élève, M. Paré ne fit ni une ni deux : il convia l'école entière dans la grande salle et là, devant tous les élèves, il frotta le cou du jeune Noir avec sa main avant d'en exposer solennellement la paume. La démonstration ne pouvait être plus claire : la couleur de la peau du garçon ne déteignait pas. Le message, quant à lui, était plutôt ambigu : encore aujourd'hui, je n'ai toujours pas saisi ce que le principal voulait nous dire...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il ne s'agit là que de quelques réflexions initiales sur l'école que j'ai connue et aimée. Oui, aimée. Malgré les punitions corporelles, la rigidité de la discipline, le lourd couvert religieux, je trouvais mon bonheur dans cette institution qui nous préparait à devenir des hommes. Le sujet est vaste, aussi y reviendrai-je.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-1734271221082135402?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/1734271221082135402/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=1734271221082135402&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/1734271221082135402'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/1734271221082135402'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/les-tudes-lcole-lmentaire.html' title='Les études : l&apos;école élémentaire'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rp7YVDGougI/AAAAAAAAAHs/bC--sraOvCA/s72-c/ecole-48b1c.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4813325938115507579</id><published>2007-07-15T22:14:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:45:32.887-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>La plus belle fille du monde</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RprU_TGoudI/AAAAAAAAAHU/fnAtJdg2m60/s1600-h/domine2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RprU_TGoudI/AAAAAAAAAHU/fnAtJdg2m60/s200/domine2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5087612912993352146" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Tous, nous croisons, au cours de notre vie, des êtres qui nous émeuvent par leur grâce, leur beauté ou leur charisme. L'image que nous en gardons est imprimée durablement dans notre mémoire. Peut-être le temps magnifie-t-il leur joliesse, mais nous savons qu'il s'agissait de personnes remarquables, sur le plan de l'esthétique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous savons aussi que l'appréciation de la beauté repose sur des critères qui sont souvent bien personnels, et que ces critères relèvent de considérations culturelles ou ethniques qui ne peuvent faire l'unanimité. Néanmoins, certaines personnes se démarquent si nettement du commun des mortels que nous ne pouvons que nous incliner devant l'évidence : elles sont belles. Si belles, en fait, que nier cette beauté est affaire de mauvaise foi. Évidemment, la beauté ne garantit pas la gentillesse, ni l'honnêteté, ni la compassion, mais elle n'est pas non plus synonyme de vanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai eu le plaisir, comme tout le monde, de rencontrer de ces êtres d'exception. J'ai souvenir, notamment, d'une jeune Haïtienne qui suivait un cours de politique internationale auquel j'étais inscrit. Elle était magnifique. Froide, peu liante, mais d'une resplendissante beauté. Il y avait aussi, dans ce cours, une Marocaine qui tourneboulait tous les garçons. Sa peau sombre, ses yeux de jais attisaient le désir des étudiants qui formaient sa cour. Elle était bien entourée, cette demoiselle, et d'une approche facile. Affable, rieuse, elle séduisait tout le monde. Nous nous désolions du fait qu'elle retournerait bientôt dans son pays d'origine. Il y en a plusieurs, j'en suis certain, qui auraient bien voulu contribuer à sa naturalisation comme citoyenne canadienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon hétérosexualité ne m'a jamais empêché d'apprécier la beauté masculine, même si j'y suis évidemment moins sensible. Ainsi, alors que j'étais à Vancouver avec mon ami Michel, j'ai connu un Mexicain tout à fait singulier. Bien sûr, ses traits d'une rare délicatesse attiraient les regards, mais c'est surtout la couleur de sa peau qui le rendait attrayant. Une couleur difficile  à décrire, d'un brun cuivré avec des reflets gris, presque métallisés. Je n'ai jamais revu une peau de cette teinte. J'ai aussi eu un collègue, à l'époque  où je travaillais pour la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui charmait tout le monde : un garçon tellement gentil qu'il séduisait hommes et femmes. Personne ne pouvait résister à ses yeux bleu ciel, à ses jolis cheveux bouclés et à la naïveté de son sourire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce long préambule m'amène finalement à l'objet de mon propos. J'ai eu le bonheur de côtoyer, durant une courte période, une jeune femme que je n'ai jamais hésité à qualifier de «plus belle fille du monde». Oui, ma vision des choses est subjective, et l'histoire est bien ancienne. Mais chaque fois que j'évoque le souvenir de cette jeune personne, c'est la réflexion qui me vient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai déjà mentionné que nous avions l'habitude de nous réunir au parc Ahuntsic. Ce parc se trouvait à une quinzaine de minutes de marche de mon domicile. Fréquemment, nous nous y donnions rendez-vous pour flâner, réfléchir à quelque mauvais coup, reluquer les jeunes filles et, accessoirement, les aborder. Nous étions toujours quatre ou cinq et, pour employer une expression populaire, nous «déplacions de l'air». Aussi était-il difficile de ne pas nous remarquer. Un soir que nous nous tenions sur la butte située dans la partie sud du parc, Robert trouva le moyen d'asticoter une femme qui se prélassait sur la pelouse en compagnie de sa petite famille. La dame s'offusquait des propos de Robert, ce qui eut l'heur de plaire à ses deux filles, qui nous observaient en rigolant. Lorsque la plus vieille tourna la tête en notre direction, nous fûmes saisis. Il s'agissait là du plus beau visage que j'eus jamais contemplé. Et du plus avenant. Son sourire absolument radieux nous conquit immédiatement. Non seulement était-elle belle mais, ô miracle, elle semblait intéressée par nos humbles personnes. Nous nous joignîmes à cette petite famille pour faire connaissance. Je ne me souviens pas avec précision de la réaction de la maman, mais les choses se déroulèrent plutôt bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle avait pour nom Johanne V..., et sa soeur se prénommait Liette. Nous étions ravis de nous trouver avec ces jeunes filles, et irrémédiablement attirés par Johanne. Sa beauté nous subjuguait, littéralement, et chaque seconde en sa présence était un cadeau du ciel. Dans les jours qui suivirent, nous la retrouvâmes à quelques reprises au parc. Nous nous rendions aussi dans la cour de son école, à l'occasion, quand nous faisions l'école buissonnière. Nous chahutions alors jusqu'à ce que la directrice menace d'appeler la police. Je crois que Johanne appréciait ce côté mauvais garçon que nous affichions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aucun des membres de notre petit groupe ne sortit jamais avec Johanne, ni même ne fit l'effort de la séduire. Quand nous en parlions, nous nous extasions sur sa beauté, bien sûr, mais je pense que cette beauté, justement, refrénait nos ardeurs. Nous la croyions inatteignable, sans doute, inaccessible. Pour ma part, jamais je n'aurais osé l'aborder autrement que d'une façon amicale. Je n'en ai même jamais été amoureux. Elle appartenait à un autre univers. Trop belle pour moi, pourrais-je dire. Inutile d'en rêver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, un an ou deux plus tard, elle sortit avec un garçon que je connaissais vaguement, Alain. Il était bien sympathique, mais je ne le trouvais pas très séduisant (mon appréciation était sans doute influencée par mon dépit). Je me dis alors que j'aurais dû tenter ma chance auprès de la belle Johanne : si lui était parvenu à la conquérir, pourquoi aurais-je failli dans cette entreprise?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La dernière fois que j'ai vu Johanne, je me trouvais Chez Dieu, dans le Vieux-Montréal. Elle se disputait avec Alain. Le pauvre garçon semblait désemparé. Elle sortit précipitamment du bar. Plus tard, ce soir-là, je vis Alain qui arpentait les trottoirs de la place Jacques-Cartier, à la recherche de sa douce. Il m'apparut alors qu'il ne devait pas être de tout repos de fréquenter «la plus belle fille du monde».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Les études nourrissent notre esprit, évidemment, et elles nous permettent aussi de rencontrer des gens bien particuliers. J'ai parfois été étonné par l'intelligence de confrères et de consoeurs  qui parvenaient, sans difficulté apparente, à saisir la complexité d'une question, à synthétiser un problème, à énoncer une solution. Et, indubitablement, les gens intelligents nous attirent. Surtout si, de surcroît, ils ont fière allure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous amorcions l'étude de la politique étrangère des États-Unis. La professeure, une Américaine, présentait son plan de cours. J'étais assis derrière une jeune femme que j'observais, intrigué. Elle posait de nombreuses questions, ce qui me laissa croire qu'elle possédait une grande connaissance des subtilités de la politique américaine. Elle m'impressionnait. Et elle m'impressionnait aussi par son physique. Était-elle belle? Je n'en sais trop rien! Mais elle retenait l'attention. Très maigre, presque fragile d'apparence, elle semblait pourtant énergique. Le rouge de sa bouche et le noir de ses cheveux tranchaient sur sa peau, d'une blancheur spectrale. Un bandeau retenait sa chevelure, et un collier de cuir serrait son cou. Elle portait un chemisier blanc qui laissait deviner une poitrine assez forte qui contrastait avec le reste de sa personne, menue. Oui, elle m'impressionnait, et je dirais même qu'elle m'attirait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La professeure nous annonça qu'au cours de la session, nous irions à Burlington, au Vermont, rencontrer le maire de la place, seul maire socialiste des États-Unis, et visiter le département de science politique de l'université de l'État. Ce petit voyage devait être mémorable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour du voyage, un ami m'accompagnait, Gino. Et ma consoeur étudiante dont il est ici question, prénommée Danielle, participait évidemment à cette expédition. Le trajet jusqu'à Burlington se déroula sans anicroche. Les échanges restaient polis et courtois, nous tenions nos rôles d'universitaires avec sérieux. La situation allait cependant évoluer après la visite au maire. Jusqu'à ce jour, je n'avais entretenu aucun rapport particulier avec Danielle. Pour des raisons qui m'échappent, elle se colla alors à moi et Gino et nous suivit dans tous nos déplacements, à l'université d'abord, puis dans les rues marchandes de la ville. La chose pourrait sembler banale, mais elle ne l'était pas. Je découvris chez Danielle, en ces quelques heures, une personnalité que je ne soupçonnais absolument pas. Elle était délirante. Nous trouvions-nous séparés quelques instants qu'elle hurlait nos noms pour ne pas nous perdre. Elle s'exclamait bruyamment devant tout ce qui retenait son regard, passait des réflexions d'une voix si forte que les passants se retournaient. Les autres étudiants riaient sous cape, moi et Gino nous trouvions bien embarrassés. La journée se termina dans un bar qui offrait le verre de bière à vingt-cinq sous durant le «happy hour». Le retour vers Montréal se passa dans une allégresse qui n'avait rien de studieuse. Et Danielle compta pour beaucoup dans les rires qui animaient le groupe. À partir de ce moment, de façon bien peu charitable, moi et Gino ne parlâmes plus jamais de Danielle qu'en la nommant «la connasse».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jamais je n'avais si mal jugé une personne. Je découvrais en Danielle une femme totalement différente de la femme que j'imaginais. Elle était d'une réjouissante vulgarité, ne dédaignait pas le rire gras, et pouvait tenir des propos tout à fait sidérants, sans pudeur aucune, sur les aléas de sa vie sexuelle. Mais, par-dessus tout, elle était une copine qu'il faisait bon fréquenter. Car elle devint mon amie. Gino m'incitait subtilement à passer aux choses sérieuses, mais j'étais un mari fidèle. Sans doute l'ai-je désirée, mais je n'ai jamais cherché à en faire ma maîtresse. Et elle-même n'a jamais laissé croire que nos relations pourraient dépasser le stade de la simple amitié. C'était bien ainsi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Danielle resta mon amie jusqu'à ce qu'elle termine son baccalauréat. Elle quitta alors l'université, et je ne la revis plus. Je pense qu'elle aimait bien jouer à «la connasse», mais elle n'était certainement pas aussi supide que nous le prétendions. Je vois plutôt en elle une agréable compagne d'études, une fille délurée qui aimait avoir du plaisir. Je peux même dire que c'est une personne que je regrette aujourd'hui et que je reverrais avec joie. J'espère que la vie lui a été favorable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Quand nous étions jeunes adolescents, ma soeur J. avait une amie, Manon G., qui, à mes yeux, n'offrait aucun intérêt. Elle était gentille, un brin naïve, et se faisait surtout remarquer par une propension à proférer des énormités souvent hilarantes, comme lorsque nous avons pris le métro pour la première fois, un ou deux jours après son inauguration : elle affirmait que nous devions embarquer dans le wagon de tête pour arriver plus tôt à destination.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Manon, en sa qualité d'amie de ma soeur, ne pouvait attirer mon attention. C'est qu'à cet âge, les frontières sont, la plupart du temps, plutôt claires entre la bande à l'un et la bande à l'autre. De plus, je n'avais jamais observé cette jeune fille de façon intéressée : elle n'appartenait pas à mon univers. J'aurais donc été bien en peine de dire si elle était jolie ou non. Je ne la regardais pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n'est que des années plus tard que j'allais m'apercevoir que cette fille était, en fait, une fort jolie femme. Et le mot «jolie» n'est peut-être pas approprié. C'est un vieux fond de pudeur qui me le fait utiliser. Manon était plutôt une belle femme, et même un canon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par un concours de circonstances dont je garde un souvenir imprécis, je me suis, un soir, retrouvé chez elle. Je crois qu'elle habitait près de la Cité de la Santé, à Laval. Elle était mariée et maman. Je connaissais son mari, qui avait été un ami de ma soeur et qui m'avait enseigné au moment où il entamait sa carrière de professeur. Assis avec eux au salon, j'avais de la difficulté à détacher mon regard de Manon. La conversation était agréable, il faisait bon se remémorer des événements du passé, mais il était surtout bon de contempler mon hôtesse. Elle était vraiment superbe. Ce serait faire preuve de machisme que d'insister sur ses attributs physiques, mais je dois quand même dire qu'elle était divinement roulée. Et son visage rousselé et souriant ne pouvait que séduire. Elle avait cette beauté naturelle qui suscite, volontairement ou non, le désir. Et sa petite voix légèrement éraillée ajoutait à son charme, à sa sensualité. Elle n'avait rien perdu de son innocence, ce qui la rendait encore plus désirable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis parti en me demandant si son mari avait conscience de l'extraordinaire pouvoir de séduction de son épouse. En avait-elle elle-même conscience?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4813325938115507579?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4813325938115507579/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4813325938115507579&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4813325938115507579'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4813325938115507579'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/la-plus-belle-fille-du-monde.html' title='La plus belle fille du monde'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RprU_TGoudI/AAAAAAAAAHU/fnAtJdg2m60/s72-c/domine2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-3317886786479960639</id><published>2007-07-15T00:53:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:46:07.075-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Christiane</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RpmrCjGoucI/AAAAAAAAAHM/QbB4hzhKoVY/s1600-h/Carrosserie+004.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 175px; height: 188px;" src="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RpmrCjGoucI/AAAAAAAAAHM/QbB4hzhKoVY/s200/Carrosserie+004.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5087285314362849730" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Je dois le dire, il n’est pas facile de parler ici de ma première épouse. Non pas que j’entretienne à son égard de vieilles rancunes. Les années ont cet étonnant pouvoir d’adoucir toutes les douleurs, de calmer tous les tourments, d’effacer toutes les rages. Non, il m’est difficile d’en parler car elle est devenue, au fil du temps, une espèce d’abstraction, un personnage d’une histoire que je reconnais à peine comme la mienne. C’est que l’existence se construit et déconstruit au rythme de nos expériences, l’une remplaçant l’autre, l’une chassant l’autre. Si bien que nous finissons par compartimenter nos souvenirs, et les gens qui les habitent. Quand ces gens ne font plus partie de notre quotidien ou qu’ils ne hantent plus notre esprit, ils se figent lentement, deviennent froids comme la pierre. Il est alors bien ardu de retrouver les sentiments et les émotions qu’ils ont pu nous inspirer.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;En fait, c’est quand on cesse de penser à une personne qu’elle devient un fantôme de moins en moins encombrant, un simple nom qu’on prononce parfois pour situer un événement ou une anecdote, une image fixe appartenant à une époque révolue, à un monde disparu. Aucune émotion n’est alors suscitée par son rappel. Il ne s’agit plus que d’une référence à un passé qui nous laisse indifférents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bizarrement, c’est en ressassant les souvenirs de mon deuxième mariage que j’en suis venu à mesurer l’immense distance qui me séparait de Christiane. J’en ai eu froid dans le dos. Se pouvait-il que près de vingt ans de vie commune ne me laissent ni pensées heureuses ni pensées malheureuses, ni amour ni haine? Se pouvait-il que toutes ces années se traduisent par un vide sentimental, un vide total? Si ce devait être le cas, à quoi m’aurait-il donc servi de vivre cette relation? Il m’est alors apparu nécessaire d’emprunter un parcours qui me conduirait en des lieux que j’avais depuis longtemps désertés. Il me fallait redécouvrir cette jeune femme, ressentir de nouveau les émotions, bonnes ou mauvaises, qu’elle m’avait fait vivre.&lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Les premiers moments de cette relation se déroulèrent dans le chaos. Non pas que les prémices en furent mauvaises. Bien au contraire. Je crois qu’on pouvait augurer d’une attirance réciproque les bonheurs, petits et grands, qui parsèment l’amour. Pourtant, un grain de sable fut déposé dans l’engrenage. Gille B. se chargea d’enrayer la machine. C’était notre premier week-end d’amoureux, nous nous trouvions avec quelques amis. La soirée s’annonçait délicieuse quand Gilles, pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, soutint que j’avais tenu des propos fort désobligeants ayant Christiane comme objet. En vérité, j’ignore si j’avais ou non tenu ces propos; cependant, quand on se retrouvait entre garçons, on disait tellement de niaiseries qu’il est bien possible que j’aie prononcé des paroles peu heureuses, pour crâner. Si ce fut le cas, il n’y avait aucune nécessité, de la part de Gilles, d’en rappeler l’existence. Mais il prit un malin plaisir à les rapporter à Christiane, ce qui alourdit immédiatement l’ambiance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Je ne me souviens pas avec précision de ce qu’il se passa alors. Sans doute essayai-je de sauver la face. Et je pense que les filles présentes s’empressèrent auprès de Christiane pour lui faire comprendre qu’il ne s’agissait que de balivernes et qu’elle ne devait pas prendre au sérieux ce que Gilles prétendait. Je cherchais un moyen de détendre l’atmosphère, de ramener une certain entrain dans la soirée. À cette époque, Robert et moi avions de curieux passe-temps; ainsi, nous nous amusions à «mâcher» des lames de rasoir et des aiguilles. Aussi avions-nous toujours sur nous ces objets qui n’ont rien d’inoffensifs s’ils sont mal manipulés. Stupidement, j’entrepris de me taillader le bras avec une lame de rasoir, pour faire l’intéressant. Mais je mesurai mal mes gestes, et les coupures atteignirent une profondeur que je ne souhaitais pas. Ce fut bientôt la panique, et je dus me rendre d’urgence dans une clinique pour qu’on y recouse mon bras. Trente-huit ans plus tard, j’en porte encore les marques. Christiane fut peut-être impressionnée par ce geste un peu fou, ou peut-être considérait-elle qu’il s’agissait là d’un témoignage d’amour. Quoi qu’il en soit, elle me pardonna ma prétendue «faute», et notre relation ne fut pas autrement menacée.&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;À mes yeux, Christiane était une jeune fille distinguée, brillante, séduisante. Dans les premiers mois de nos fréquentations, elle parlait peu de sa famille. Je savais que son père conduisait un taxi, c’était à peu près tout. Je l’imaginais en homme sévère, austère, en homme ayant de la poigne. Cette impression venait sans doute du fait que Christiane restait toujours à sa place, n’avait rien d’une jeune femme délurée, était presque sérieuse. Et que jamais elle ne m’invitait chez elle. J’en déduisais que son père tolérait mal les garçons qui pouvaient tourner autour de ses filles. Et puis nos relations restèrent tout à fait chastes un long moment. Elle m’apparaissait donc comme une bonne fille, et je la respectais. Bien sûr, de longues séances de «necking» rythmaient les soirées que nous passions ensemble, mais il nous fallut bien du temps pour en arriver à une plus grande intimité.&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Avec Christiane, je pénétrais dans un nouvel univers, celui de l’engagement. Je pressentais que notre relation ne serait pas éphémère. Elle devenait ainsi précieuse. Les premiers mois furent absolument délicieux. Nous fréquentions assidûment Robert et Diane L. qui, parallèlement, vivaient leur propre histoire d’amour. Très souvent, nous nous retrouvions à quatre dans la chambre de Robert. Charles Aznavour berçait alors nos longs échanges de baisers, qui étaient ponctués de petits bouts de conversation. Nous étions bien, et vivions intensément les émotions qui nous assaillaient. En compagnie de Diane et Christiane, nous étions plutôt sages, mais nous n’avions rien perdu de notre folie. Sitôt les filles rentrées, nous déconnions tout autant qu’avant. Nous étions tous les quatre très amoureux, et les longues heures qui nous réunissaient étaient de purs moments de bonheur.&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Et ce bonheur sans nuage allait nous mener jusqu’à l’été…&lt;/p&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;*** &lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-3317886786479960639?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/3317886786479960639/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=3317886786479960639&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3317886786479960639'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3317886786479960639'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/christiane.html' title='Christiane'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RpmrCjGoucI/AAAAAAAAAHM/QbB4hzhKoVY/s72-c/Carrosserie+004.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-7073783011895979105</id><published>2007-07-09T02:21:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:46:55.604-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Rencontre</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RpHUInkhXzI/AAAAAAAAAGk/9cxaF9Rwgv8/s1600-h/0a.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RpHUInkhXzI/AAAAAAAAAGk/9cxaF9Rwgv8/s200/0a.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5085078698804207410" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;J'ai parfois un peu de difficulté à mettre tous les morceaux dans le bon ordre, à me souvenir avec exactitude du déroulement des événements. Mais il y a des choses qu'on n'oublie pas, et des dates inscrites à l'encre indélébile dans le grand livre de sa vie. Et il y a aussi de petits préambules aux moments marquants d'une existence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes en novembre ou en décembre 1969. La soirée est douce pour la saison. À notre habitude, nous traînons dans les rues. Nous nous trouvons à Laval-des-Rapides, près de la rue Desmonts, là où la famille de Robert a récemment emménagé. Nous apercevons soudain deux ou trois jeunes filles qui déambulent sur le trottoir. Nous nous approchons, toujours intéressés par la gent féminine. Surprise! Parmi ces jeunes filles se trouve Diane L., mon «ex». Petite conversation impromptue avec les demoiselles. Je suis toujours sensible au charme de Diane, et je m'aperçois que Robert la mange des yeux. La situation est plutôt amusante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois les jeunes filles disparues, nous ne tardons pas, en bons crétins que nous sommes, à discuter de leurs attributs. Visiblement, Robert a été séduit par Diane. Je me moque de lui et je prétends pouvoir de nouveau sortir avec elle, si le cœur m’en dit. Il proteste et soutient qu’il saura bien faire pencher la balance en sa faveur. Nous nous lançons alors un défi idiot sans enjeu véritable, sinon celui de préserver notre honneur de jeune mâle : on usera de nos talents de séducteurs auprès de la belle, et le meilleur saura bien gagner son cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les choses ne se passeront pas comme nous nous y attendions. En fait, je n’ai jamais vraiment cherché à reconquérir Diane car, bientôt, une jeune femme allait entrer dans ma vie, et pour un bon moment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un bon «party» a toujours constitué le meilleur moyen de rencontrer des filles et de les draguer. Souvent nous nous rassemblions à la maison, au sous-sol, pour écouter de la musique, jaser et, disons-le, «niaiser». Nous faisions parfois des trucs assez rigolos, comme des concours de «détachage de brassière» auxquels participaient, évidemment, nos amies les plus volontaires. On jouait aussi à la bouteille, à l’occasion. Des petits jeux bien anodins, finalement. Il y en avait aussi qui dérapait, comme Anne S., qui n’hésitait pas à manifester son humeur en éteignant ses cigarettes aux endroits les plus imprévus, comme sur mon visage… Bref, la vie était belle et, ma foi, assez excitante. Mais ces rencontres n’avaient pas le cachet que peut offrir un vrai «party». C’est pourquoi nous décidâmes d’en organiser un chez moi, avec l’autorisation de mes parents. Il eut lieu le 17 janvier 1970.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais invité plusieurs personnes dont, sur la demande pressante de Robert, Ginette Moran. Sans doute Diane y était-elle, et sa sœur Francine, mais je ne me souviens plus très bien des gens qui sont venus. Ce dont je me souviens, par contre, c’est que Robert avait invité une de ses amies, une jeune fille qui gardait les enfants de ses voisins durant l’été : Christiane.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le «party» ne fut pas un succès, sans être un fiasco. Ginette Moran était arrivée en compagnie de jeunes hommes peu recommandables, si bien que l’atmosphère était un peu lourde. En fait, personne ne s’amusait. Et ces garçons avaient apporté de la bière, ce qui n’était pas prévu au programme. Pour assainir le climat, j’ai demandé à mon père d’intervenir. Il est donc descendu pour nous annoncer que la fête était terminée. Mais elle n’était terminée que pour les indésirables. Une fois qu’ils furent partis, tout revint à la normale. Bien sûr, la fête s’en trouva réduite, mais ce fut pour le mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Christiane m’intéressait, je dois le dire, et elle se montra avenante, sans outrepasser le bon goût. Mais elle était gentille avec tout le monde, aussi ne pouvais-je rien conclure de son attitude. Elle était vêtue d’une petite jupe de daim brune et d’un col roulé plutôt sobre. Elle affichait un entregent que je n’avais pas, et me paraissait bien distinguée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est le souvenir que je garde de notre première rencontre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La semaine suivante, nouveau «party», mais chez les B., cette fois. J’avais invitée une jolie demoiselle (j’en ai fait mention dans un précédent billet), mais elle me fit faux bond, malheureusement. Je ne crois pas que cela m’ait beaucoup affecté. Il faut dire que l’alcool contribuait à égayer la fête et, conséquemment, à me rendre d’humeur badine. J’ai trop bu, je pense que j’ai lourdement dragué Christiane et Anne M., qui était présente ce soir-là, avant de finalement m’écraser sur un sofa et… sur mes lunettes. Je revois Christiane qui s’inquiétait de mon état. Peut-être avais-je, finalement, des chances de séduire cette jolie personne!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour de la Saint-Valentin, on remit ça. La soirée se déroulait chez mon cousin Claude. Ce fut épique. À mon grand désappointement, Christiane arriva accompagnée d’un dénommé Jean-Paul, un bon garçon que nous fréquentions depuis peu. Pour tromper ma déception, je me mis à boire un peu trop, et je ne fus pas le seul. Mais, au fil de la soirée, il m’apparut évident que Christiane lorgnait en ma direction. J’en déduisis que le pauvre Jean-Paul venait d’être largué.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’étais ivre, je faisais du chahut, je me cognais partout. Ma tante Bado était un peu débordée par la tournure des événements. Christiane s’offrit à m’accompagner à l’extérieur : une petite promenade me calmerait. Sitôt sortis, nous vîmes Gilles, à quatre pattes dans la neige, qui vomissait entre deux éclats de rire. Lui aussi avait atteint certains sommets, sur le plan de l’ébriété.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me souviens un peu de cette promenade. Elle fut bien agréable, et combla le vif désir que j’avais de me rapprocher de Christiane. Elle prit mon bras. Ce geste, bien que simple, était porteur d’un avenir radieux, me sembla-t-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Christiane habitait sur la rue Logan, dans le centre-sud de Montréal, qu’on appelait autrefois le faubourg à mélasse. Un quartier dur à l’époque, quartier qui connaîtrait plus tard un embourgeoisement avec l’érection de la tour de Radio-Canada et la venue d’une faune intellectuelle qui allait chasser les vieux habitants plus à l’est. Le jeudi qui suivit le «party» chez Claude, Christiane nous invita à une exposition scientifique qui se déroulait dans son école. Ce fut une bien belle soirée, et Claude était particulièrement allumé ce soir-là. Il semblait s’intéresser à tout et posait de nombreuses questions. J’y rencontrai Lina Bonami, une fille que j’avais connue à Pont-Viau. Elle était déménagée et fréquentait maintenant cette école.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la visite de l’exposition, nous raccompagnâmes Christiane chez elle, non sans nous arrêter d’abord dans un petit restaurant pour boire un Coke. Au restaurant, elle s’assit à mes côtés. Ce fait pouvait sembler insignifiant, mais c’était tout le contraire : il symbolisait la naissance de notre union. En prenant place à mes côtés, Christiane m’indiquait qu’entre elle et moi, c’était vrai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Voilà comment s’est amorcée une histoire qui durerait près de vingt ans. Les premiers moments d’une telle histoire sont toujours fort émouvants et nous procurent des émotions inoubliables qu’il est bien difficile de rendre par des mots. Je ne sais pas si j’en serai capable, mais je vais essayer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***  &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-7073783011895979105?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/7073783011895979105/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=7073783011895979105&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7073783011895979105'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7073783011895979105'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/jai-parfois-un-peu-de-difficult-mettre.html' title='Rencontre'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RpHUInkhXzI/AAAAAAAAAGk/9cxaF9Rwgv8/s72-c/0a.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4029154030172116269</id><published>2007-07-05T22:59:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:48:02.439-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Voyages'/><title type='text'>Voyages</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Ro2wNHkhXwI/AAAAAAAAAGM/bMcOjDYgzZI/s1600-h/avion-armee-photos-depart-terrain-932703.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Ro2wNHkhXwI/AAAAAAAAAGM/bMcOjDYgzZI/s200/avion-armee-photos-depart-terrain-932703.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5083913293788176130" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Souvent, aussi, ils nous font grisonner. Notamment quand on voyage en couple. En fait, le voyage peut avoir des vertus pédagogiques : il n'y a rien comme un périple en terre étrangère pour nous faire connaître nos limites sur le plan de la patience, et sur celui de notre capacité à endurer l'autre. Il s'agit donc d'un outil précieux pour évaluer la probabilité qu'une union résiste au temps. C'est une espèce de condensé de la vie commune qu'offre la proximité imposée par le voyage. Si on y survit les deux ou trois semaines que dure l'aventure, peut-être y a-t-il de l'espoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai déjà fait allusion à mon premier vrai voyage, qui nous a conduits, moi et ma compagne d'alors, sur les rives du Pacifique. Mon deuxième voyage fut d'une tout autre nature. Ce fut un voyage éclair, en fait, dans le New York du début des années soixante-dix, le New York d'avant Giuliani. Nous étions cinq, dans une voiture qui ne démarrait qu'une fois sur dix, avec Gilles B. comme pilote, sans aucun élément féminin à bord. C'est dire que nous étions prêts à déconner et à rigoler. Ce bref déplacement (si mes souvenirs sont bons, nous ne passâmes qu'une journée dans la métropole états-unienne) allait amplement nourrir mes préjugés à l'égard de cette immense ville. C'est qu'en une journée, nous en avons vu, des choses. Première image : des clochards qui dorment à même le trottoir, au milieu d'immondices. La circulation était intense, et nous roulions un peu au hasard, saisis par tout ce qui s'offrait à nos yeux. La première personne à qui nous avons adressé la parole, un cycliste noir, nous a répondu... en français. Un Haïtien perdu dans la mégapole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons acheté de la bière. Nous sommes passés par Brooklyn et Harlem, qui constituaient  alors un spectacle ahurissant. Arrêtés à un feu rouge, nous observions avec inquiétude un groupe de Noirs qui nous dévisageaient avec une évidente hostilité, couteau au poing. Nous avons dû rebrousser chemin à une intersection parce que... l'intersection avait disparu. Il ne restait qu'un immense trou. Nous regardions, incrédules, des maisons sans porte ni fenêtres, mais habitées. Nous avons vu une jeune femme courtement vêtue, mais accompagnée de deux terrifiants molosses et, quelques rues plus loin, une femme habillée comme si elle se trouvait en Sibérie au coeur de l'hiver. Plus tard, coincés dans la circulation, nous avons vu un homme descendre de son camion et tabasser le conducteur de la voiture qui le suivait. Oui, New York projetait l'image à laquelle nous nous attendions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, une jeune fille qui distribuait des prospectus à l'entrée d'un musée vint adoucir le portrait. Souriante, avenante, elle nous fit la conversation. Ce fut le seul élément positif de notre visite en sol américain. Nous quittâmes New York renforcés dans notre conviction qu'il s'agissait d'une ville peuplée de fous, dangereuse et menaçante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Michel tenait beaucoup à aller à Vancouver, et insistait pour que je l'accompagne. Je m'offris donc un petit congé conjugal et, aux frais de Michel, m'embarquai encore une fois pour cette lointaine ville.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avions en tout et pour tout 150 $, une fois les billets payés. Soucieux d'économiser, nous fîmes quelques provisions avant le départ. Mais nous n'avions pas pensé qu'il y avait un bar dans le train... Le voyage se passa relativement bien, mais la bière n'était pas donnée. À notre arrivée à Vancouver, nous n'avions plus un rond!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le voyage durait trois jours. Nos provisions devaient, elles aussi, durer trois jours. Le deuxième jour, cependant, un malheureux accident les altéra. Nous avions apporté des oeufs dans le vinaigre; je ne me souviens plus si le pot se brisa ou s'il fut mal refermé, mais le vinaigre se répandit dans tous les aliments. Je peux vous assurer que se nourrir de pain mouillé de vinaigre n'est pas une expérience agréable. Mais à la guerre comme à la guerre! Quand on a faim, on se contente de peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous passâmes la dernière soirée en train avec deux charmantes jeunes filles de Vernon, une petite ville nichée dans les Rocheuses. Nous tentions de leur enseigner des rudiments de français, une véritable partie de plaisir. Après des heures de répétition, de bavardage, de cris enjoués et de rires, un voyageur, excédé, nous pria fort peu poliment de la fermer. Il est vrai que la nuit avançait. Nous nous sommes donc calmés, puis endormis. Durant la nuit, le système de chauffage du wagon s'emballa et la température devint anormalement chaude. Enroulé dans mon sac de couchage, je me réveillai trempé de sueur. Nous venions d'arriver à Vernon. Je sortis dans la nuit hivernale en t-shirt. J'eus à peine le temps de voir les deux jeunes Canadiennes anglaises quitter le quai. Un petit signe de la main fut nos seuls adieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vancouver ne se révéla pas aussi idyllique que Michel l'espérait. Nous n'avions plus un sou, aussi ne nous restait-il qu'une seule option si nous ne voulions pas dormir dans un parc : l'Armée du Salut. C'est parmi les clodos, timbrés ou non, après une douche obligatoire dans une aire ouverte, que nous passâmes notre première nuit en Colombie-Britannique. Michel n'apprécia pas l'expérience, ni moi, d'ailleurs. Dès le lendemain, nous nous mîmes en quête d'un nouveau gîte. Le Pacific Hostel nous accueillit. Une grande bâtisse à plusieurs étages qui logeait tous les jeunes errants de la ville. La discipline y était militaire, mais on pouvait y manger. Et les responsables nous donnaient quelques sous chaque semaine pour notre tabac. Ce n'était pas le paradis, mais ce n'était pas l'enfer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous vécûmes un mois en ce lieu. Le jour, nous flânions dans les rues, désoeuvrés. Le soir, nous nous rendions dans le Gastown, une sorte de Vieux-Montréal à la sauce britannique. Nous quêtions quelques sous pour nous offrir une bière, puis nous rentrions au foyer. Michel  ne supportait pas bien ce régime et avait le mal du pays. Il téléphona à ses parents pour qu'ils lui envoient de quoi payer le voyage de retour. Dans mon esprit, je pensais revenir sur le pouce avec Michel et utiliser l'argent qu'il recevrait pour acheter de la nourriture. Mais il ne l'entendait pas ainsi. Il m'annonça qu'il rentrait à Montréal et qu'il m'enverrait de l'argent, «dès qu'il le pourrait», pour que je puisse à mon tour revenir. La belle affaire!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois qu'il fut parti, je me suis rendu compte que jamais, de toute ma vie, je n'avais été aussi libre. J'étais seul, dans une ville «étrangère», pouvant disposer de mon temps à ma guise, sans me préoccuper de quoi que ce soit ni de qui que ce soit. Alors j'en profitai pleinement, mentalement. C'était une belle sensation que de me promener au gré de mon inspiration, de faire ce que je désirais faire sans autrement m'inquiéter de plaire ou de déplaire à quiconque. Évidemment, un tel bonheur ne pouvait durer éternellement. Il me fallait trouver un moyen de rentrer à Montréal, auprès de ma petite famille. C'est Noël Chevrier, un garçon avec qui j'avais travaillé à l'ancien ministère des Postes, qui me fit parvenir l'argent nécessaire au voyage. Un beau geste, compte tenu du fait qu'on ne se connaissait pas beaucoup. Je n'ai jamais oublié sa générosité, et je lui ai rendu cet argent, bien sûr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le voyage de retour, en autobus, se déroula bien, d'autant plus que je fis une rencontre que je n'oublierai jamais. Nous faisions une halte de quelques heures à Calgary. Il faisait un froid de canard, aussi demeurai-je à l'intérieur de la gare routière. Bientôt, je remarquai une jeune Amérindienne qui semblait attendre le même autobus que moi. Quand la chose se confirma, je ne pouvais qu'espérer que le sort me sourit. Je montai le premier à bord de l'autobus. Peut-être viendrait-elle s'asseoir à mes côtés. Mais il en fut autrement. Une femme assez corpulente, un bébé sur les genoux, prit le siège voisin du mien. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je jasai quelques minutes avec la dame avant de m'installer pour dormir; la nuit tombait. Quand je me suis réveillé, ô miracle, la jeune Amérindienne était à côté de moi. Elle avait échangé sa place avec celle de ma première voisine, qui désirait rejoindre une amie. Je ne m'en plaignis point. La nuit fut délicieuse. Nous parlions tout doucement pour ne pas importuner nos compagnons de route. Elle s'appelait Tricia Desnomies et se rendait chez sa tante, à Regina. Au fil des heures, notre intimité crût. Jamais mes doigts n'avaient caressé une peau aussi douce, vraiment, et je ne retrouverais jamais cette douceur. De tendres baisers adoucirent le trajet jusqu'en Saskatchewan. Nous convînmes de prendre un café en arrivant à destination mais, sitôt débarquée à Regina, Tricia constata que sa tante l'attendait. Nous nous quittâmes donc en échangeant un long regard. Évidemment, je ne la reverrais jamais. Un peu triste comme pensée, mais un souvenir heureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La première fois que j'ai vu l'océan, c'était à Hampton Beach, une petite ville de la côte Est américaine, au New Hampshire. Christiane et moi avions fait garder les enfants. Notre première excursion en couple sans la marmaille. Nous avions loué une chambre dans une espèce de pension tenue par des gens d'un certain âge, bien gentils. Ils nous invitaient tous les soirs à regarder la télévision en leur compagnie, mais nous déclinions leur offre, tout au plaisir de nous trouver seuls dans notre chambre. Ce fut une semaine de rêve : il a plu tous les jours, et rien ne sied mieux à mon caractère que la pluie qui tombe. Chaque matin, j'allais m'installer sur un rocher où la mer venait se briser dans un grand fracas. Je restais là des heures, sous la pluie, ne me lassant pas du spectacle des vagues écumantes. La plage était évidemment déserte, personne ne troublait ma quiétude. Puis je rejoignais Christiane, et les heures s'écoulaient dans une douce oisiveté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une virée nous mena à Boston, une journée, toujours sous la pluie. Magasinage, repas, promenade, cette ville était bien sympathique, mais Dieu qu'y circuler en voiture était compliqué. Et en sortir représentait un véritable défi. Si bien qu'après plusieurs essais qui nous ramenaient toujours à notre point de départ, nous décidâmes d'emprunter une route opposée à  celle devant nous conduire à destination. Et c'est au prix d'un très long détour que nous pûmes enfin rentrer à notre pension d'Hampton Beach.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant de revenir à Montréal, je recueillis un petit crabe égaré sur la plage. Malgré des soins attentifs et l'eau de mer que j'avais rapportée, le pauvre crabe ne survécut que quelques jours à son déracinement. L'air québécois ne lui convenait peut-être pas. À suivre...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4029154030172116269?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4029154030172116269/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4029154030172116269&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4029154030172116269'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4029154030172116269'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/voyages.html' title='Voyages'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Ro2wNHkhXwI/AAAAAAAAAGM/bMcOjDYgzZI/s72-c/avion-armee-photos-depart-terrain-932703.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4180949502136548409</id><published>2007-07-02T20:32:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:48:50.736-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Les amourettes</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RomZrNd4MhI/AAAAAAAAAGE/5Dz02sfzjqQ/s1600-h/Balthus+08.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RomZrNd4MhI/AAAAAAAAAGE/5Dz02sfzjqQ/s200/Balthus+08.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5082762622092718610" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Il suffit parfois d'entendre une pièce musicale pour plonger dans une mer de souvenirs, et il ne s'agit pas toujours d'une expérience agréable. Les souvenirs, aussi doux soient-ils, sont souvent porteurs d'une souffrance inextinguible, souffrance qui émane de toutes ces choses que nous n'avons pu compléter, de tous ces espoirs que nous n'avons pu concrétiser, de tous ces projets laissés en plan, volontairement ou non. Et qui émane aussi de ces amours qui jamais ne se sont incarnées. Ainsi, une musique de Joaquin Rodrigo saura toujours me torturer, me faire si mal qu'il m'arrive d'être incapable de l'écouter. Cette musique évoque une si belle illusion qu'elle me donne parfois des envies de mourir. Juste des envies, parce que, finalement, j'aime profondément l'existence, et que d'espoirs je peux vivre, et que de patience je peux user, aussi vains que puissent paraître mes efforts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais les souvenirs ne sont pas que noirceur et tristesse, que spleen et mélancolie. Ils sont aussi des rappels de moments joyeux ou heureux, la preuve qu'il fut bon d'être vivant, d'être jeune, d'être aimé et d'être aimant. Des clins d'oeil à notre vie qui s'étire au-delà du demi-siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il y a des amours tragiques, de longues amours, des amours passionnées, bien sûr, mais il y a également de petites amours, celles qui viennent, comme une brise rafraîchissante, carresser légèrement notre coeur. Elles durent ce que durent les fleurs, elles sentent bon et, surtout, elles ne nous malmènent pas trop. Elles vivent une journée, une semaine, parfois une seule soirée, et même l'instant d'un soupir. Pourtant, elles s'incrustent en notre être, sans raison apparente. Je voudrais bien qu'on m'explique pourquoi je peux encore penser, à l'occasion, à cette enfant croisée dans un commerce de Saint-Alexis-des-Monts. Vision aussi brève qu'éblouissante dont je n'ai jamais pu me débarrasser. Je voudrais bien qu'on m'explique pourquoi défilent encore en mon petit crâne des images d'une dénommée Guylaine que j'ai rencontrée trois ou quatre fois. Elle aimait trop le bowling pour que je m'y attache vraiment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voudrais bien qu'on m'explique, mais je crois qu'il n'y a aucune rationalité dans le fait qu'on se souvienne d'une personne ou qu'on l'oublie. Question de circonstances, j'imagine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le hasard est souvent amusant. J'ai déjà mentionné en ces pages le nom de Rosanne, une jeune fille dont Gilles B. était sérieusement épris. Eh bien, des années plus tard, elle allait faire brièvement partie de la famille, en quelque sorte, en devenant la belle-soeur de ma soeur D. Son mariage n'a pas duré, et elle est retombée dans les limbes dont elle n'aurait jamais dû sortir. C'est que je ne l'aimais pas beaucoup, moi, cette Rosanne. Jeune adolescente, elle était déjà d'une suffisance horripilante. Sans doute était-elle belle mais, selon moi, elle ressemblait davantage à une poupée de porcelaine qu'à une jeune fille qu'on voudrait serrer dans ses bras.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette Rosanne avait une amie, Hélène Descoteaux, et Gilles aurait bien voulu que je m'en amourache. Moi, je résistais. Cette fille ne m'attirait pas. Je la trouvais un peu ronde, mais il s'agissait surtout d'un prétexte. Quand Gilles me demandait pourquoi je ne voulais pas sortir avec Hélène, je répondais : «Est big!» Compte tenu de ma prononciation (je n'ai jamais été champion de diction), ça sonnait davantage comme «a big». Longtemps, très longtemps, Gilles allait faire de ce «a big» un sujet de moquerie. En vérité, cette Hélène était sans doute une délicieuse jeune personne. Un jour, il m'a semblé qu'elle pourrait être une agréable compagne. En fait, elle était très jolie, et elle n'était pas un échalas comme Rosanne. Alors que je m'ouvrais de mes intentions à Gilles, il m'apprit qu'Hélène avait maintenant un amoureux. Fin de l'histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je venais juste de rentrer de Nominingue. Gilles m'appela, excité : rendez-vous au parc Ahuntsic en début de soirée. Je le trouvai en compagnie d'une jeune fille que je ne connaissais pas, sa nouvelle blonde. Elle s'appelait Micheline. Elle semblait manquer d'assurance et était apparemment subjuguée par le beau Gilles. Ce crétin s'amusait à l'humilier. Par exemple, il lui demandait de m'embrasser, et elle s'exécutait, de peur de lui déplaire. Moi, pas plus fin, je profitais de l'occasion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne me rappelle plus très bien comment les choses se sont passées mais, bientôt, Gilles l'a laissée. Elle est alors devenue ma copine, et je crois bien que ce fut ma première vraie blonde «officielle». C'est elle qui m'a accompagné au mariage de ma soeur R. Mais je n'étais pas stupide, et je savais bien qu'elle sortait avec moi pour avoir le bonheur de rencontrer Gilles. Après quelque temps, j'ai décidé de mettre fin à notre relation, mais elle a beaucoup insisté pour que nous restions ensemble, tant et si bien que j'ai accepté. Oui, m'avoua-t-elle, son but premier était de ne pas s'éloigner de Gilles mais, maintenant, elle m'aimait. Sa sincérité était évidente, la mienne, un peu moins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Micheline était plus vieille que nous et pouvait sortir plus tard que les autres filles que je fréquentais. Le plus souvent, nous nous voyions à vingt et une heures. Ce qui me laissait du temps à tuer avant de la rejoindre. C'est à cette époque que j'ai rencontré Diane L. Je l'avais déjà vue, l'hiver précédent, mais je ne m'y étais pas autrement intéressé. Un soir, elle est arrivée chez les B. Elle m'a tout de suite plu. Avec ses cheveux bouclés, sa petite bouche rouge et ses grands yeux, elle était mignonne. Il n'était pas question que je laisse passer l'occasion. Je l'ai harcelée une soirée durant, ne lui laissant aucun répit. Finalement, je l'ai coincée sur le balcon; j'exigeais qu'elle m'embrasse. Voyant que je ne céderais pas, elle s'y résolut. Ce premier baiser scella notre union. J'avais une nouvelle blonde. Le problème, c'est que j'en avais déjà une, de blonde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Diane était très jeune, et ses parents, plutôt sévères. Aussi rentrait-elle tôt. Les choses ne pouvaient  mieux se présenter. Je passais le début de la soirée avec Diane, et la terminais avec Micheline. Mais même les meilleurs stratégies ne durent qu'un temps. Un soir, Diane partit, comme d'habitude, et Micheline s'amena. Alors que j'étais avec elle, Diane revint. J'en ai oublié la raison, mais pas le résultat...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai réussi à me réconcilier avec Diane... et Micheline. Mais cette «double vie» ne pouvait durer éternellement.  Bientôt, je n'eus plus de blonde du tout. Le souvenir que je garde de Diane est fait de baisers sucrés, de «slows» collés et, peut-être, d'un amour qui n'était pas aussi anodin que je voulais le croire. Quant à Micheline, un sort malheureux l'attendait : un garçon que je nommerai pas ici l'a violentée, une nuit. Lorsque j'ai appris la chose, j'ai mal agi. Une des grandes hontes de ma vie. Dans les années qui suivirent, j'ai croisé Micheline à quelques reprises. Jamais plus nous ne nous sommes adressé la parole : elle se contentait de me regarder avec des yeux sombres et dédaigneux, et je me contentais de baisser la tête, piteux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Rien n'est vraiment simple dans la vie. Et notre avenir repose souvent sur le hasard. Nous sommes en janvier 1970. Un «party» doit avoir lieu chez Gilles et Michel, et je meurs d'envie d'inviter une demoiselle que je trouve bien charmante, Francine Lefebvre. Le hic, c'est que cette Francine a une amie, Renée A., qui en pince sérieusement pour moi. Mais l'objet de mes rêves, c'est bel et bien la Francine, et je ne peux rien y faire. Je la connais bien, nous sommes toujours assis ensemble dans les cours d'anglais, où nous jouons aux cartes ou jasons sans autrement nous préoccuper des efforts que fait M. Tadros pour nous intéresser à la langue de Shakespeare.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je dois l'inviter, et je me rends compte que ce n'est pas facile. Quand il s'agit de déconner, je suis toujours partant, mais là, je suis plus ou moins paralysé par la gêne. Il faut dire que la belle Francine n'est plus une enfant, presque une femme, déjà. Des courbes qu'on ne peut pas ne pas remarquer, des attitudes équivoques, des sourires enjôleurs. En sa présence, je ne suis plus le Cyrano frondeur que je sais être, mais un angoissé du coeur qui doute de ses moyens. Et puis il y a Renée qui est toujours dans les parages, obstacle délicat à déplacer, compte tenu de son statut auprès de ma belle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, je me lance, à la sortie d'un cours. D'une voix mal assurée, je lui demande si elle voudrait m'accompagner à une petite fête chez des copains. Elle sourit, puis accepte. Je suis ému, fortement ému : sa réponse confirme le fait que je ne la laisse pas indifférente. Je flotte pendant quelques minutes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n'est jamais venue à cette fête. Je l'ai attendue, inutilement. Mais Christiane s'y trouvait, une amie de Robert que j'avais rencontrée la semaine précédente. J'ai beaucoup bu, dit beaucoup de niaiseries, brisé mes lunettes... et observé cette jeune femme qui n'était pas sans charme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il nous arrivait de traîner très tard dans les rues, ou de finir la soirée au parc Ahuntsic après avoir mangé un sandwich au poulet dans un restaurant chinois du boulevard Henri-Bourassa. Cette nuit-là, nous étions au parc. Il y avait Robert et Claude, moi, et Gilles ou Michel, je ne me souviens plus très bien. Il devait être environ deux heures du matin. La soirée achevait, nous nous préparions à rentrer. Soudain, nous aperçumes deux jeunes dames qui traversaient le parc. Nous ne trouvâmes rien de mieux à faire que de les accompagner en débitant de lourdes stupidités. Leur présence en ce lieu était quand même surprenante... et peu prudente. Quelle jeune femme s'aventurerait dans un parc, en pleine nuit? Pourtant, elles ne semblaient pas craintives, et rigolaient en nous écoutant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bientôt, l'une d'entre elles nous annonça qu'elle devait rentrer. L'autre nous dit de l'attendre pendant qu'elle raccompagnait son amie. Nous n'y croyions pas vraiment. Pourtant, au bout d'une dizaine de minutes, elle réapparut. Elle était plus âgée que nous. Peut-être avait-elle dix-sept ou dix-huit ans. Elle se prénommait Françoise. Nous ne rigolions plus. Que devions-nous faire? Qu'allait-il se passer? Que voulait-elle? Après quelques minutes, elle nous invita chez elle... chez ses parents, en fait. Interdits, nous étions muets. Mais nous la suivîmes. Elle habitait tout près du parc. Elle nous fit descendre au sous-sol. Son père donnait des cours d'anglais, et le sous-sol était organisé comme une classe : on y trouvait une grande table et un tableau. Nous nous amusâmes à dessiner, c'est tout ce dont je me souviens. Je ne sais toujours pas ce que cette fille désirait, ni même si elle désirait quelque chose. Nous repartîmes sans avoir rien entrepris auprès de la demoiselle. Mais, encore aujourd'hui, je me pose des questions...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;De toutes les relations que j'ai vécues, aucune ne fut plus étrange que celle que j'entretins brièvement avec une jeune fille nommée Céline Lewis. Il s'agissait d'une amie de Ginette Moran, une ancienne petite fiancée de Robert qui cherchait, selon toute évidence, à renouer avec son blond chevalier. Je ne connaissais ni Céline ni Ginette. Pourtant, un après-midi, cette dernière me téléphona, se présenta, et me dit qu'elle voulait me faire rencontrer une de ses amies. Du tout cuit, quoi! Pouvais-je refuser?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elles arrivèrent bientôt à la maison. Je dois dire que Céline était une bien jolie fille, avec de très longs cheveux. Nous nous installâmes dans le recoin du sous-sol qui me servait de chambre. À cette époque, aucun mur n'avait encore été construit; seuls de longs rideaux séparaient mon coin de celui de ma soeur J.  Nous étions tous les trois assis, silencieux, mais vraiment silencieux. Nous n'échangions aucun mot, nous ne disions rien, absolument rien. Une vraie torture. Je crois même que ma soeur intervint à un moment donné, ne supportant plus notre silence. Mais en vain. Je ne sais pas combien de temps elles restèrent, mais au moins deux heures. Aucun mot ne fut prononcé, aucun. Finalement, elles se levèrent et partirent, à mon grand soulagement. Je ne sais pas pourquoi il en fut ainsi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je croyais l'affaire terminée, mais quelle ne fut pas ma surprise de recevoir un coup de fil de Céline quelques jours plus tard! Elle me demanda si je voulais toujours sortir avec elle. Évidemment! Nous nous retrouvâmes au petit centre commercial Concorde. L'omniprésente Ginette accompagnait «ma» blonde. Nous nous promenâmes une bonne heure... sans échanger un seul mot. Je ne revis plus jamais Céline.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Il resterait bien des anecdotes à relater. Peut-être y reviendrai-je, car les amourettes, malgré leur brièveté, ont toutes leur importance. Elles ont contribué, à leur manière, à façonner la personne que je suis devenu et aucune, à mes yeux, ne mérite d'être oubliée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4180949502136548409?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4180949502136548409/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4180949502136548409&amp;isPopup=true' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4180949502136548409'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4180949502136548409'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/07/les-amourettes.html' title='Les amourettes'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RomZrNd4MhI/AAAAAAAAAGE/5Dz02sfzjqQ/s72-c/Balthus+08.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-637013612186086727</id><published>2007-06-29T00:57:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:49:33.445-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amitiés'/><title type='text'>Robert</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Ryf9yR77kgI/AAAAAAAAAJM/Z6OEW48ZBE8/s1600-h/Robert.gif"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Ryf9yR77kgI/AAAAAAAAAJM/Z6OEW48ZBE8/s200/Robert.gif" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5127345741034656258" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;L’avantage de fréquenter une famille nombreuse comme les B., c’est que chacun a ses amis et relations, si bien que mille rencontres sont possibles. Des rencontres amicales, bien sûr, mais surtout des rencontres amoureuses. Il y avait tant de jolies filles dans notre petit cercle, à cette époque, qu’il ne s’avérait pas nécessaire d’avoir une vraie blonde. Au gré de nos humeurs, nous étions tantôt avec l’une, tantôt avec l’autre. Évidemment, personne n’était à l’abri d’un coup de cœur : je me souviens de la cour effrénée que je menai auprès de Diane L. Cette cour ne fut en rien discrète ou subtile, mais elle aboutit à des résultats concluants; pour un temps, j’eus donc une blonde officielle.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Une douce euphorie baignait ces années. Tous, nous ressentions ce puissant sentiment de dominer le monde. Tout était facile, et nous n’en étions qu’à nos premiers pas dans la vie. Et des expériences excitantes nous attendaient, dont le passage au secondaire… et de nouvelles amitiés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J’ai connu Robert en septembre 1967. Il n’avait pas encore douze ans et moi, j’avais fêté mon treizième anniversaire en juin. Je garde un souvenir impérissable du jour où nous nous sommes rencontrés. Nous commencions alors notre cours secondaire à l’école Saint-Jean, à Laval. Le premier jour de classe, pour je ne sais plus trop quelle raison, je me suis retrouvé au tableau, où je devais écrire les noms de différents élèves, dont celui de Robert; il s’est approché et m’a dit : «Robert C…, et écris mon nom comme il faut, sans ça, j’te casse la gueule!» Il faut savoir qu’à cette époque, Robert n’était pas bien grand : un petit blondinet qui n’impressionnait personne avec ses airs de faux dur. Je l’ai regardé, et j’ai ri. Lui aussi a ri : il ne représentait certainement pas une menace, et je pense qu’il le comprenait. Mais le sort en était jeté : comme on tombe amoureux, je crois qu’on « tombe ami ». Dès cet instant, j’ai su que j’avais un nouveau personnage dans ma vie, quelqu’un d’assez peu ordinaire. Et ce sentiment, je pense que Robert l’a aussi ressenti. Nous sommes rapidement devenus inséparables, à tout le moins à l’école. Et, incidemment, je connaissais la graphie de son nom.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le début du secondaire a été une bonne période de notre vie. Et l’atmosphère était merveilleuse à Saint-Jean. Deux groupes tentaient de s’apprivoiser : les &lt;i style=""&gt;bums&lt;/i&gt; de Pont-Viau et les «fils de riches» de Duvernay. Car c’est ainsi que nous percevions la situation, née de préjugés, bien sûr, mais reposant aussi sur un fond de vérité : &lt;i style=""&gt;bums,&lt;/i&gt; nous l’étions, et nous le revendiquions; quant aux fils de riches, c’était une autre histoire. Une chose demeure, cependant : les deux groupes s’observaient et s’attiraient mutuellement. Certains voulaient s’encanailler, d’autres étaient séduits par un train de vie qu’ils ne connaissaient pas. La chimie résultant des interactions entre les deux groupes a cimenté nombre d’amitiés, et généré une douce folie qui allait pleinement s’exprimer l’année suivante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les gars de Pont-Viau, ceux de ma bande, étaient sans le sou, c’est entendu, mais non sans ressources : on faisait les quatre cents coups, on «piquait» ce dont on avait besoin ou envie, on magouillait à droite et à gauche, on se débrouillait avec les moyens du bord. Des bagarres, à l’occasion, mais jamais rien de bien sérieux. Ce côté garnement que j’affichais a certainement attiré Robert, qui désirait être à la hauteur de la réputation de son frère Daniel, déjà bien établie, côté «mauvais coups», à l’école. Mais, il faut le dire, il n’était encore qu’un enfant, à ce moment-là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais deux grands amis à cette époque, comme je l’ai déjà mentionné : les frères B., Gilles et Michel. Gilles était le plus vieux, le plus dur, le plus bagarreur, bref, le plus voyou. Michel, pour sa part, sans doute à cause de sa timidité et de son caractère effacé, jouait bien souvent le rôle de souffre-douleur dans notre petit groupe. Claude, mon cousin, joignait fréquemment notre trio. À ce noyau se greffaient d’autres « éléments » qui allaient et venaient, au gré des circonstances. Robert n’a pas immédiatement rallié notre bande. En effet, durant la première année, nos fréquentations étaient purement scolaires, nous ne nous voyions pas à l’extérieur de l’école, à quelques exceptions près, dont la fois, au printemps 1968, où je me suis fendu le crâne en chutant au mont Royal. Je suis sorti de l’hôpital la tête enturbannée, comme si je souffrais d’une fracture du crâne : l’effet était spectaculaire et m’a permis de sauter plusieurs cours de gymnastique. À cette époque, je me suis rendu une fois rue d’Ailleboust, mais je ne garde qu’un très vague souvenir de cette visite; je me souviens pourtant du chien, Prince. Et puis Robert était venu chez moi, rue Jubinville, un soir : mon père nous avait surpris à fumer (la cigarette, bien entendu). J’ai eu droit à un petit sermon après son départ. Je me rappelle aussi être allé avec Robert au Forum pour voir un spectacles des Ices Capades. Son père avait eu des billets, par le &lt;i style=""&gt;Journal de Montréal, &lt;/i&gt;je pense, où il travaillait alors. Il s’agit là de moments plutôt rares. Pour le reste, nous nous voyions à l’école. Même qu’à la fin de l’année scolaire, nous nous sommes laissés sans faire de projets quant à l’été qui venait. Je me souviens d’avoir rencontré Robert une fois au cours de l’été 1968 : il se promenait à bicyclette avec un camarade. Si je l’aimais beaucoup, je dois dire qu’à mes yeux, il me paraissait bien «jeune» (j’étais tellement vieux!) : il ne cadrait pas vraiment avec le reste de la «gang». Nous avions échangé un bref salut et chacun avait poursuivi son chemin. Robert allait souvent, par la suite, évoquer cette rencontre en insistant sur le fait que j’avais, à ce moment-là, l’air «bête». Tellement bête, en fait, qu’il n’avait pas amorcé la conversation, de crainte de se faire rabrouer. Peut-être avais-je l’air bête, effectivement, mais c’était le matin, et j’ai toujours eu une réputation terrible par rapport à mon humeur matinale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La première année à l’école Saint-Jean fut merveilleuse à maints égards, et notre titulaire, M. Thibault, joua un grand rôle dans nos vies au moment où s’amorçait l’adolescence. Il y eut ces soupers de classe qui allaient créer l’esprit de corps qui unissait le groupe. Il y avait des gens merveilleux à découvrir. Je me souviens bien d’un dénommé Claude Viau. Ce garçon me séduisait par sa désinvolture, son aspect bohème, son sourire charmeur. Je lui prêtais nombre de qualités, et je pensais, sans trop savoir pourquoi, qu’il devait avoir un succès fou auprès des filles. Et puis, c’était un gars de Duvernay. Il y eut aussi la tragédie de Robert Lachapelle, un camarade de classe abattu par un policier : il se traîna jusque dans l’escalier de l’église Saint-Gilles, une balle en plein cœur, pour y mourir. La nouvelle eut évidemment l’effet d’une bombe dans la classe (et dans l’école), et je revois les professeurs jouer aux psychologues pour nous expliquer le drame, dont Lauzière, le professeur de mathématiques, qui nous enjoignait de ne pas juger notre camarade (Lachapelle avait été abattu alors qu’il quittait précipitamment une demeure où il était entré par effraction avec un comparse) : le pauvre, il ne comprenait pas qu’on se foutait des motifs (qui suscitaient d’ailleurs notre admiration plutôt que notre réprobation). Ce qui nous touchait vraiment, c’était qu’un flic avait descendu un de nos amis. La classe entière s’était rendue auprès de la dépouille, exposée, exceptionnellement, au regard des circonstances, en l’église même. Je revois sa mère, une grande blonde qui, malgré sa douleur, parvenait à nous remercier en souriant tristement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Notre relation allait connaître son plein épanouissement au cours de l’année scolaire 1968-1969, l’année de la fameuse 211-A. Je n’avais encore jamais connu de classe aussi folle, et je n’en connaîtrais plus d’autres semblables, d’ailleurs. Robert et moi sommes alors devenus inséparables, jouissant pleinement de la turbulence ambiante. Tout était bien dans cette classe, et le groupe constituait un exemple tout à fait remarquable de solidarité dans la connerie. Ce fut vraiment une année de rêve : nous allions nous amuser, des années durant, à nous remémorer nos frasques et nos coups pendables. Côté amitié, cette année-là fut, je crois, déterminante pour moi et Robert. C’était à celui qui serait le plus fou, le plus téméraire; aucune limite ne venait freiner notre audace. Nous nous sommes véritablement «soudés» à ce moment-là. Dans la classe, ce n’était plus de la folie, mais bien de la démence. Notre titulaire se nommait Victorin Perron : il tint le coup. Les autres professeurs s’en tirèrent beaucoup plus mal. M. Lewis, entre autres, notre professeur d’anglais, a carrément perdu les pédales. La situation devint à ce point grave qu’il y eut une rencontre spéciale des parents; je ne me souviens pas que cette réunion ait eu quelque effet sur notre comportement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre classe se trouvait au rez-de-chaussée, alors que tous les autres groupes de huitième et neuvième année étaient à l’étage. Nous nous situions donc au niveau des «grands» et, surtout, au niveau des filles du cours qu’on appelait alors «commercial». La situation était bien plaisante. Il faut dire que les filles comptait pour une grande part dans nos préoccupations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Évidemment, le début de l’adolescence constitue une période où la pensée magique fonctionne à plein régime. Tout nous semblait possible, tout nous paraissait réalisable; rien, apparemment, ne pourrait nous résister. Nous échafaudions les projets que nous voulions, nous foutant de savoir si oui ou non nous les réaliserions. L’important, c’était de «carburer», et Dieu sait si nous carburions! Robert était le plus fou, le champion de la connerie; il se bâtissait une réputation auquel nul ne pouvait prétendre. On l’admirait ou on le craignait, personne ne savait où mènerait sa démesure. Il était extrêmement valorisant, dans cette perspective, d’être son meilleur ami; j’en étais fier, je dois le dire. Par contre, je sentais bien que l’ouragan Robert masquait une grande vulnérabilité et un immense désir de plaire  : il quêtait mon approbation, et nombre de ses coups d’éclat n’avaient d’autre but que celui de m’épater. Nous formions vraiment une paire d’amis, de vrais amis : nous nous complétions. De la façon dont je perçois et comprends les choses, je pourrais dire que j’étais l’élément qui tempérait les élans trop déments du duo, alors que Robert était celui qui pouvait nous emmener en orbite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un autre facteur qui a concouru à créer notre «union» fut évidemment les filles. Robert mentionnait souvent qu’il avait eu une blonde, qui se nommait Ginette Moran (je ne sais si j'orthographie bien son nom). Pour ma part, je connaissais toute une flopée de jeunes filles, dont Diane B. et ses copines, Céline Smith, et d’autres encore. Robert venait parfois à Pont-Viau se mêler à la racaille; rencontrer ces jeunes personnes l’excitait beaucoup. Mais, à cette époque-là, nos relations extrascolaires n’étaient pas encore soutenues. Aussi nos confidences devaient-elles contenir une bonne part de vantardises ou de pures inventions. J’avais cependant une blonde «régulière» au cours de l’automne 1968 : Diane. Notre histoire devait se terminer avant Noël.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus le temps passait, plus nous étions inséparables. De fréquentes, nos relations allaient bientôt devenir quotidiennes. Quatre personnes formaient le noyau dur de notre groupe : moi, Robert, Michel B. et Claude N., mon cousin. Gilles gravitait encore autour de nous, mais ses préoccupations quant à l’argent et aux « chars » le portaient ailleurs. Sans doute pourrais-je écrire des centaines de pages sur nos innombrables frasques, mais ce n’est pas mon intention. Il faut quand même dire que ce fut une période fébrile, pleine d’expérimentations, ouverte sur un avenir prometteur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce sens, l’année 1970 s’avérerait capitale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-637013612186086727?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/637013612186086727/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=637013612186086727&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/637013612186086727'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/637013612186086727'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/robert.html' title='Robert'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Ryf9yR77kgI/AAAAAAAAAJM/Z6OEW48ZBE8/s72-c/Robert.gif' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4656236203005047014</id><published>2007-06-24T08:18:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:50:10.738-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Voyages'/><title type='text'>Vancouver</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rn5hJ_IvUjI/AAAAAAAAAFs/0YrMF0tKuAU/s1600-h/Vancouver.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rn5hJ_IvUjI/AAAAAAAAAFs/0YrMF0tKuAU/s200/Vancouver.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5079604253915304498" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Nos premiers pas dans Vancouver se firent dans l’allégresse d’une liberté que jamais encore nous n’avions connue. À 16 ans, sans aucune contrainte, nous pouvions errer dans cette ville qui, dès les premiers instants, nous charma par ses attraits. Nous avions tout à découvrir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sitôt sorti de la gare, je vis les autobus électriques qui, à cette époque, roulaient encore dans les rues de Vancouver. J’en fus étonné et ravi. Il y avait déjà quelques années que ces autobus avaient disparu du paysage montréalais, avec leurs longues tiges qui rejoignaient l’enchevêtrement des fils qui quadrillaient le ciel. Les redécouvrir me réchauffait le cœur. Et puis il y avait ces Chinois, partout. Et c’est dans une minuscule épicerie tenue par une Chinoise que nous nous procurâmes de quoi faire notre premier repas en sol britanno-colombien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il y avait surtout cette ambiance tout à fait particulière qui régnait à cette époque dans la ville, la San Francisco du Nord, où échouait toute une jeunesse en quête d’un monde meilleur, animée d’idéaux dont l’utopie tenait sans doute plus aux doux effluves de la marijuana qu’à une saine compréhension de l’univers. C’était absolument merveilleux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il y avait aussi la réalité, et les plates contingences de la vie. Portés par une pensée magique qui nous avait fait croire que tous les problèmes s’aplaniraient du seul fait que nous désirions qu’il en soit ainsi, nous croyions certainement qu’il serait facile de trouver un gîte où nous réfugier. Tant d’histoires couraient sur Vancouver. Des jeunes que nous avions rencontrés nous avaient dirigés vers Kool-Aid, un organisme qui s’occupait des ados qui traînaient dans les rues vancouvéroises. Rien d’intéressant pour nous à cet endroit. Puis nous parlâmes à quelques autres personnes, mais aucune n’avait de solutions concrètes à nous proposer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme la nuit tombait, nos illusions perdirent de leur éclat, et une certaine inquiétude vint troubler nos jeunes cœurs. Christiane, d’ailleurs, versa quelques larmes. Devions-nous nous résigner à passer cette première nuit à Vancouver à l’extérieur? À dormir à la belle étoile? Cette perspective n’était guère attrayante et, je dois le dire, une certaine angoisse nous habitait. C’est alors que nous vîmes une jeune homme que nous avions aperçu plus tôt dans la journée. Il travaillait à la réfection de la façade d’une maison. Peut-être habitait-il là? Peut-être pourrait-il nous héberger? Notre dernier recours! Nous nous approchâmes pour lui demander l’hospitalité. Il était fort sympathique et, après nous avoir écoutés, nous pria d’attendre quelques minutes : il devait consulter des gens à l’intérieur de la maison. Il revint bientôt, porteur d’une bonne nouvelle : nous pouvions dormir là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes ainsi entrés au sein d’une «famille» typique de la côte Ouest de l’ère hippie. Ils vivaient à cinq dans cette maison. Quatre venaient de la petite ville de Woodstock, en Ontario, l’autre, de Winnipeg. Il y avait Rea Van Hees, celle qui semblait être l’âme dirigeante du groupe, Jeff, le garçon qui nous avait accueillis, John, qui tenait davantage du motard que du hippie, et un garçon dont le nom m’échappe (je crois qu’il s’appelait Dave). Le quintette était complété par une jeune fille d’origine hongroise, Mariette Domokos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils nous reçurent avec une belle générosité. Et dès le lendemain, il fut entendu que nous pouvions rester avec eux aussi longtemps que nous le désirions. Moi et Christiane étions aux anges. Nous n’avions plus à penser à trouver un toit. Dès lors, nous explorâmes Vancouver avec ravissement. Évidemment, il fallait songer, quotidiennement, à trouver de quoi nous nourrir, mais personne ne semblait réellement s’en faire avec cette question bien prosaïque. Le matin, John et Dave sortaient et rapportaient des œufs et d’autres vivres qu’ils avaient dénichés Dieu sait où. J’imagine qu’ils volaient ces denrées. Quand, au hasard des jours, l'un de nous recevait de l’argent, c’était la fête. Nous organisions alors une grande bouffe où l’alcool coulait à flots. J’ai mangé des choses innommables en ce lieu. Notamment des saucisses hot-dog cuites dans du vin. Inoubliable!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Il n’y avait presque pas de meubles dans cette maison. Une petite table dans la cuisine, quelques chaises dépareillées, un vieux frigo et un four d’une autre époque. Si nous décidions de manger tous ensemble, une porte de chambre déposée sur des briques servait de table. On s’asseyait à l’indienne tout autour, à même le sol, et on mangeait avec appétit le plat qu’un de nous avait concocté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout le monde couchait dans la même pièce, une petite chambre au sous-sol où des matelas avaient été alignés pour former un immense lit. Cette convivialité, à mes yeux, possédait un grand charme. Nous évoluions vraiment dans l’esprit de communauté qui caractérisait cette époque un peu folle : tous pour un, un pour tous! Cette belle solidarité, ce partage intégral des ressources convenaient parfaitement à ma façon de voir les choses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je dormais entre Christiane et Mariette. Une nuit, sans doute éveillé par un mauvais rêve, je me suis pressé contre Christiane et je l’ai enlacée, pour bientôt la caresser. Dans un demi-sommeil, je laissais ma main explorer son corps. Mais quelque chose clochait. Soudain, je me suis aperçu que ma main pétrissait un sein que je ne connaissais pas. Du coup, soudainement tout à fait réveillé, j’ai compris que c’était à Mariette plutôt qu’à Christiane que je prodiguais des douceurs. J’étais confus, mais ma méprise n’avait apparemment pas troublé cette jeune personne, qui s’était laissée peloter sans protester. L’esprit du temps…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes finalement restés un mois avec cette joyeuse bande, avant de revenir à Montréal. Après notre retour, nous avons correspondu quelque temps avec Rea et Jeff qui, eux aussi, avaient regagné leur ville d’origine. Je ne garde que de bons souvenirs de mon premier séjour à Vancouver. Nous y avons vécu des moments exceptionnels. Et j’y ai appris que la faim peut mener à des expériences gastronomiques bien particulières…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4656236203005047014?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4656236203005047014/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4656236203005047014&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4656236203005047014'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4656236203005047014'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/vancouver.html' title='Vancouver'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rn5hJ_IvUjI/AAAAAAAAAFs/0YrMF0tKuAU/s72-c/Vancouver.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-7429674917749597158</id><published>2007-06-22T22:50:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:50:53.426-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Voyages'/><title type='text'>Mouvement</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnyKnvIvUiI/AAAAAAAAAFk/BqJy512Yi5w/s1600-h/01a_002b_3.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnyKnvIvUiI/AAAAAAAAAFk/BqJy512Yi5w/s200/01a_002b_3.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5079086895039730210" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Ma famille ne vivait pas dans l'opulence, c'est le moins qu'on puisse dire. Nous n'étions pas pauvres pour autant. Une maison à Montréal, un chalet dans les Laurentides, et nous mangions à notre faim. C'est juste que, de l'argent, nous n'en avions pas vraiment. Bien sûr, parfois on héritait de cinq sous et, au début des années soixante, cinq sous, ce n'était pas rien, pour un enfant : ils se transformaient en un petit sac de chips, en une quantité impressionnante de bonbons ou en un cornet à une boule, par exemple. Il pouvait aussi arriver que grand-papa nous glisse un dix sous dans la main. Le  nirvana ! Avec cette petite pièce, on accédait à des délices rares : tartelettes Stuart, Mae West, Black Beauty et Cherry Blossom, entre autres. Quant aux vingt-cinq sous, on n'en voyait jamais la couleur, pour ainsi dire. Bref, nous ne manquions de rien, mais aucun superflu ne venait enjoliver le tableau.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;br /&gt;Dans ces conditions, il n'était pas question d'entreprendre de longs périples familiaux. Les seuls déplacements que nous effectuions nous menaient de Montréal à Nominingue, et vice-versa. Il y eut aussi, à quelques reprises, des virées à Ottawa, où habitait ma marraine. C'était habituellement l'affaire d'une journée. En de rares occasions, papa nous emmenait en des lieux aussi «exotiques» que Mont-Laurier et Maniwaki. Mais il ne pouvait être question de véritables voyages, nous n'en avions pas les moyens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt; *&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt; J'étais âgé de 16 ans quand j'ai fait mon premier vrai voyage. Une fugue en compagnie de ma future. Nous avons pris le train à la gare Centrale de Montréal, une fin d'après-midi de septembre. Le quai était sombre et lugubre, et c'est le coeur serré que nous nous sommes installés à nos places : dans nos petites têtes d'adolescents perdus, nous croyions partir pour longtemps, sinon pour toujours. Mais l'expérience était nouvelle pour moi, aussi l’excitation remplaça-t-elle rapidement la tristesse.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;La longue traversée de l’Ontario paraîtrait ennuyante à quiconque. Pour moi, elle avait tout de l’aventure. Les interminables forêts ontariennes s’ouvraient, çà et là, sur de petits villages amérindiens complètement isolés que j’observais avec fascination. À un endroit, nous avons même embarqué une tombe, avec un mort à l’intérieur : apparemment, le train était le seul moyen de quitter le village.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;À l’arrivée à Winnipeg, je me suis précipité à l’extérieur de la gare pour fouler les trottoirs de la ville. Pensez, c’était la première fois que je me trouvais aussi loin de la maison familiale. Le train n’y faisait qu’un bref arrêt de trente minutes, je n’eus donc pas vraiment le temps d’arpenter les rues de cette ville. J’étais néanmoins heureux d’y avoir mis les pieds. Et puis, Winnipeg, c’est la porte d’entrée des Prairies : les immenses plaines, pour qui les contemple une première fois, laissent un impérissable souvenir. Les silos de bois, mille fois observés sur des photos, se tenaient là, devant mes yeux, vestiges d’un passé qui, rapidement, s’étiolait. Je pense qu’il ne reste plus aucun de ces silos, aujourd’hui.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Les Rocheuses succèdent aux plaines et offrent de spectaculaires perspectives aux voyageurs. Je n’ai jamais revu de paysages aussi saisissants, même dans les Alpes. À maints endroits, le train suivait une voie construite à flanc de montagne; notre regard plongeait alors dans des gorges si profondes que des frissons nous venaient. Puis il empruntait de longs tunnels pour soudain déboucher dans un jour aveuglant. Nous découvrions avec ravissement cette géographie extraordinaire.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Puis, après trois jours et trois nuits, Vancouver se profile à l’horizon. Le voyage dans le Transcontinental tire à sa fin. On nous permettait, dans le dernier segment de cet interminable trajet, de nous tenir sur d’étroites passerelles entre deux wagons. Nous pouvions encore respirer l’air frais des montagnes que nous venions de quitter et contempler la ville au loin : une image inoubliable. C’est sans doute à ce moment précis que je suis vraiment devenu amoureux du Canada.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;***&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-7429674917749597158?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/7429674917749597158/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=7429674917749597158&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7429674917749597158'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7429674917749597158'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/mouvement.html' title='Mouvement'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnyKnvIvUiI/AAAAAAAAAFk/BqJy512Yi5w/s72-c/01a_002b_3.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-8272349832741092686</id><published>2007-06-20T00:52:00.003-04:00</published><updated>2008-03-03T16:50:27.970-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amitiés'/><title type='text'>Michel, Gilles et compagnie</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RniyuPIvUgI/AAAAAAAAAFU/oTBRythcTj0/s1600-h/Balthus10.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RniyuPIvUgI/AAAAAAAAAFU/oTBRythcTj0/s200/Balthus10.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5078005087267148290" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(255, 255, 102);"&gt;Michel&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Michel fut mon premier ami, si on peut dire. Un premier véritable ami, celui avec qui on fait les 400 coups, celui avec qui on rencontre ses premières «vraies» blondes, celui avec qui on refait le monde et on imagine ce que sera notre vie. Celui qui, d’une certaine façon, nous épate et que, en d’autres circonstances, on impressionne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Michel a longtemps été un ami précieux, pour diverses raisons. On l’appelait «Monk», je ne sais plus pourquoi. Peut-être devinait-on en lui une certaine pudeur, et même une certaine pudibonderie, une retenue dont il ne se départait jamais… enfin, presque jamais. C’est qu’il était imprévisible, le Michel. Ainsi, il ne buvait pas d’alcool. Nous pouvions nous éclater dans les fêtes, lui, il restait sobre. Jamais une bière, jamais un verre. Jusqu’au soir où, sans avertissement, il a pris une cuite invraisemblable. Dans mon premier appartement. Noël était proche, c’est peut-être ce qui l’a inspiré. Il a brisé toutes les boules de l’arbre patiemment dressé, il a fracassé un bon nombre de verres, puis il s’est écroulé. Ça, c’était Michel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est lui qui m’a appris mes premiers accords de guitare. Et c’est avec lui que j’ai joué mes premières parties de billard. Ensemble, nous avons imaginé des tours pendables. Par exemple, nous avions gratté le soufre de centaines de têtes d’allumettes (son père travaillait à l’ancien hôtel Windsor et en ramenait des quantités industrielles) et fait un tas de tout ce soufre. Nous l’avions déposé sur une petite table dans le sous-sol, recouvert d’un quelconque linge, et nous attendions notre victime. Ce fut sa mère. Elle balayait le plancher et nous faisait dos. Nous avons jeté une allumette sur le tas de soufre. Il a brûlé en une seconde en faisant un drôle de «pouf» étouffé et, surtout, en dégageant une odeur épouvantable. Sa mère s’est retournée d’un bond, interdite, incapable de comprendre ce qu’il venait de se produire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il y a eu cette fois où nous avons fait exploser un énorme pétard dans la douche de tôle du sous-sol. Le bruit que cela a fait a dépassé toutes nos espérances. Le problème, c’est que la mère de Michel était au téléphone avec son père : ils ont vraiment cru, pendant quelques secondes, que la maison s’écroulait. Et puis cette autre fois où, histoire de nous divertir, nous avons allumé un feu dans la cour arrière. Rien de bien terrible jusqu’à ce qu’on ait l’idée de jeter une cannette d’essence à briquet «presque vide» dans le feu, juste «pour voir». Et on a vu! Quand la cannette a sauté, une flamme plus haute que la maison est apparue. Madame B., qui se trouvait dans la cuisine, en a été quitte pour une autre frayeur qu’elle n’était pas près d’oublier. Chère Madame B.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, Michel était vraiment un bon ami. Et je croyais que ce serait pour la vie. J’en ai même fait le parrain de mon deuxième garçon. Mais il était imprévisible, je l’ai déjà dit. Et, d’une certaine façon, très peu fiable. On lui pardonnait tout, cependant. «C’est un B.», disait-on, comme si l’appartenance à cette famille pouvait excuser tous les écarts. Ainsi, à une jeune fille à laquelle j’avais fait une cour empressée, il fit l’amour sans autrement s’inquiéter des sentiments que je pourrais ressentir. Et il n’a pas hésité à m’abandonner à Vancouver, seul et sans le sou : un voyage où nous nous sommes bien amusés, mais où nous avons eu aussi un peu faim. Je ne lui en ai pas voulu puisque, d’une certaine façon, son départ m’a fait vivre des expériences que je n’aurais pas connues en sa présence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il pouvait aussi être un compagnon très apprécié. Dans les heures sombres qui ont parfois noirci mon existence, il était là. Dans les moments de grande détresse, il savait me protéger de moi-même. Et s’il manquait d’idées, il ne se faisait pas prier pour accepter les miennes, d’idées, et me suivre dans des équipées aussi folles que puériles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour de printemps, ce devait être en 1977, il m’aidait à peindre les murs de mon appartement. À la fin de l’après-midi, il est parti en me disant qu’il allait souper. Je ne le reverrais plus pendant plusieurs années. Imprévisible qu’il était, je l’ai dit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(255, 255, 102);"&gt;Gilles&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Gilles, le frère de Michel, avait un an de plus que moi. Il était bien différent de son frère. Entreprenant, gouailleur, frondeur même, il avait tout du petit voyou, ne dédaignait pas la bagarre, la cherchait parfois. Un bon compagnon quand il s’agissait de mettre en application ce que nous appelions alors des «plans de nègre». Aussi peu fiable que Michel, il était peu recommandé de se confier à lui. Son plaisir : mettre les autres dans l’embarras. Je me souviens qu’il m’avait volé un cahier dans lequel j’écrivais des poèmes adressés, secrètement, à une jeune fille qui ne me laissait pas indifférent. La joie qu’il a eue à le lui montrer, le foutu cahier…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il avait cependant une grande qualité : rien ne lui faisait peur. Un bon garde du corps. Au moins deux fois je l’ai vu mettre en déroute de jeunes «durs» qui pensaient nous impressionner par leur nombre. Son secret : frapper le premier. Il n’y a rien comme un bon coup de poing pour disperser de faux braves. On pouvait aussi compter sur lui quand il s’agissait de faire une chose qui sortait de l’ordinaire. C’est en sa compagnie que j’ai passé mes premières nuits sur la route, à faire de l’auto-stop. Et il m’a appris à voler des batteries d’automobiles, et des cigarettes dans les automobiles. On s’amusait bien, oui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il avait aussi un vilain défaut : il cherchait toujours à impressionner les filles. Il suffisait qu’une demoiselle se pointe à l’horizon pour que sa personnalité change. Il devenait arrogant, nous traitait de haut et allait même, parfois, jusqu’à nous frapper. On lui pardonnait, c’était un B. Les choses ne se sont pas arrangées quand il s’est sérieusement entichée d’une jeune fille qui habitait sur sa rue : Rosanne. Il allait nous en faire voir de toutes les couleurs, avec sa Rosanne. J’y reviendrai peut-être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je dois cependant rendre à César ce qui appartient à César. C’est Gilles qui, après un incident sans gravité qui m’empoisonnait la vie et qui m’avait éloigné de la famille B., a renoué des liens qui s’étaient rompus. Un jour, stupidement, j’ai volontairement brisé un 45 tours qui, croyais-je, appartenait à Serge, un des B., plus vieux que nous, que nous surnommions méchamment Elvis à cause de sa prétention à vouloir chanter au sein d’un groupe minable. Mais le disque ne lui appartenait pas, il appartenait plutôt à un dénommé Normand Lapointe. Serge se mit alors à me harceler pour que je remplace le fameux disque, ce que je n’avais pas l’intention de faire. Les choses ont empiré, le harcèlement devenait plus sérieux, si bien que j’ai cessé d’aller chez les B. J’ai donc passé l’été chez moi, à lire, essentiellement. Puis, un soir, comme ça, Gilles est venu à la maison. Nous nous sommes installés au sous-sol et avons beaucoup parlé. Gilles avait apporté un disque (un autre titre que celui que j’avais brisé) pour me le faire entendre, une chanson que j’écoute encore souvent aujourd’hui : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;A Whiter shade of pale,&lt;/span&gt; de Procol Harum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il m’avait ouvert la porte, je m’y suis engouffré. Quant à l’histoire du disque brisé, elle a fini en queue de poisson. Serge, bizarrement, semblait heureux de me revoir, même s’il m’asticotait à l’occasion à propos du disque, mais il n’y avait plus de virulence dans son comportement. Pour ce qui est de Normand Lapointe, le pauvre garçon est décédé quelques mois plus tard, foudroyé par un cancer au cerveau; ce devait clore définitivement cette pénible saga.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La dernière fois que j’ai vu Gilles, c’était le lendemain de son mariage. Nous étions quatre ou cinq à nous être rendus chez lui pour célébrer. Avant même qu’il n’ouvre la porte, nous les entendions s’engueuler, lui et sa douce moitié; c’était du B. tout craché. Nous ne sommes même pas entrés, la nouvelle épouse ne paraissant pas du tout enchantée par notre arrivée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais que Gilles est aujourd’hui confiné à un fauteuil roulant, miné par la maladie. Il me vient parfois des envies de le visiter, mais je n’ose pas. Le passé n’a peut-être aucune importance pour lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; color: rgb(255, 255, 102);"&gt;Diane&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Parmi les sœurs de Michel, il y avait la belle Diane, une jeune fille que la nature n’avait pas oubliée, côté appas. Ma venue dans cette famille attisa rapidement sa curiosité, et éveilla en moi des désirs peu avouables. C’est qu’elle était mignonne, bien tournée et, à sa manière, peu farouche. Tous les prétextes lui étaient bons pour descendre au sous-sol, là où nous nous tenions. Ses frères la rabrouaient constamment, attitude que je déplorais, compte tenu du joli spectacle qu’elle offrait. Il faut dire que, bien souvent, elle ne portait qu’une chemise de nuit et ne s’habillait que si elle avait à sortir. Et si le «hasard» faisait qu’elle devait se pencher devant moi, je ne détournais pas les yeux. Et quand elle remarquait la direction de mon regard, elle ne manquait pas de protester, avec ce sourire particulier qu’ont les femmes qui disent le contraire de ce qu’elles pensent. Oui, Diane était une aguicheuse, une «agace-pissette» comme nous disions à l’époque, vulgairement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’en ai rêvé, mais bien inutilement. Elle ne faisait rien pour me décourager, mais ne cédait jamais à mes avances. Bien sûr, de furtifs baisers ont été échangés, de brèves caresses ont ponctué nos rencontres, mais rien de bien sérieux ne découlait jamais de nos rapports. Elle pouvait aussi bien s’amuser à me torturer en faisant l’intéressante devant d’autres garçons que se montrer câline à mon endroit quand l’envie l’en prenait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis jamais «sorti» officiellement avec Diane. Mais il me reste un souvenir d’elle qui est bien peu glorieux. Si peu glorieux, en fait, que je devrais en rougir. Nous étions alors de jeunes adultes. Elle habitait chez un ami commun. J’allais souvent chez cet ami, et mon épouse voyait d’un mauvais œil cette assiduité. Sans doute Diane était-elle pour quelque chose dans mes fréquentes visites chez cet ami, mais je n’entreprenais jamais rien qui puisse être condamnable. Un soir, pourtant, la situation allait se compliquer. J’avais accompagné mon épouse à l’hôpital, où elle devait passer la nuit avant de subir une césarienne, le lendemain. Avant que je ne la quitte, elle me fit promettre de rentrer directement à la maison. Sur mon honneur, je jurai. Je ne sais quel démon s’empara alors de moi, mais je pris une autre direction que celle de mon domicile, et j’aboutis chez mon ami.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’y passai une des plus étranges nuits que j’aie connues. À un certain moment, Diane m’invita à dormir avec elle, en «ami». Il n’y avait aucun lit de disponible pour ma carcasse. J’acceptai. Ses intentions n’étaient pas claire, ni les miennes. Et puis il y avait l’ombre de mon épouse hospitalisée qui planait au-dessus de nos têtes. Diane dormait dans un lit simple, aussi étions-nous fort à l’étroit, nos deux corps se touchant. Je dois le dire, je la désirais ardemment, mais une grande culpabilité m’habitait. Nous n’avons pas dormi de la nuit. Après quelques heures de retenue, je lui ai doucement caressé les cheveux, puis peut-être l’épaule et la hanche. Vers cinq heures du matin, elle a pris une douche puis est revenue se blottir contre moi. L’invite ne pouvait être plus évidente. Dans un dernier sursaut de dignité, je me suis levé et ai quitté ce lieu qui appelait le péché. Je n’étais pas fier de ma conduite mais, finalement, je n’avais rien fait de répréhensible. Du moins, c’est ce que je me disais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est là un autre grand regret dans ma vie. Jamais l’occasion ne s’est représentée de mieux «connaître» Diane. Je l’ai revue à quelques reprises, mais jamais nous n’avons évoqué cette drôle de nuit. A-t-elle été déçue par mon comportement? C’est bien possible. Peut-être fut-ce la seule fois où elle était prête à s’offrir à moi, et j’ai laissé filer ma chance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi qu’il en soit, je suis retourné à l’hôpital, auprès de la future maman de mon troisième fils. Et alors que j’attendais le résultat de l’opération, je me suis profondément endormi. Le médecin qui m'a réveillé pour m’annoncer la naissance de mon fils fut étonné de me trouver si peu nerveux. Je ne pus que lui faire un petit sourire gêné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J’ai revu Michel en de rares occasions, notamment lors d’une réunion d’anciens. Il avait tellement changé que tous s’étonnèrent d’avoir pu, un jour, le fréquenter. Mais la vie a de ces bizarreries qu’il est difficile d’expliquer : je l’ai rencontré trois fois par hasard, à Montréal. Trois fois! Combien de fois, dans une vie, peut-on rencontrer une personne par hasard? À l'une de ces rencontres, je l’ai invité à prendre un café chez moi. En homme d’affaires qu’il était devenu, il me tint un discours tout ce qu’il y avait de plus convenu. À certains de ces petits sourires gênés, cependant, je compris qu’il y avait toujours, sous la carapace, de ce Michel que j’avais connu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***  &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-8272349832741092686?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/8272349832741092686/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=8272349832741092686&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/8272349832741092686'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/8272349832741092686'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/michel-gilles-et-compagnie.html' title='Michel, Gilles et compagnie'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RniyuPIvUgI/AAAAAAAAAFU/oTBRythcTj0/s72-c/Balthus10.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-6748976790415514722</id><published>2007-06-16T23:42:00.001-04:00</published><updated>2008-02-19T23:53:35.303-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Famille'/><title type='text'>Aparté : mononc' Maurice</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnSt5_IvUcI/AAAAAAAAAE0/gL7sAAylRks/s1600-h/MAURICENELSON.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnSt5_IvUcI/AAAAAAAAAE0/gL7sAAylRks/s200/MAURICENELSON.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5076873891665629634" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;À l'époque où nous vivions à Montréal, nous habitions au-dessus de notre tante Bado et de notre oncle Maurice. De plus, à Nominingue, les chalets des deux familles étaient construits sur des terrains adjacents. Nous avons donc vécu fort longtemps à proximité de mononc' Maurice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j'étais enfant, mon oncle m'apparaissait comme un personnage bien austère. Grand amateur de «liqueur», comme on disait, il a certainement compté pour beaucoup dans les profits des entreprises Kik Cola et Pepsi. Mais jamais il ne buvait d'alcool. Peut-être, dans les grandes occasions, a-t-il trempé ses lèvres dans un verre de vin, mais je n'en suis pas sûr. Mais il fumait. La plupart du temps, il roulait ses cigarettes, avec une dextérité remarquable; si je ne m'abuse, il parvenait même à rouler d'une seule main. Il fumait du tabac British Consol; j'ignore si cette marque existe toujours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon oncle me semblait bien sévère. Il n'était pas du genre à rire aux éclats, ni à longuement bavarder. Et il faisait souvent de drôles de remarques que je ne comprenais pas, affichant alors un sourire en coin. Ma tante me disait de ne pas m'en faire : ton oncle est un pince-sans-rire, affirmait-elle, et il aime bien rire dans sa barbe. Je comprenais encore moins : mon oncle n'avait pas de barbe, et j'aurais été bien en peine de dire ce que signifiait le mot pince-sans-rire. J'imagine que j'acquiesçais, bêtement, avant de retourner à mes jeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un jour, lors d'une campagne électorale, moi et mon cousin Claude, fils de Maurice, nous amusions à lire les listes électorales qu'on agrafait sur les poteaux de téléphone. À côté du nom des électeurs, on inscrivait leur métier ou profession. C'est ainsi que j'appris que mon oncle Maurice était «Opérateur». Tout un émoi : j'ignorais que mon oncle était médecin. Dans mon esprit, un opérateur était une personne qui opérait les gens. Je fus fort impressionné par cette révélation. Et ce n'est que quelques jours plus tard, après en avoir parlé à mes parents, que je compris qu'un opérateur n'était pas un chirurgien. Cela n'affecta en rien l'estime que je pouvais porter à mon oncle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À vrai dire, mon oncle était un brave ouvrier, comme mon père, qui se prénomme aussi Maurice. Il travaillait dans une entreprise de fabrication de meubles en métal, je crois. Et le soir, quand le beau temps arrivait, il faisait des travaux de terrassement pour la Commission scolaire de Montréal. En ce temps-là, il faut le dire, on travaillait dur, et on ne se plaignait pas. Les hommes partaient tôt le matin et ne revenaient qu'à la toute fin de l'après-midi. Mon père, par exemple, revenait à la maison vers dix-huit heures. J'allais souvent l'attendre à l'arrêt d'autobus, au coin de Saint-Denis et Gounod. Il était relieur dans une compagnie de la rue de la Montagne (Crites and Riddles, si mes souvenirs sont bons). Et le jeudi soir, le vendredi soir et le samedi, il se transformait en vendeur chez Sauvé Frères, une mercerie installée sur la rue Saint-Hubert. De plus, il lui arrivait de donner un coup de main à mon oncle dans ses travaux de terrassement. Comme on peut le voir, on ne réchignait pas à l'ouvrage, à cette époque. Tout était bon pour quelques sous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un soir d'été, j'étais seul à la maison avec mon père. J'ignore ce que je faisais à la maison, la raison de ma présence à Montréal. Peut-être avais-je été malade, je ne me souviens plus. Quoi qu'il en soit, j'étais là. Je jouais sur le perron quand mon oncle est sorti et m'a demandé si j'avais envie d'aller aux courses avec lui. Invitation surprenante, une première dans ma vie. Non, il ne s'agissait pas de courses de chevaux, mais bien de courses de «chars». Fort de l'autorisation de mon père, j'ai accepté d'accompagner mon oncle. Nous nous sommes rendus au Fury Speedway (je pense que cette piste de course se trouvait à Saint-François, sur l'île Jésus, mais je n'en jurerais pas). La plupart des voitures qui coursaient étaient de vieilles bagnoles rafistolées. Outre les courses, il y avait aussi des concours tout à fait sidérants pour l'enfant que j'étais : certains concurrents, à bord de leur voiture, s'engageaient à toute vitesse sur une rampe et tentaient de «sauter» au-dessus d'une longue rangée d'automobiles. Le plus souvent, ça se terminait dans un immense fracas de tôles froissées. Mais le clou du spectacle, c'était la course de «démolition». La piste ovale devenait une piste en 8 et les pilotes se lançaient avec frénésie dans une compétition où la seule régle était de survivre. Les voitures se tamponnaient allègrement; on couronnait le conducteur au volant de la dernière voiture à rouler. Des souvenirs impérissables!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis retourné deux ou trois fois aux courses avec mon oncle Maurice, au Fury Speedway ou au Riverside Speedway. Chaque fois, ce fut une mémorable soirée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mon oncle possédait un gros camion dont la «boîte» était, en fait, une plateforme ceinte de panneaux de bois peu élevés qui faisaient office de rambarde. Il s'en servait pour ses travaux de terrassement et, à l'occasion, pour se déplacer, notamment pour «monter» à Nominingue. Parfois, quand il n'avait rien à transporter, il invitait les enfants à faire le voyage dans les Laurentides à bord de la «boîte». C'était la fête, évidemment, et un privilège, les plus jeunes n'ayant pas le droit d'embarquer. Aujourd'hui, on l'emprisonnerait pour négligence criminelle; à l'époque, rien de plus normal. Le voyage commençait dans l'allégresse. C'est qu'on se faisait brasser et qu'on rigolait. À chaque secousse, nous volions de quelques pouces dans les airs. Les plus audacieux essayaient de rester debout sans appui, mais il s'agissait là d'un exercice bien difficile. Bref, on s'amusait ferme. Mais le voyage était long; il durait un bon trois heures. Et quand la brunante venait, quand le soleil se couchait, le vent passait de rafraîchissant à cinglant, et notre enthousiasme refroidissait tout autant. Si, au hasard des villages que nous traversions, il fallait ralentir et même arrêter, nous en remercions le ciel. Ce répit de quelques secondes était le bienvenu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, aussitôt arrivés au chalet, nous sautions en bas du camion, très heureux d'être enfin à destination. Et nous oubliions immédiatement les désagréments du voyage. Si bien qu'à la fois suivante, lorsqu'il était question de «monter dans la boîte», personne ne voulait céder sa place.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Dans mon souvenir, mon oncle Maurice était un fervent catholique, un homme honnête, un homme posé. Et s'il pouvait parfois être en colère, il ne le manifestait guère, même lorsque son fils aîné (ou son ami, l'histoire n'a jamais été très claire sur ce point) embrassait violemment un arbre avec la Gogomobile familiale.  Je revois mon oncle, stoïque, suivre son fils sur le chemin du lac, silencieux, pour aller récupérer la voiture, puis passer les quelques jours qui suivirent à essayer de la réparer. Les dommages n'étaient pas si graves, il s'agissait de débosseler le capot. Mais le ventilateur était brisé, il fallait en trouver un. Et des Gogomobile (oui, c'était réellement le nom de ces voitures allemandes), on n'en trouvait pas des masses au Québec, surtout dans un coin perdu comme Nominingue. Contre toute attente, après des recherches infructueuses auprès des vendeurs de pièces de voiture de la région, on apprit qu'une dame du village possédait une voiture de cette marque, laquelle dormait dans son jardin, apparemment inutilisable. Mon oncle lui acheta le fameux ventilateur, et l'histoire connut un heureux dénouement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois, une seule fois, j'ai entendu mon oncle pousser un juron que je ne peux répéter ici. C'était peu de temps avant notre déménagement à Pont-Viau. Quelques jours auparavant, Claude et moi nous amusions à «pitcher» des roches. L'idée : les lancer le plus loin possible. Le défi : les lancer sur le toit de notre maison alors que nous nous tenions de l'autre côté de la rue. Certaines atteignirent l'objectif; d'autres frappèrent le mur de la maison; une, malencontreusement partie de ma main, fracassa une vitre. Comme nous déménagions, comme mes parents avaient vendu leur partie de la maison à mon oncle, mon père paya la vitre brisée. Mon oncle se rendit donc à la quincaillerie la plus proche et en revint avec une vitre taillée aux dimensions voulues. Nous le regardions travailler avec grand intérêt. Il déposa à plat le cadre de bois de la fenêtre, le débarrassa du vieux mastic qui retenait les derniers éclats de verre, puis entreprit de déposer la nouvelle vitre dans le cadre. Cette vitre, d'une bonne grandeur, n'était pas facile à manipuler. Et ce qui devait arriver arriva : elle lui glissa des mains et éclata en mille morceaux lorsqu'elle frappa le cadre. Oui, c'est la seule fois où j'ai entendu mon oncle sacrer...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mon oncle était peu scolarisé et ne parlait pas anglais, malgré son patronyme. Pourtant, il était le fils d'un immigrant irlandais. Ce dernier, orphelin, était arrivé au Canada alors qu'il était encore un jeune enfant. Je ne connais pas son histoire. On peut penser qu'il a vécu au sein d'une famille francophone et que c'est ainsi qu'il a appris le français. D'ailleurs, il a épousé une Canadienne française. Bref, mon oncle ainsi que ses frères et soeurs étaient de purs Québécois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon oncle était aussi un homme simple, peu enclin aux excès. Si peu excessif, en fait, qu'il est la seule personne que je connaisse qui ait reçu une contravention pour avoir roulé trop lentement. Les policiers l'avaient arrêté sur la route 117 alors qu'il ralentissait dangereusement la circulation. Faut le faire!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Grand sédentaire, il ne voyageait jamais, si on exclut les aller-retour entre Montréal et Nominingue et sans doute quelques virées dans la région d'Ottawa, où on avait de la famille. Personne n'aurait jamais pu le faire monter à bord d'un avion. Et c'est sans doute après avoir beaucoup insisté que son fils parvint à l'emmener en Floride à bord de son autocaravane. Ironie du sort, cet homme qui avait peu bougé au cours de sa vie s'éteignit loin de chez lui, à Knoxville, au Tennessee, en route vers le soleil. C'était le 22 février 1989.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-6748976790415514722?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/6748976790415514722/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=6748976790415514722&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6748976790415514722'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6748976790415514722'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/apart-mononc-maurice.html' title='Aparté : mononc&apos; Maurice'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnSt5_IvUcI/AAAAAAAAAE0/gL7sAAylRks/s72-c/MAURICENELSON.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4272476749034854104</id><published>2007-06-16T01:11:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:58:58.788-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Les B.</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnNxDPIvUbI/AAAAAAAAAEs/LC4PU0M_sTE/s1600-h/Magritte01.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnNxDPIvUbI/AAAAAAAAAEs/LC4PU0M_sTE/s200/Magritte01.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5076525505393414578" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Je ne savais pas de quoi serait fait mon premier été à Laval. Auparavant, nous partions pour le chalet sitôt l'école terminée, et nous ne revenions qu'après la Fête du travail, début septembre. Maintenant, nous n'y allions plus que les fins de semaine et durant les vacances de mon père.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;br /&gt;Un samedi après-midi, ce devait être fin mai ou début juin, un incendie éclata dans le quartier. Grande émotion sur la rue. Les curieux affluaient, les camions arrivaient rapidement, les pompiers s'affairaient à dérouler leurs longs boyaux et entreprenaient leur travail. Comme les autres, je les observais, jusqu'à ce que je tombe sur Marcel, attiré par l'agitation qui régnait. Il était accompagné d'un garçon que je ne connaissais pas. Bientôt, les pompiers maîtrisèrent les flammes, et la situation devint beaucoup moins spectaculaire. Peu à peu, les gens se dispersèrent. Je retournai chez moi en compagnie de Marcel et de son ami. Installés dans la cour arrière, Marcel et moi parlions de tout et de rien. L'autre garçon, Michel, ne se mêlait que très peu à la conversation. Il semblait gêné de se trouver là, attitude qui lui était coutumière, comme je le constaterais plus tard. Pourtant, il m'intéressait. J'ai toujours considéré que, dans l'amitié comme dans l'amour, la séduction jouait un grand rôle. Et ce garçon m'attirait. Ce sentiment, apparemment, était réciproque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les jours qui suivirent, j'insistai auprès de Marcel pour qu'il m'emmène chez son ami. Un soir, il m'y mena. Michel paraissait heureux de me revoir et, rapidement, une complicité s'établit entre lui et moi. Je venais de faire mon entrée dans le monde fascinant des B. de la rue Lahaie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Michel avait quatre frères et cinq soeurs, une vraie tribu. Parmi ses membres auxquels je devais rapidement m'attacher, outre Michel, il y avait Gilles, ce garçon qui m'avait conduit au bureau du directeur le jour de mon arrivée à l'école Saint-Christophe, et Diane, une petite démone qui allait longtemps tourmenter mon pauvre coeur.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Les B., en soi, constituaient un cas qui mériterait qu’on s’y attarde longuement. Mais ce n’est pas ici mon propos. Je peux néanmoins en dresser un bref tableau. Je n’avais jamais connu de famille dysfonctionnelle, et peut-être serait-il exagéré d’ainsi qualifier cette famille-là, mais quand des frères et des sœurs peuvent s’engueuler en sacrant devant leurs parents, quand le père croise ses enfants sur la rue et ne leur adresse pas la parole, quand les enfants peuvent faire à peu près n’importe quoi en se foutant éperdument de ce que peuvent en penser les parents, quand un des garçons peut «emprunter» sans permission la voiture familiale et la ramener accidentée sans apparemment que cela le trouble, quand un autre des garçons peut briser le pare-brise de la voiture et l’annoncer gaiement à son père, je crois qu’il y a quelque chose qui cloche.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Évidemment, j’étais fasciné par cette famille d’hurluberlus. Fasciné et heureux de m’y trouver. Une telle liberté régnait en leur demeure que rien ne semblait impossible. Il suffisait d’avoir une idée un peu tordue pour qu’immédiatement elle se concrétise. Et s’il arrivait que Madame B. se fâche, cela n’affectait pas le cours des choses, et pouvait même les stimuler, à la limite.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Mais il ne faut pas être injuste. De grands moments de paix et de bonheur pouvaient aussi ponctuer la vie de cette famille. Le problème, c’est que rien n’était tout à fait normal. Par exemple, le père, un homme taciturne, peu bavard, sinon quasi muet, travaillait en soirée et rentrait souvent très tard. Eh bien, nous pouvions, moi et lui, nous installer dans la cuisine et jouer aux cartes jusqu’au milieu de la nuit. Et je n’avais que douze ou treize ans. Il est même arrivé que mon père téléphone vers trois heures du matin, inquiet, se demandant ce qu’il se passait.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Bien des années plus tard, j’ai compris que Monsieur B. détestait son travail, ce qui, apparemment, le minait. Un jour, il a quitté son emploi. J’ai alors découvert un autre homme, un homme qui pouvait sourire, parler, manifester une joie que je ne lui avais jamais connue.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Avec le temps, j’ai rencontré tous les membres de cette famille, tant les grands-parents que les oncles et tantes. Il y avait aussi de fameux numéros dans le groupe, dont l’oncle J., un célibataire d’une quarantaine d’années, à l’époque. Sa caractéristique : il possédait un film pornographique (un seul) et ne se gênait pas pour nous le présenter. Je le revois installer le projecteur et dérouler l’écran… on était encore loin des vidéocassettes et des DVD. Et c’est au son bruyant du vieux projecteur, dans la fumée des cigarettes, que nous écoutions religieusement le film, l’air faussement blasé. C’est qu’il ne fallait pas laisser voir que les images nous émoustillaient. On en avait vu d’autres, quoi !&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;*&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;Je ne vois plus les B. depuis fort longtemps. Parfois, j’ai des nouvelles, indirectement. Je rencontrais occasionnellement un des frères, le plus jeune, qui a fréquenté mon cousin un certain temps. Et, l’an dernier, j’ai passé une soirée en compagnie de son ex-femme. Les nouvelles n’étaient pas fraîches, mais il me faisait plaisir de les entendre. J’ai souvent la nostalgie des moments passés dans cette famille, de sa porte qui m’était toujours ouverte, de l’affection que me portait Madame B. Moi-même, je dois le dire, je conserve, dans un coin dans mon cœur, une tendresse bien particulière pour ces gens… spéciaux.&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: justify;" class="MsoNormal"&gt;&lt;!--[if !supportEmptyParas]--&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;  &lt;/div&gt;&lt;p style="text-align: center;" class="MsoNormal"&gt;***&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4272476749034854104?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4272476749034854104/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4272476749034854104&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4272476749034854104'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4272476749034854104'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/les-b.html' title='Les B.'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RnNxDPIvUbI/AAAAAAAAAEs/LC4PU0M_sTE/s72-c/Magritte01.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-7591821661144505582</id><published>2007-06-12T23:32:00.002-04:00</published><updated>2008-02-19T23:59:45.304-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>La perfection</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rm9lavIvUWI/AAAAAAAAAD8/4ki7RaLUd6E/s1600-h/balthus+07.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rm9lavIvUWI/AAAAAAAAAD8/4ki7RaLUd6E/s200/balthus+07.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5075386815073964386" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Il devait y avoir trois ou quatres semaines que je suivais les cours de français de Madame Hélie. Je pensais bien connaître toutes les élèves de la classe, enfin toutes celles qui, à mes yeux, présentaient un certain intérêt, sinon un intérêt certain. Aussi, quand l'apparition survint, j'en restai pantois; il me fallut plusieurs secondes avant de retrouver mes esprits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le terme apparition peut sembler exagéré, mais je pense qu'il traduit bien la nature de l'événement : alors que mon regard balayait la classe, machinalement, j'assistai à l'incarnation soudaine d'un ange, rien de moins. Du fond de la classe, elle s'était levée pour aller chercher quelque chose dans son pupitre (puisque le cours regroupait des élèves des différentes classes, plusieurs devaient céder leur pupitre). À sa vue, je figeai; l'ampleur de l'émotion qu'elle suscitait en mon être me paralysait. Elle était la chose la plus belle, la plus magnifique, la plus lumineuse qu'il m'avait été donné jusqu'alors de contempler. Une jeune fille de conte de fées, un fantasme vivant, une nymphe égarée dans cette classe peuplée de grossiers crétins. Une chevelure châtain clair légèrement bouclée, de grands yeux foncés, un nez délicat, des lèvres subtilement pulpeuses, des traits finement dessinés : il fallait s'incliner devant l'image de la perfection. Je me souviens qu'elle portait une blouse blanche, une jupe grise, plissée, et des souliers recouverts de velours noir... la parfaite écolière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma description peut sembler dithyrambique mais, je le jure, elle rend bien mal la réalité. Cette jeune fille était d'une beauté stupéfiante, mais présentait une personnalité un peu froide. D'une grande discrétion, elle agissait avec retenue. Jamais on ne l'entendait, jamais elle ne se distinguait des autres élèves. Si bien que, bizarrement, on ne la remarquait pas. Et c'est bien pourquoi je n'en avais pas encore noté l'existence. Dès cet instant, cependant, elle occupa toutes mes pensées, hanta tous mes rêves, attisa tous mes désirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Elle s'appelait Christianne L. Son père pratiquait l'honorable métier de barbier sur le boulevard des Laurentides. Je ne suis allé me faire couper les cheveux qu'une seule fois dans son salon, par curiosité. En fait, je n'y retournai pas car je craignais d'y rencontrer Christianne : elle me terrorisait. Moi qui pouvais me montrer arrogant, moi qui croyais avoir du charme, moi qui ne craignais pas d'aborder les filles, je me liquéfiais quand son regard, accidentellement, croisait le mien. Je n'avais encore rien tenté pour m'en approcher, et je ne sentais d'aucune manière qu'elle pouvait souhaiter que je fasse un geste en ce sens. Elle n'était pas de glace, car j'aurais pu espérer qu'elle fonde; elle était de marbre, froide et lisse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'étais amoureux, vraiment amoureux. Une première grande douleur dans le bas-ventre, une première envie de vomir tant mes tripes se tordaient. L'effet qu'elle me faisait est indescriptible. Je n'ai pas de mots pour décrire l'état dans lequel je me trouvais. J'en devenais obsessif, mais je ne voyais pas comment je pourrais concrétiser mon ambition de la mieux connaître. Avant même d'engager la lutte, je pressentais déjà le Waterloo. Je le sentais bien, je n'avais pas les armes pour m'attaquer à l'entreprise que constituait sa conquête. Je vivais ma première grande leçon d'humilité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je pouvais parler à Marcel de mes tourments, c'était la seule personne en qui je pouvais avoir confiance. On le sait, à cet âge, il n'y a rien de plus jouissif que de révéler les petits secrets de ses camarades, surtout s'ils sont bien embarrassants et qu'ils concernent les affaires de coeur. Mais je pouvais compter sur Marcel. C'est lui qui m'apprit que l'objet de ma passion avait déjà été la petite amie de Denis C., un garçon que je jugeais insignifiant et peu séduisant. Mon dépit fut grand. Si cet imbécile avait pu susciter l'intérêt de la belle mais distante Christianne, pourquoi n'y parvenais-je pas? De quoi me faire douter de toutes mes qualités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un matin d'hiver, durant la récréation, alors que les élèves s'agitaient en tous sens, Muriel Chalifoux s'est approchée de moi en ricanant. Le doigt pointé en direction  d'un tas de jeunes filles surexcitées qui hurlaient, elle me dit : «La fille là-bas, avec le manteau bleu, elle t'aime.» Phrase enfantine, assassine. Près du groupe se tenait Christianne, dans un manteau bleu. Je n'ai pas perdu conscience, même si je ne respirais plus. Allais-je donc connaître les délices de l'amour partagé? Je ne tardai pas à comprendre qu'il y avait  beaucoup de jeunes filles qui portaient un manteau bleu. L'illusion a peut-être duré quelques heures ou quelques jours, je ne m'en souviens plus. Mais, la vérité, c'est qu'il ne s'agissait pas de la belle Christianne, mais plutôt d'une autre fillette qui se nommait Ghislaine D., un laideron, à mes yeux. Je trouvais même gênant, sinon insultant, qu'une fille si ordinaire puisse s'intéresser à moi. Que croyait-elle? Dans ma superbe, je la dédaignais, et ne me vantais certainement pas de sa conquête. Je n'avais toujours d'yeux que pour l'insaisissable Christianne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La fin de l'année scolaire approchait, et la situation n'avait absolument pas évolué. Je brûlais toujours d'amour pour la fille du barbier, mais elle restait insensible à mon charme. Puis la rumeur courut dans l'école : les élèves les plus brillants allaient passer directement au secondaire, sautant ainsi la septième année qui, à cette époque, était la dernière année du primaire. On le devine, Christianne faisait partie de l'élite. Mon désarroi était tel que je ne pus rentrer directement chez moi après l'école. Je me souviens m'être assis au coin de la rue, prostré, malheureux comme une pierre. Elle allait disparaître de ma vie sans que j'aie eu le courage de lui faire part de mes sentiments. Si je n'avais pas été si lâche, je me serais levé pour me rendre chez elle et lui avouer mon amour. Je rentrai plutôt chez moi, accablé, impuissant, désespéré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Christianne ne sauta pas la septième année. Elle était même dans ma classe cette année-là. Qui plus est, elle occupa le bureau à côté du mien durant une bonne partie de l'année. J'étais toujours amoureux, mais mon idiotie s'était terriblement aggravée. L'adolescent que je devenais ne pouvait attirer son attention que par des pitreries qui ne rehaussaient en rien l'image qu'elle pouvait avoir de moi. Bien sûr, une certaine camaraderie résulta de notre proximité, mais jamais n'évolua vers le genre de relation que je souhaitais. L'année passa, l'amour passa. Christianne était devenue un peu plus réelle, je l'idéalisais un peu moins, et le secondaire approchait. Il y avait là matière à me distraire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L'histoire aurait pu se terminer là. Pourtant, les hasards de la vie firent que je revis Christianne et Ghislaine, une fois adulte. Un soir, je me tenais dans le hall de l'hôtel Iroquois, dans le Vieux-Montréal, pieds nus, comme il seyait au hippie que je croyais être, vêtu d'un jean crasseux, ivre. Et je prétendais, allez savoir pourquoi, que j'étais magicien. Christianne entra dans le hall, accompagnée d'un charmant garçon. Bien vêtue, bien mise, élégante, souriante. Elle observa quelques secondes mes piètres efforts pour faire le magicien. Désarmé par sa présence, mort de honte, je m'enfonçais dans mes jeux stupides, aucune issue ne s'offrant à moi. J'ignore si elle m'a reconnu; elle n'en a rien laissé paraître, et c'est aussi bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à Ghislaine, je l'ai revue alors qu'elle était caissière dans un magasin de Laval. À son visage empourpré, je compris qu'elle savait très bien qui j'étais. Et si je n'avais pas été avec mon épouse, je crois bien que je lui aurais fait la causette. À l'observer, j'appris une chose : c'est des plus vilains cocons que naissent les plus beaux papillons. Elle aussi, elle était devenue une bien jolie chose.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-7591821661144505582?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/7591821661144505582/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=7591821661144505582&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7591821661144505582'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7591821661144505582'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/la-perfection.html' title='La perfection'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rm9lavIvUWI/AAAAAAAAAD8/4ki7RaLUd6E/s72-c/balthus+07.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-7605660821917846653</id><published>2007-06-11T22:16:00.002-04:00</published><updated>2008-02-20T00:00:29.499-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Une nouvelle école</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rm4Yk_IvUVI/AAAAAAAAAD0/UO-jUfJ02-w/s1600-h/Balthus+04.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rm4Yk_IvUVI/AAAAAAAAAD0/UO-jUfJ02-w/s200/Balthus+04.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5075020853795574098" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Il est de bon ton, aujourd'hui, de dénoncer la vie de banlieue, de tracer un sombre portrait des gens qui y habitent, d'en faire même des sujets de moqueries. Au milieu des années soixante, cependant, il en était tout autrement. La banlieue, à cette époque, était un rêve prolétarien : chacun nourrissait l'espoir de s'y établir un jour. Ces endroits «hors les murs», situés à mi-chemin de la campagne, devenaient de magnifiques écrins pour élever les enfants sans trop s'éloigner de son lieu de travail. Et les enfants y trouvaient leur compte, assurément. En cette année 1965, année de fusion des différentes municipalités de l'île Jésus, Laval naissait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le territoire de cette nouvelle ville offrait mille possibilités aux gamins un peu aventureux. En quelques minutes de marche, on atteignait des boisés où on pouvait construire des cabanes, embrasser sa blonde, allumer des feux. En gagnant le nord, on arrivait à la voie ferrée d'Auteuil : il suffisait de la suivre pour trouver un millions de trucs à faire, pour se sentir au bout du monde, dans une région sauvage et inexplorée. On pouvait aussi, dans l'autre direction, rejoindre la rivière des Prairies, la marina, le barrage d'Hydro-Québec. Oui, Laval offrait des perspectives stimulantes au jeune garçon que j'étais. Mais j'ignorais encore, en octobre, que cet univers fascinant s'ouvrait à moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai terminé mon cours primaire à l'école Saint-Christophe, sur la rue Lahaie, au coin de Grenon. L'entrée à ma nouvelle école fut remplie de surprises. En y arrivant, j'ai demandé au premier élève que j'ai vu s'il pouvait me conduire au bureau du directeur. Le hasard a fait que cet élève, Gilles B., allait devenir un grand ami l'année suivante. Lorsque j'ai rencontré le directeur, M. Riopel, première surprise : il me fit un long discours sur sa conception de la pédagogie et m'affirma, solennellement, que la première chose qu'il avait faite en prenant son nouveau poste fut de jeter la «strap» de son prédécesseur. J'étais perplexe : je concevais difficilement qu'on puisse fonctionner dans un établissement scolaire autrement que sous une autorité forte et, parfois, bien sentie. En arrivant dans la classe qu'on m'avait indiquée, nouvelle surprise : mon enseignante serait... un enseignant. Aucun homme n'avait encore été mon titulaire. Je me suis rapidement aperçu que le pauvre homme, dont je tairai le nom, ne maîtrisait absolument pas la situation. Jamais je n'avais connu classe aussi dissipée. Et moi qui, jusqu'à ce moment, avait été d'une retenue qui frôlait la soumission, je plongeai avec ravissement dans cette joyeuse turbulence, à l'instar de mes notes qui, elles, plongèrent dans des abîmes dont je ne soupçonnais même pas la profondeur. De premier de classe que j'étais, je me transformai lentement, mais sûrement, en cancre patenté. La descente fut lente, mais constante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Troisième surprise : l'école était mixte. Toute une révélation pour moi, qui n'avais jamais eu le bonheur de côtoyer de ravissantes demoiselles durant les heures d'étude. Petite déception, cependant, je me trouvais dans une classe composée uniquement de garçons. Mais l'organisation de l'enseignement ferait que, bientôt, je fréquenterais assidûment la gent féminine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Deux réactions simultanées se produisent dans un groupe où est introduit un élément exogène : d'une part, un certain nombre d'indigènes rejettent l'étranger et lui font durement sentir qu'il n'est pas le bienvenu ; d'autre part, quelques âmes charitables s'intéressent au nouveau venu et font même preuve de compassion à son endroit. Leçon à retenir, cependant : ces âmes charitables sont souvent les éléments mis au ban du reste du groupe. Mais, qu'à cela ne tienne, le nouveau, trop heureux de trouver des bouées pour s'agripper, ne se formalise pas du statut de ces bouées au sein de la classe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon premier ami se nommait Marcel Bombardier. Nous étions rapidement devenus copains et échangions nos numéros de téléphone avant la fin de ma première semaine à Saint-Christophe. Marcel fut, en quelque sorte, mon initiateur aux pratiques du nouvel environnement où je me trouvais. Après quelques jours, j'avais fait ma place dans cet univers où j'allais rapidement gagner mes galons par des frasques dont je ne me serais pas cru capable deux ou trois semaines auparavant. L'enseignant était inoffensif, tout était permis!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marcel était un bon camarade. Il joua un grand rôle dans mon adaptation à ma nouvelle vie. Son défaut principal tenait à son absolue droiture : avec lui, aucun écart possible, aucune fantaisie permise. Studieux, appliqué, obéissant, il était l'élève modèle et l'ami dont tous les parents rêvent pour leur rejeton. On comprendra que les plaisirs, avec lui, relevaient davantage du cérébral que de l'action. De plus, il avait de curieux penchants pour la chose militaire, et son intégration aux cadets de l'air de la région n'allait pas arranger le coup entre nous. Il avait bien tenté de m'intéresser aux délices de la «drill», mais mon tempérament ne s'accomoda jamais du  petit caporal qui hurlait des ordres en anglais que je ne comprenais pas. Mon passage au sein des cadets fut si bref que je n'eus même pas le temps de recevoir mon uniforme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai fréquenté Marcel durant deux ans, de façon de plus en plus épisodique. Puis nous nous sommes perdus de vue une fois au secondaire, avant de nous retrouver quelques années plus tard. Mais des liens qui nous unissaient, déjà ténus aux premiers jours, ils ne restaient que des lambeaux. Je lui dois cependant d'avoir rencontré Michel, qui deviendra un fidèle compagnon de route pendant de nombreuses années. J'y reviendrai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il y avait quatre classes de sixième : une classe de filles, une classe de garçons, et deux classes mixtes. Indubitablement attiré par les demoiselles, j'enrageais de me trouver dans la classe des garçons. Cependant, on organisa rapidement l'enseignement d'une façon qui allait me plaire. Les enseignants formèrent des groupes mixtes pour l'étude du français et des mathématiques, matières qui occupaient une bonne portion de la journée. Ainsi, je me retrouvai bientôt aux côtés de ces fascinantes créatures. Immédiatement, je repérai certaines d'entre elles, celles qui m'apparaisaient les plus jolies. Je peux nommer, sans faire offense aux autres, Claude Villeneuve et Danielle Vaillancourt, par exemple. J'allais revoir la première, une quinzaine d'années plus tard. Elle était devenue une superbe femme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y avait aussi une dénommée Muriel Chalifoux qui, un matin, me troubla profondément. L'hiver était venu, et bien des filles, pour combattre le froid, portaient un pantalon à l'extérieur, sous une jupe qu'elles roulaient et dissimulaient Dieu sait où. Mais je n'avais jamais remarqué cet artifice. Je me trouvais au fond de la classe, à mon pupitre, seul. Peut-être étais-je rentré rapidement de la récréation. Muriel et une autre élève pénétrèrent dans la classe et gagnèrent leur place. D'où je me tenais, je ne voyais que le haut du corps de Muriel, qui était assise ou accroupie près de son pupitre. Elle entreprit alors de retirer son pantalon. Stupéfait, je regardais la scène; elle ne semblait faire aucun cas de ma présence. Moi, l'imbécile, je ne me doutais pas qu'elle allait dérouler sa jupe et être ainsi décemment vêtue. Pendant quelques secondes, je nageai en pleine confusion. Je ne comprenais pas ce geste alors que les autres élèves arriveraient d'une seconde à l'autre. J'allais lui signaler ma présence. Ce n'est pas que je ne voulais pas profiter du spectacle, mais j'étais tellement mal à l'aise qu'il me semblait nécessaire d'intervenir. Et comme je me préparais à le faire, elle se leva et je vis la jupe qui cachait ses cuisses. Je compris tout et poussai, intérieurement, un profond soupir : le ridicule aurait pu me tuer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mes premiers mois à Saint-Christophe furent heureux. Je jouissais d'une popularité certaine auprès des filles, phénomène qui s'expliquait sans doute par ma qualité de nouveau venu. Marcel affirmait que j'étais la coqueluche de l'école. Il exagérait, évidemment. Mais il était indéniable que les filles me reluquaient beaucoup, et que j'en tirais une certaine vanité. Souvent, le soir, après le souper, j'allais patiner sur la glace qu'on avait installée à côté de l'école. Je ne manquais jamais de cavalières, bien que je fusse un piètre patineur, surtout en duo. Je n'irai pas jusqu'à affirmer qu'il y avait de fortes rivalités entre les filles à mon propos, mais je pense pouvoir dire que certains regards peu amènes que s'échangeaient les belles témoignaient de jalousies qui ne pouvaient que flatter mon égo. J'étais le petit roi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ces nuages où je flottais, je ne voyais pourtant pas l'essentiel. Elle est apparue comme ça, durant un cours de français. Je ne connaîtrais pas souvent une telle émotion...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-7605660821917846653?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/7605660821917846653/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=7605660821917846653&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7605660821917846653'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/7605660821917846653'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/une-nouvelle-cole.html' title='Une nouvelle école'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/Rm4Yk_IvUVI/AAAAAAAAAD0/UO-jUfJ02-w/s72-c/Balthus+04.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-6109787479221334179</id><published>2007-06-09T22:03:00.002-04:00</published><updated>2008-02-20T00:01:06.439-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Famille'/><title type='text'>Le grand dérangement</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmtcLPIvUTI/AAAAAAAAADk/hRK493h5-bg/s1600-h/Balthus+03.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmtcLPIvUTI/AAAAAAAAADk/hRK493h5-bg/s200/Balthus+03.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5074250753274499378" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Tous les enfants de la famille, à l'exception du benjamin, sont nés à Montréal et ont donc, plus ou moins longtemps, habité la maison de la rue Henri-Julien. Nous vivions au deuxième étage d'un duplex, notre tante Bado (Madeleine pour l'état civil) occupant le premier. Notre logement comprenait six pièces, dont un salon double et l'atelier de mon père, qui faisait des travaux de reliure à la maison. Si on ne compte pas la cuisine, l'atelier, la chambre des parents et le salon, il restait donc deux pièces pour loger sept enfants. La quadrature du cercle, quoi ! Évidemment, tantôt il y avait un salon, tantôt il n'y en avait plus, au gré de l'inspiration de notre mère qui, périodiquement, transformait l'agencement des pièces pour favoriser la cohabitation harmonieuse de la marmaille ou, plus sûrement, pour apaiser l'exaspération que devait susciter un foyer aussi exigu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Personnellement, je ne me suis jamais senti à l'étroit dans cette maison. Les choses étaient ce qu'elles étaient, voilà tout. Que nous fussions trois ou quatre dans la même chambre, cela m'importait peu. Mais je peux facilement imaginer le désarroi de mes parents chaque fois qu'un nouveau bébé s'annonçait. Où allait-il dormir ? Avec qui ? Je dois avouer qu'il ne me déplaisait pas de dormir avec un bébé dans ma chambre, du moins à une certaine époque. Il faut ici que je me confesse : comme bien d'autres enfants, j'avais peur de l'obscurité, du « noir », comme on disait. Mes terreurs nocturnes se nourrissaient de mon imagination fertile, de la porte de la garde-robe mal fermée, des craquements que j'entendais et, surtout, du portrait de ma grand-mère paternelle suspendu au mur. Nous, les enfants, ne l'avions pas connue. Elle était morte alors que mon père était encore adolescent. Ce portrait d'une morte m'effrayait. Si, le jour, il m'apparaissait bien anodin, une fois la nuit tombée, il devenait menaçant. En proie à toutes ces frayeurs, je ne parvenais pas à dormir. Un seul truc pour m'apaiser : le bébé. Le petit ange dormait à poings fermés, mais je n'en avais cure. Doucement (il ne fallait pas exagérer, pour ne pas éventer le stratagème), je brassais son lit. S'il ne se réveillait pas assez rapidement à mon goût, j'allais jusqu'à le secouer. Le résultat ne tardait pas : bientôt, le bébé sortait de son paisible sommeil et, à mon grand bonheur, se mettait à pleurer. Mon père ou ma mère se levait alors et venait prendre soin du petit. Il fallait aussitôt que je feigne le sommeil, pour ne pas éveiller les soupçons. L'intervention de mes parents, par magie, chassaient tous les sombres esprits qui rôdaient au-dessus de ma tête et, enfin, je pouvais m'endormir. Mon frère P. me pardonnera de lui avoir volé tout ce sommeil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l'occasion, le dimanche, nous partions avec mes parents visiter des maisons modèles. Ils devaient rêver à une habitation plus convenable, plus grande, plus moderne. J'aimais bien ces visites ; ces maisons étaient séduisantes, et il me semblait que d'y habiter nous apporterait un bonheur nouveau. Cependant, papa et maman ne devaient pas vraiment y croire : rien n'arrivait. Nous revenions sur la rue Henri-Julien et la vie suivait son cours. De temps à autre, plutôt rarement, en fait, nous étions invités chez des parents qui, à mes yeux d'enfant, possédaient tous de belles maisons. Je pense ici à celles de nos oncles Charles et André, notamment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un jour, pourtant, les choses allaient changer. Et même sans grand avertissement. Nous soupions, entassés autour de la table, quand les parents nous annoncèrent qu'ils avaient acheté une nouvelle maison, à Pont-Viau (à l'époque, il  n'était pas encore question de Laval). La nouvelle était d'importance, et la décision, subite. Nous commencions à peine notre année scolaire ; on comprenait qu'il n'y avait pas eu une grande planification, et que le fait que maman se trouvait de nouveau enceinte avait dû peser dans la balance. Quant à la maison, je suppose qu'il s'agissait d'un coup du hasard : elle s'était présentée à eux à un coût qui leur convenait, ils avaient sauté sur l'occasion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout se fit en quelques jours, dans un état de surexcitation. Avec une grande fébrilité, nous nous préparâmes à quitter le seul logement que nous avions jusqu'alors connu. Bien sûr, j'avais été heureux à Montréal, sur cette rue. Je connaissai mon quartier comme le fond de ma poche, j'y avais mes amis, mes habitudes. Je n'avais jamais fréquenté d'autre école que Saint-Vincent-Ferrier. Pourtant, je n'éprouvais aucun regret, et c'est le coeur léger que je vis nos biens et meubles s'entasser dans le camion de l'oncle Maurice. Pour moi, Pont-Viau, c'était une nouvelle aventure et, surtout, la chance de vivre dans une maison « normale », avec un sous-sol fini, une cour gazonnée et, luxe suprême, une douche et un lavabo dans la salle de bain. Du coup, nous devenions des seigneurs. Nous étions le 7 octobre 1965.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-6109787479221334179?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/6109787479221334179/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=6109787479221334179&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6109787479221334179'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/6109787479221334179'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/le-grand-drangement.html' title='Le grand dérangement'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmtcLPIvUTI/AAAAAAAAADk/hRK493h5-bg/s72-c/Balthus+03.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-9205823813560774357</id><published>2007-06-09T00:00:00.001-04:00</published><updated>2008-02-20T00:01:50.803-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Nominingue</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmorY_IvURI/AAAAAAAAADU/HM-iUMnp2Zo/s1600-h/image004.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmorY_IvURI/AAAAAAAAADU/HM-iUMnp2Zo/s200/image004.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5073915638451228946" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Il y a deux Nominingue : le vrai et celui qui existe aujourd'hui. Ce dernier, on peut le visiter. On y trouvera une gare transformée en attraction touristique, un club de golf, des installations récréotouristiques, comme on dit maintenant, un café avec terrasse, une plage publique. L'autre, le vrai, est maintenant inaccessible. Aucune route n'y mène, sinon celle du coeur.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Mon Nominingue est fait d'une Y (lire «why») haute et gazonnée, ancien terminus du chemin de fer où finit de s'effronder une cabane au bois blanchi par les ans. Mon Nominingue, c'est un village où les trottoirs aux pavés disjoints et fissurés laissent l'herbe les envahir. C'est M. Desjardins qui nous vend des «buns» dans sa boulangerie au parfum inoubliable. C'est l'épicerie Au bon coin où le propriétaire expose fièrement, dans ses congélateurs, les truites grises qu'il a pêchées. C'est le «magasin de fer» Godard où on se procure tout ce qu'il faut pour panser les mille et une blessures du chalet familial. C'est un vieux garage Shell au bout du village où  rouillent doucement de vieilles carcasses de voitures et camions anciens. C'est le magasin général des Généreux, flanqué d'un côté du barbier du village et de l'autre, de la salle de danse, haut lieu de rassemblement de la jeunesse environnante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon Nominingue, c'est aussi la source derrrière le chalet, un charnier de grenouilles malheureuses qui n'ont pas survécu à nos attaques au «sling shot», la bruit du moulin à scie des Potvin, les amis d'été. Et les virées familiales à Mont-Laurier, Ferme-Neuve ou Maniwaki. Nominingue, ce sont les mémorables parties de baseball qui s'organisent quand la visite est suffisamment nombreuse, l'habileté au bâton de mononc' Maurice, la pêche à l'aube au lac Saint-Joseph ou à la brunante au Petit Nominingue. Nominingue, c'est la chapelle de notre arrière-grand-père, les cordes pour sonner les cloches de l'église, les jeux en fôret, la «track» et la vieille gare.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nominingue, c'est bien sûr les visites annuelles ou inopinées. Le week-end des grands-parents A., où nous devons être plus sages qu'à l'accoutumée, le week-end de Johnny Carotté, où une douce folie s'empare du chalet. C'est mononc' Gilbert avec ses histoires invraisemblables. C'est le collecteur de taxes, infirme, qui a toujours un million de potins à raconter. C'est papa qui repart chaque lundi à l'aube pour Montréal, c'est son retour tous les vendredi soirs : l'ambiance est alors à la fête. Parfois, il nous apporte des surprises. C'est maman qui nous promène au village et nous paie un cornet de crème glacée que nous mangeons pendant qu'elle téléphone à Montréal, de la cabine publique. Ce sont les baignades à la baie Richard, à notre plage ou à l'aqueduc, les longues marches sous un soleil brûlant pour s'y rendre. Nominingue, c'est tout ça, et des milliers d'anecdotes, d'événements heureux et, parfois, moins heureux. On le comprendra, ce Nominingue n'existe plus depuis longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Entouré de montagnes, le village devenait un lieu exceptionnel lorsque des orages éclataient en fin de journée, après des heures d'une chaleur torride, d'une humidité oppressante. Jamais je n'ai entendu de tonnerre plus terrifiant qu'en cet endroit. J'ai souvenir d'un de ces orages...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'été au chalet, c'était évidemment des amitiés estivales qu'on ne pouvait entretenir de la ville, l'automne venu. Aussi étaient-elles bien particulières. Il y avait surtout les Brun, de l'autre côté de la rue, dont le père était menuisier et, à l'occasion, l'homme qui pouvait nous dépanner quand quelque pépin survenait dans la maison. Dans cette famille, deux garçons à peu près de mon âge, une petite fille trop jeune pour être autre chose qu'un embêtement, et une grande soeur, Nicole, qui partageait fort volontiers nos jeux. Mes soeurs aînées, trop «vieilles» pour s'amuser avec nous, avaient leurs propres amis. Et parmi ces amis se trouvait un joyau, du moins à mes yeux : il avait pour nom Diane Bray. L'image que j'en ai est celle d'une jeune fille ravissante, aux joues rousselées, au nez légèrement retroussé. C'est étrange, mais je ne peux penser à elle sans voir la Brigitte Bardot des années cinquante. J'ignore le pourquoi de cette association.  Peut-être ai-je reconnu, plus tard, sa grâce dans l'attitude de la jeune actrice. Quoi qu'il en soit, j'étais secrètement amoureux de cette Diane, mais je me serais bien gardé de m'en ouvrir à quiconque : j'étais un «petit». Mon amour était muet, mais sans doute perceptible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un samedi après-midi, nous nous étions tous rendus au lac pour nous rafraîchir. La chaleur était étouffante, l'air, chargé d'électricité. Le ciel s'était peu à peu plombé, annonçant par sa teinte un déchaînement probable des éléments. Quand l'orage sembla imminent, nous nous hâtâmes de rassembler nos effets pour nous réfugier dans la vieille Plymouth de mon père. Le retour au chalet se fit sous une pluie torrentielle et dans le grondement terrifiant du tonnerre. Des éclairs fendaient le ciel, et nous étions tous très excités. Arrivés au chalet, nous nous précipitâmes sur le perron pour observer la violence de l'orage, avant de nous abriter à l'intérieur. Diane Bray faisait partie du groupe. Bientôt, chacun s'affaira à enfiler des vêtements secs. Notre chalet avait une particularité : aucune chambre n'était pourvue de porte. Des rideaux mal ajustés en défendaient, mal, l'entrée.  Ce qui me fournit l'occasion d'entrevoir notre invitée qui se changeait. Loin de s'émouvoir de mon indiscrétion, elle finit de s'habiller sans pousser de hauts cris. Gêné, je me réfugiai sur le perron, la «galerie», comme nous disions. Elle s'approcha alors de la porte moustiquaire. Je ne me souviens plus si elle m'appela ou me fit signe, mais je m'approchai d'elle. Et c'est à travers la moustiquaire qui ombrageait son joli visage qu'elle m'expliqua, bien gentiment, qu'elle ne pouvait être mon amoureuse, qu'elle était trop vieille pour moi. Elle avait percé mon secret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il m'a fallu bien du temps pour reconnaître la grandeur de son geste. L'usage aurait été qu'elle se moque de moi, qu'elle tourne mes prétentions en dérision. Mais elle avait plutôt eu la délicatesse de préserver ma dignité, de ne pas faire de moi un objet de risée. Ce fut là un bien beau moment. Et, pour ma part, pour ne pas être en reste, j'ai perdu le souvenir de son jeune corps. Nous sauvions donc tous deux notre honneur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-9205823813560774357?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/9205823813560774357/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=9205823813560774357&amp;isPopup=true' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/9205823813560774357'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/9205823813560774357'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/nominingue.html' title='Nominingue'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmorY_IvURI/AAAAAAAAADU/HM-iUMnp2Zo/s72-c/image004.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-3006012133881046834</id><published>2007-06-08T00:02:00.001-04:00</published><updated>2008-02-20T00:02:34.098-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Premier regret</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmjsWvIvUPI/AAAAAAAAADE/YH4grvvEaV8/s1600-h/Balthus+01.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmjsWvIvUPI/AAAAAAAAADE/YH4grvvEaV8/s200/Balthus+01.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5073564855587262706" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Je ne pouvais savoir, à cette époque, que le stade du parc Jarry allait jouer un rôle non négligeable dans mes relations avec Laurette. Bien sûr, ce stade n'avait pas encore les dimensions qu'il prendrait avec l'arrivée des Expos, quelques années plus tard, mais il accueillait déjà des joueurs de baseball de je ne sais trop quelle ligue.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Septembre, l'automne qui approche, les soirées qui rafraîchissent. Des heures heureuses m'attendaient. J'ignore comment l'idée lui est venue, peut-être de conversations tenues avec des habitués du stade, mais Madame B. pensa qu'elle pourrait vendre du café chaud et des croustilles aux spectateurs des matchs. Il n'y avait sans doute aucun service de cantine à cet endroit, et elle a saisi l'occasion. Et fait de moi et Laurette ses partenaires d'affaires. La chose était simple : nous emportions du restaurant des cafés et quelques sacs de chips que nous écoulions durant les parties. Quand nous avions tout vendu, nous retournions au restaurant, où Madame B. nous approvisionnait. Évidemment, nous gardions quelques sous des profits qu'elle engrangeait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À vrai dire, je me moquais bien de l'aspect financier de ce petit commerce. Il m'offrait surtout l'occasion d'être en compagnie de Laurette, et une excuse pour traîner un peu plus tard dans les rues. Et à mesure que la soirée avançait, nous ralentissions le boulot, pour être un peu plus longtemps ensemble. L'aller n'était pas commode, les bras encombrés des cartons de cafés et des sacs de chips mais, au retour, c'était une autre histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je dois l'avouer, Laurette était plus entreprenante que moi. J'ai souvenir qu'elle fut la première à prendre ma main. Nous marchions sur Gounod comme des « grands », main dans la main. L'audace de la chose me bouleversait. Je sais, tout cela semble bien ridicule mais, pour moi, ce simple geste prenait des allures d'aventure fabuleuse, de conquête d'un monde inconnu et délicieux. Nous n'étions plus des grands, mais bien des géants. Comme le chantait Brel, « je volais, je le jure ». J'étais roi et maître, sentiment que je ne ressentirais de nouveau que quelque trente ans plus tard. Dans ma tête résonnait un air à la mode, et des vers que je n'oublierais plus jamais : « Et les yeux dans les yeux, Et la main dans la main, Ils s'en vont amoureux, Sans peur du lendemain ». Je ne connaissais pas encore Françoise Hardy, mais cette chanson était tellement populaire que personne n'en ignorait les paroles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et alors que nous marchions, Laurette se collait sur moi. Dans mon petit cerveau de mâle, sans doute l'aurais-je voulu fragile et innocente, mais elle était tout le contraire. Je revois la scène comme si j'y étais toujours. Ses yeux brillaient, la nuit la faisait encore plus séduisante, la rendait plus audacieuse. Elle cherchait à m'entraîner en quelque recoin pour m'embrasser. Je suppose que la panique m'a saisi, que l'urgence de son désir m'a déstabilisé. Jamais je ne l'ai embrassée, jamais. Jamais mes lèvres d'enfant ne se sont posées sur ses lèvres d'enfant. Peut-être qu'à cet instant précis, nous n'étions justement plus des enfants, mais deux êtres aimants, dont l'un se sentait incable d'assumer la conclusion qu'imposait la flamme qui les consumait. Jamais je ne l'ai embrassée et, aujourd'hui, je livrerais bien mon âme au diable pour revivre l'enivrement de ce moment, pour une fois, une seule fois, étreindre cette femme-fillette et oser le baiser que je lui refusai alors. C'est là mon premier regret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le plus vif souvenir que je garde de cette époque a trait à un court moment passé en compagnie de Laurette. Un samedi, pour une raison dont je ne me souviens plus, je m'étais rendu avec elle sur la rue Saint-Denis. La pluie nous avait surpris et nous étions revenus au restaurant en courant. Et là, assis de part et d'autre de l'entrée, sur le rebord des grandes fenêtres du restaurant, nous nous trouvions face à face, et nous nous regardions, simplement, heureux, tellement heureux d'être là. Elle portait une petite veste en velours côtelé de couleur verte, je la revois. Je ne sais plus si nous avons ou non parlé. Par contre, je sais que nous comprenions que cet instant était unique, et qu'il ne reviendrait plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La chose peut paraître bizarre, mais je ne me rappelle pas la fin de cette histoire. Parallèlement à ce que je vivais avec Laurette, j'entretenais une relation amicale avec son frère Yvon. En fait, Yvon, mon cousin Claude et moi formions un trio de copains et, c'est bien connu, un trio compte toujours un membre de trop. Et ce n'est pas parce que nous volions des cigarettes dans le restaurant de sa mère et que nous allions les fumer en cachette sous le boulevard Métropolitain qu'Yvon allait pouvoir compter sur une indéfectible amitié de ma part. Je sais qu'il y a eu une brouille entre moi, Claude et lui. Sans doute cette brouille a-t-elle rendu difficiles mes relations avec la famille B. et qu'ainsi, lentement, les choses se sont dégradées entre moi et Laurette. Le fait est qu'à ce moment-là, je l'ai oubliée, et que l'importance qu'elle a eu dans ma vie ne m'a semblé évidente que beaucoup plus tard. La dernière fois que j'ai entendu sa voix, je devais avoir quatorze ans. Au téléphone, bêtement. Claude et moi avions appelé Yvon pour lui faire une farce, et Laurette m'avait brièvement parlé. Et je pense qu'elle ne se souvenait plus que confusément de moi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C'est là le sort qui est réservé aux illuminés de mon espèce. L'importance qu'on accorde à certaines choses n'est qu'une mesure subjective de la réalité. Et c'est un bien triste constat. Pourtant, je veux croire qu'en l'aidant un peu, Laurette ressentirait de nouveau la magie de ces morceaux d'enfance volés à la grisaille du quotidien. Je veux le croire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-3006012133881046834?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/3006012133881046834/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=3006012133881046834&amp;isPopup=true' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3006012133881046834'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/3006012133881046834'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/premier-regret.html' title='Premier regret'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmjsWvIvUPI/AAAAAAAAADE/YH4grvvEaV8/s72-c/Balthus+01.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-8877744781309160769</id><published>2007-06-06T23:20:00.001-04:00</published><updated>2008-02-20T00:03:22.432-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Amours'/><title type='text'>Laurette</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmeSiPIvUOI/AAAAAAAAAC8/EaCrfH2Xfwk/s1600-h/Balthus+02.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmeSiPIvUOI/AAAAAAAAAC8/EaCrfH2Xfwk/s200/Balthus+02.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5073184622132547810" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Ce devait être en mai ou juin 1964, peut-être en 1963, je ne peux réellement m'en souvenir. Le reste, c'est un ensemble de réminescences parmi lesquelles, disséminés, se glissent des moments d'une clarté troublante malgré le temps passé.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Nous habitions alors rue Henri-Julien, à Montréal, près de Gounod. Le restaurant qui faisait le coin, anciennement opéré par les Dumont, avait été repris par les B. Rien de bien excitant pour les enfants que nous étions. Je ne savais pas encore, alors, qu'il s'agissait d'un événement qui marquerait ma vie, qui me ferait découvrir des douceurs dont j'ignorais l'existence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mon quartier, tel qu'il apparaissait dans mes yeux d'enfants, allait de Saint-Denis, à l'est, jusqu'au parc Jarry, à l'ouest, et de Gounod, au sud, à Jarry, au nord. Mais, en fait, mon quartier, c'était surtout ma rue, et la ruelle entre Henri-Julien et Drolet, là où passaient des guenilloux auxquels nous lancions roches et insultes, d'un même mouvement. Ces guenilloux qui habitaient nos peurs enfantines, sujets de légendes qu'on n'appelait pas encore urbaines, ces guenilloux qui peuplaient notre imaginaire, comme l'infirme de la rue Gounod, avec sa jambe remontée dans le dos, et la vieille femme au cou courbé qui tremblait constamment de la tête : ce ne pouvait être qu'une sorcière. Nous évoluions dans cet univers, heureux, je pense, menant une vie où alternaient, le printemps venu, les parties de ballon chasseur et de « saucisse », et où nous jouions à la cachette. Il y avait tant d'enfants à l'époque, et si peu de raisons de rester à l'intérieur. Le trottoir était notre royaume, et nous y régnions en maîtres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un après-midi, mes soeurs et d'autres jeunes filles sautaient « à la corde à danser », jeu indémodable. Les garçons, quant à eux, s'amusaient de façon plus virile : à l'aide d'une loupe qui concentrait les rayons du Soleil, nous nous évertuions à enflammer des bouts de papiers ; les plus braves allaient jusqu'à braquer la loupe sur leur bras. C'était à celui qui endurerait le plus longtemps la brûlure. Il faut dire qu'en cette décennie des années soixante, l'éducation faisait encore des garçons de jeunes durs. Le grand souffle de la Révolution tranquille et de son idéologie égalitaire n'avait toujours pas balayé la rue Henri-Julien. Il fallait être fort, stoïque et... ridicule, sans doute. Mais personne ne se serait plaint : les rôles étaient connus, et chacun tenait le sien avec conviction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Absorbé par les effets de la loupe, je n'avais pas immédiatement remarqué la « nouvelle » qui jouait avec mes soeurs. C'est en levant les yeux une seconde que je remarquai qu'elle m'observait avec insistance. Elle était accroupie, faisant serpenter la corde à danser sur le trottoir. Le jeu consistait à sauter par dessus la corde sans la toucher. Mais je ne m'intéressais guère à ce que faisaient les autres enfants : je regardais Laurette, Laurette me regardait. Je crois que le monde, durant un court moment, s'est figé. C'est mon premier souvenir de Laurette. Quelques instants plus tard, elle se trouvait à mes côtés, dans l'escalier, et s'émerveillait de mon audace... avec la loupe. En vérité, elle ne regardait pas ce que je faisais, elle me regardait. Ses traits sont à jamais fixés dans ma mémoire, indélébiles. Il est impossible que je trouve des mots pour décrire sa beauté irradiante et son sourire, et la chaleur qui m'envahissait alors. Ses yeux, gravés dans mon crâne, me brûlaient de leur intensité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je venais de découvrir une chose qui ne survient pas si souvent : le désir de l'autre pour soi. Bien sûr, à neuf ou dix ans, il ne s'agit pas d'un désir charnel. Il n'en est pas moins immensément puissant. Si puissant qu'on en oublie de se préoccuper des autres, déjà tout occupés à se fusionner par un élan irrépressible, sourds aux quolibets potentiels des camarades : jouer avec une fille, c'est le lot des fifis. Qu'importe, Laurette n'est pas une fille, elle est déjà l'assise de mon existence amoureuse. Dès ce moment, mon univers a basculé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Laurette B. habitait rue des Belges, au nord de Jarry. Aussi bien dire sur une autre planète. Elle ne venait que les fins de semaine au restaurant de ses parents. En fait, c'était surtout sa mère, Rita, qui s'occupait du resto. Son père avait un métier dont je ne me souviens plus très bien ; soudeur, peut-être. Le vendredi venu, j'avais constamment un oeil sur la rue, en direction de Jarry, espérant son arrivée. Et quand enfin elle se manifestait, j'avais de la difficulté à respirer tant j'étais ému. Elle venait souvent avec sa soeur France. Parfois, au cours de la semaine, je marchais jusqu'à la rue des Belges, qui était un peu, pour moi, un pays étranger. D'autres enfants, des jeux semblables aux nôtres, mais dont je ne pouvais qu'être spectateur. J'espérais l'apercevoir. Mon coeur se serrait bien avant que je n'atteigne cette rue qui devenait une espèce d'objet de culte. Mon trouble était à la mesure de mon amour, de ce premier vrai amour qui tue à chaque instant mais nous ressuscite aussitôt. Un soir, après le souper, à bicyclette, je m'étais rendu devant chez elle. Son frère Yvon jouait dans la rue. Je discutais avec lui quand elle est apparue sur le pas de la porte. Elle était en chemise de nuit et ne m'avait pas encore aperçu. Quand elle me vit, elle retraita rapidement à l'intérieur, confuse d'ainsi se présenter à moi. Si rapidement, en fait, qu'elle témoignait, par son geste, de l'importance que j'avais à ses yeux. Elle ne pouvait se montrer ainsi vêtue au garçon qui régnait sur son coeur. Un garçon qui rayonnait du bonheur que lui avait procuré l'image de sa belle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le problème des amours des enfants, c'est que les adultes ne peuvent les comprendre ni en tenir compte. Je ne pouvais pas dire à mes parents, cet été-là, que je n'irais pas au chalet pour cause d'amour. C'est le coeur gros que je pris la route de Nominingue. Pour la première fois, l'idée de passer l'été à la campagne me rendait triste, immensément triste. J'abandonnais des émotions nouvelles et emportais une inquiétude qui allait me gâcher les vacances : on craint toujours qu'une longue séparation altère les sentiments qui nous habitent. Allais-je retrouver Laurette au bout de cet interminable été ? N'y aurait-il pas une catastrophe qui ferait disparaître ce monde merveilleux que nous partagions ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'été passa, et je retrouvai Laurette, toujours aussi éperdument amoureuse. Je ne sais quelle connaissance j'avais de l'amour à cette époque, mais je ne pouvais ignorer l'importance que prenait cette fillette dans ma vie. J'avais au moins conscience que mon existence ne serait plus jamais tout à fait la même. Je l'aimais, et ce sentiment ne s'attachait plus à quelque abstraction, mais bien à un être éminemment désirable. Et ce que j'éprouvais m'effrayait. Je ressentais au plus profond de mon coeur le désarroi qui viendrait si cette merveilleuse aventure devait prendre fin. Mais nous n'en étions pas encore là.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-8877744781309160769?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/8877744781309160769/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=8877744781309160769&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/8877744781309160769'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/8877744781309160769'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/laurette.html' title='Laurette'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmeSiPIvUOI/AAAAAAAAAC8/EaCrfH2Xfwk/s72-c/Balthus+02.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5979221894600632199.post-4803492899590694330</id><published>2007-06-05T22:30:00.001-04:00</published><updated>2008-02-20T00:04:04.986-05:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Souvenirs'/><title type='text'>Premiers pas...</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmbZW_IvUNI/AAAAAAAAAC0/O6YcHv6MMck/s1600-h/balthus+05.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmbZW_IvUNI/AAAAAAAAAC0/O6YcHv6MMck/s200/balthus+05.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5072981019207880914" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;C'est au son des notes de Saint-Saëns que j'entreprends la rédaction de ce blogue. Je ne sais si cette musique créera l'ambiance voulue, celle qui mène à un jardin que je ne désire plus secret. Je l'espère. Depuis toujours, je subis les tourments d'une âme nostalgique qui me ramène continuellement à ces personnes qui ont fait irruption dans ma vie, pour le meilleur ou pour le pire. Je suis bien empêtré dans tous les souvenirs qui m'assaillent. Il me semble que d'en parler m'apportera la paix.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;J'aurai bientôt cinquante-trois ans. Un âge où un bilan n'est pas inutile. Un âge où je peux me permettre de digresser sur les minois, jolis ou non, qui ont peuplé mes rêves et mes réalités. Certaines évocations pourront paraître bien puériles, j'en suis conscient... et ce n'est pas sans un étrange sentiment de culpabilité que je ressens des choses peu avouables. Peu avouables du fait qu'elles font de moi un imbécile. En effet, comment dire que je n'ai jamais oublié cette enfant qui a fait éclater mon coeur voici près de quarante-cinq ans? Et que, dans un certain sens, elle est toujours présente en moi?  Comment dire que je me souviens comme si c'était hier des paroles d'une petite fille qui, malgré leur douceur, mettaient mon petit monde en miettes?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment dire ces choses? Le plus simplement possible, j'imagine. Au gré de mon inspiration, des sentiments qui surgissent, des plaisirs ressentis, et des douleurs qui me hantent, quand les heures se font un peu plus sombres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Oui, bientôt cinquante-trois ans, plus de passé que d'avenir, une vie remplie de boulot, de tâches domestiques et d'une certaine solitude. Rien de bien lourd, côté solitude. Fausse solitude, en fait, puisque je vis avec mes deux enfants adolescents. Solitude sentimentale, quoi! Qui n'est pas nécessairement mal venue après deux mariages, cinq enfants et trois petits-enfants. Je ne cherche plus l'âme soeur, je l'ai trouvée. Le seul problème, c'est qu'elle n'a pas voulu de moi. Pour des raisons que j'expliquerai éventuellement. Ce que j'ai compris de cette histoire, c'est que cette demoiselle aurait été mon seul amour... aura été mon seul amour, mon dernier amour.  Je sais bien que je fabule, que le dernier amour est toujours le seul amour, et qu'on le conjugue avec éternité, sans chercher à voir que de se consommer, il brûle lentement et se réduit en cendres. Néanmoins, je l'attends, cette belle dame. Je me dis qu'un jour, elle aura une révélation, qu'elle comprendra que personne d'autre ne l'aimera jamais comme je saurai l'aimer. C'est idiot, je sais. Mais que puis-je y faire, puisqu'elle est ma douce? Je n'en parle à personne, de peur d'assommer mes rares confidents avec mes bêtises. Pourtant, ces choses-là, il est bon de les dire. Ça leur donne une apparence de réalité, elles s'incarnent dans des mots inutiles. Elles rendent possible ce qui apparaît bien improbable. Je dirais même qu'elles nous font vivre, qu'elles sont notre souffle. Et puis, comme l'écrivait Jacques Prévert, «la vie, les rêves, c'est pareil, ou alors ça ne vaut pas la peine de vivre».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;«Dans l'existence, dans la patience, mon coeur veille, mon coeur se fâne. L'ombre suit celui que j'étais. Dans la patience, dans l'existence, je me suis perdu en cherchant. J'étais jadis, je suis encore, je n'étais pas, je ne suis point. Je me suis perdu en cherchant. Dans les errances, dans les rêves, la nuit me tue, le jour me ramène. Le jour se perd, la vie s'abrège. Dans les rêves, dans les errances, dans l'espérance, dans l'attente, je rêve la vie et je vis en rêve, je cache mon coeur, j'accuse mon coeur, de ne vivre point, de rêver encore, dans l'attente, dans l'espérance.» (Mesa Selimovic, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La Forteresse&lt;/span&gt;) Ces mots me sont doux, car ils expriment, avec une acuité que je n'aurais pu atteindre, ce que je suis. Il est de ces maladies qui ne guérissent pas mais dont on ne parvient pas à mourir, et l'amour en est la plus maligne. Mille fois on m'a assassiné, mais jamais complètement. Aussi n'est-il pas surprenant de me trouver sonné, ébahi même de respirer encore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a dans les amours enfantines une candeur qu'on ne retrouvera jamais. C'est ce qui les rend précieuses. Comme tout le monde, j'ai été amoureux de mes «maîtresses d'école», ainsi qu'on disait autrefois. Septembre 1960, école Saint-Vincent-Ferrier, Montréal : si mes souvenirs sont bons, il s'agissait de Madame Leclerc. Une belle grande femme sobrement vêtue ; on ne rigolait pas, à l'époque, avec la tenue des dames. Un jour, elle nous a demandé si on l'aimait ; je pense qu'elle voulait savoir si nous l'apprécions comme enseignante. Et il y a eu ce moment magique où un petit Italien de la classe, Orlando, s'est levé pour répondre par un «oui» sans ambiguïté. La raison de ce «oui» enthousiaste, s'enquit-elle : «Parce que vous êtes belle!» Silence, malaise ; Orlando avait rougi, mais nous l'approuvions tous. Je ne crois pas qu'elle était vraiment consciente de l'attrait qu'elle exerçait sur nous. Le soir, dans mon lit, je créais des scénarios qui négligeaient le fait que j'avais six ans et qu'elle devait être à la fin de la vingtaine. Mes avants-bras recevaient de fougueux baisers que je lui destinais (on n'est jamais aussi innocent que les parents veulent bien le croire) et, par des prouesses incroyables, je gagnais évidemment son coeur. Pour invraisemblable que soit cet amour, il existait pourtant bien. Mais, si grand fut-il, il ne survivait pas à l'été. Une autre maîtresse arrivait dans ma vie, un autre amour naissait, toujours aussi pur. L'idée du corps n'est pas encore présente en ces âges. L'amour se suffit en soi, de sa seule existence. Il n'a besoin d'autre preuve qu'un regard insistant, qu'un coeur battant la chamade quand son objet vient déposer une copie sur mon pupitre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ces amours, dans leur utopie, ne font qu'un temps. Viennent ensuite les premiers vrais émois, qui auront un prénom : Laurette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5979221894600632199-4803492899590694330?l=abailard.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://abailard.blogspot.com/feeds/4803492899590694330/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=5979221894600632199&amp;postID=4803492899590694330&amp;isPopup=true' title='9 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4803492899590694330'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5979221894600632199/posts/default/4803492899590694330'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://abailard.blogspot.com/2007/06/premiers-pas.html' title='Premiers pas...'/><author><name>Cyrano</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16881899453567577006</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_iuW7zcCYF-s/RmbZW_IvUNI/AAAAAAAAAC0/O6YcHv6MMck/s72-c/balthus+05.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>9</thr:total></entry></feed>
